CHAPITRE IV
Madame de Pompadour.
Le prince s'élança dans son carrosse et se fit conduire à la cour. Arrivé à Versailles, il se rendit aussitôt a l'appartement de madame de Pompadour.
Tout le monde sait ce qu'était madame de Pompadour auprès du roi Louis XV, la maîtresse absolue de sod cœur, de sa volonté et de son royaume. Le temps de la première jeunesse était , il est vrai , passé pour elle, et elle comptait alors presque trente-cinq ans ; mais elle n'avait rien perdu de ses grâces naturelles, et l'âge avait donné plus de vigueur et de vivacité à son esprit. Le roi était toujours enchaîné par elle. Rien ne pouvait s'opposer h sa volonté , ni la famille royale , ni la cour, ni les ministres. La chose était notoire a Versailles , a Paris et dans les provinces. 11 n'est pas sans doute édifiant de voir une noble nation plier sous un tel joug; mais il ne faut pas oublier que les Français d'alors vivaient dans une monarchie absolue , tempérée par des chansons , et la France fléchissait humblement un genou devant le roi, et l'autre devant sa maîtresse. La haute noblesse , la reine et le cardinal de Bernis, formaient seuls un parti rival, et constituaient, avec de grands ménagements il est vrai; une sorte d'opposition.
colas. , 45
La, fine ffLyoriïe.ne J'ignoraU pas; mais elle craignait peu les intrigues de ce parti , car elle voyait a, ses pieds les prinqjpqHjSçigpeurs <Je focaur* Celgi de tous<ju!elle accueillait avec le plus d'empressement était le prince de Soubise,... , ..... .v n. f ,.,. h . . f.
Le prince £tajt çn teÇçt 4'yp : 4^s bommes les plus séduisants de son teiqps, J^ majquise^ en dépit de toute sa finesse et de son expgriçfîfejjp mpjide,.ne pouvait se défendre de le voir avec plus de pi ajsiç.qup les, .autres courtisais, et d'wagiqçr. ^'j^rw^V^^P^^1 * cause d'elle. Le prince était un de ces esprits/prts k qui tou£ Les
moyens sont ty>ps;: ejt.il ioj^ait près de la.^ejle Pompadour le rôle d'un amant qui s'efforce d'étouffer eq son coeur une passion ,qij.'jl, ne, renfermeras.» Madame, de Pompadour remarqua;» soqv.ept., e,t jamais sans une. tendre compassion t le^ombat^que se livraient en IqU'amoûr elle respect, et, in vqIqa lai riment, ellp se .sentait doucement attirée vers je. prince. Toutefois,, elle se.g^rdait bien de. laisser. soupçonner aux. courtisans une pas,siou dont elle rougissait elle-même; mais le prince savait fort bien ce qui en était ,,ot il continuait de jouer sou rôle de Céladon et d'en rirçf. ..... , .
— Qu'avez-vous donc P\ibliéM, étQjUfdi? demanda la marquée lorsqu'U eplra dans sa chambre, d'où il était sorti u#eJieurç auparavant. . , , . , :
— 4h,l chère rqarqujse, auprès de ,vous j'ai tpujours le malheur de m'oublier moi-même. ! Et comment faire aulremegt? ajouta-t-il en pressant une jolie main contre ses lèvres. ,,
— Venez au fait, monseigneur, car la sphère de votre
existence est tellement étendue , qu'en parlant de tous , j'ignore toujours si vous parlez de la France, ou même de l'Europe entière.
— Vous voulez me railler un peu aujourd'hui , aimable marquise; mais je vous jure que, sans le vouloir, au lieu d'une ironie, vous dites la pure vérité. Sérieusement, je voulais vous parler de la France, c'est-à-dire de vous.
— Voila de véritables exagérations poétiques ! s'écria ifcadamc de Pompadour. Eu vérité, mon prince, vous étiez né pour être poète.
— Eh ! qui ne le deviendrait pas en ayant le bonheur de vous approcher ?
— Ne vouliez-vous pas me parler de vous? dit la marquise en souriant.
— Oui , madame , de moi ; mais mes intérêts sont les vôtres. Ce qui est contre vous est contre moi, et je...
— Prince, j'ai peine à vous comprendre aujourd'hui. Parlez en prose ; je hais les transports glacés de la fiction.
— Va pour la vile prose! — Savez-vous dans quelle société on a d'abord répandu ce noël où de plates méchancetés tenaient lieu d'esprit?
— Vous voulez dire cette folie qu'on a composée contre moi? Dans quelle société? Peut-être chez notre poétique cardinal; ai-je bien deviné?
— A demi! Chez son protégé, le magnifique Gatry. le misérable est maintenant trahi par ses compagnons d'orgies; car il est près de recevoir le prix de ses turpitudes, c'est-à-dire d'aller aux galères.
— Comment? Que me dites-vous là? dit la marquise étonnée.
— Il se trouve un immense déficit dans les caisses de la marine dont il a la direction. On parle de plus d'un million : c'était la ce que j'avais oublie de vous dire il y a une heure. J'avais donc raison de vous dire que cela m'intéressait, ainsi que vous et la France entière.
— Mais aussi, éles-vous bien informé, prince?
Le prince lui raconta alors tout ce qu'il savait, en rapportant toute l'histoire du malheureux commis. H peignit la scélératesse de M. de Galry sous des couleurs si noires, que la marquise ne put retenir ses larmes.
— Non, s'écria- t-elle, cet honnête homme ne sera pas victime de ce monstre. Nous ferons connaître la vérité. Prince, êtes-vous préparé k soutenir que tout est tel que vous venez de me le dire?
—•Je vous réponds de chaque parole que je viens d'avancer.
— Alors, permettez que je prenne congé de vous, il faut que je voie le roi. Je vous remercie de m'a voir fourni le moyen de faire une bonne action. Prince, de semblables méfaits ne doivent pas rester impunis en France; le roi pense trop noblement pour cela.
— Et son ange veille sur lui ! dit le prince en s'inclinant, et donnant la main a la marquise qui se fit annoncer chez le roi.