‹ Contes suissesChapitre 20 sur 159 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L'Exempt.

La soirée était déjk avancée. Le pauvre M. Larmes était assis dans sa chambre devant un pupitre , tristement occupé a écrire. Colas était auprès de lui.

— Maintenant, mon fils, dit le vieillard d'un air plus calme, après avoir terminé son travail ; maintenant je n'ai plus rien sur le cœur. Tout est arrangé. 11 arrivera ce qui pourra, je ne me reconnaîtrai jamais, ni verbalement ni par écrit, pour l'auteur du déficit de notre caisse. Je suis sous la main de Dieu. Avec un cœur droit et une conscience pure, Colas, on peut défier toute une armée de geôliers , de bourreaux ; et quand je devrais être envoyé aux galères, je supporterais mon sort avec patience.

On frappa à la porte. Un exempt de police entra dans la chambre, et Ton vit distinctement dans la demi-obscurité de la porte des gens armés qui se tenaient dans le corridor.

L'exempt s'excusa de sa visite en alléguant des ordres supérieurs, et s'informa qui des deux était M. Larmes; celui-ci s'avança en pâlissant, et déclina son nom d'une voix tremblante. Colas frissonnait et pouvait à peine se soutenir sur ses jambes»

- — Vous avez eu ce matin une conversation importante avec M. de Gatry? dit l'exempt au vieux Larmes.

Le commis s'inclina ; il ne put jamais prononcer la syllabe oui. ' ■■ •• *- ' ' • *

— Vous êtes en possession d'un billet qu'il vous a remis pour le copier? - • ,

Le commis resta stupéfait de voir l'exempt si bien instruit, et le regarda quelques-moments , les yeux Gxes et la bouche ouverte.

-^ Vdtflez^VoÛB avoir la complaisance de me répondre? dit l'erttofrfft if^in ton fcé*èr# HK>>i <.* u> *u v -,, . , : «<;

Le commis s'inclirfa ptmr toute réponse.

*— Rëpotfdei, ffionsiêtfr, je vàuà Wlërrôge au nom do roi ; et si v6«s avez fcë'billfet* Wultlëz m Icf'raheUtt sur-l^fchairtp." *v* ' » -' '* h '^ » *J •«• j •••■■•

Le cofdmls se dirigea en chancelant vers un tiroir, tira le billet du portefeuille,' et 1* retàlt'WtitH? main agitée* a l'exëtabt.' *' '** }i ^ "* !U' *'* ' '*** '! K " * **; *• '*•**■ ;

s-^Vous aurez maintenant la complaisance de me suivre, M. îiamtes. Bue tortitte VouS'tfttëtiift ënitàs. '* •*"*

••— Où voiilèz-vons le iïîêfner? "s'écria Gûtas^u désespoir. 11 est iuuocent 1 Emmenez-moi avec lui 1 je sais tout, je tiiràUtnrt. %:lt iH-; r • ; ^' ■** mi *,v,,:* ** •■ >; ,:"} Hl

L'exempt* regarda le jeune homme avec étounement.

^- tle u'bi1 pas? d4ordrè pxmr ctitiûufth au 'Chrfdëfo police secrète un autre que M. Larmes ; cependant je puis ( votis satisfaire. Voué paraissez* troublé/ M. 'Larmes ; re5mettez-Vous. > * '-1 ' " "° ! '• ''^ • ' •''■' '

»-■»* Laissez ce jeune homme ici, dit M. Larmes, si vous n'avez pas l'ordre exprès <te l'emnrener'. Il né1 petit Servir

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de rien en celte affaire. Je dirai la vérité sans lai. C'est sonamiltë pour ;iiiôi! qui le'pdrté à faire cell'c prfèrè. Je sdis déjfc^ul \3Si mon aeciisaleui*; et pourqubi je suis ar-1 rèté* C'eslMM.xte Gatty; mon chef. Je vous suis. " * '

L'exempt de' police ilui dit : —'Je' n'entre pas dans vos affairée arecvM.idb Gauy. Vous aurez sans étoùle l\)cfca* sion de .le voir, car ou l'arrête aussi en ce1 'moment. Mais, maintenait, je dois prier ce jeune homme de nous accompagner. ';>. > ^ •• < ' v !-■*• .

— M. de Gatry arrêté ! dit le commis étonné et presque satisfait.

— N'avez-vous donc point entendu? s'écria Colas avec joie. Gatry est arrêté 1 Vous êtes sauvé. Maintenant je vois tout, je sais loutl Venez 1 venez ! OU 1 s'écria-t-il encore, en levant les yeux au ciel, incomparable et céleste... il était sur le point d'ajouter Pauline; mais il s'arrêta à

' temps.

; On monta dans le carrosse avec l'exempt. Le ministre | de la marine se trouvait chez le lieutenant de police. Le [' commis dit ce qu'il savait. Les fières dénégations de M. de , Gatry trahissaient déjà sa mauvaise couscience ; mais

lorsqu'on lui montra son billet, lorsque M. Larmes fut | amené devant lui, il perdit toute contenance, et supplia \ qu'on voulût bien ménager l'honneur de sa famille. M. Larmes et Colas furent mis en liberté dans la soirée.

le soir même, Colas se glissa , avec un livre de musique sous le bras, jusque dans l'appartement de Pauline, où il avait aperçu de la lumière, et serra sur son cœur sa jolie Soeur, qu'il trouva en léger habit de bal, prêle à partir pour une fête. Le même soir, au bal, Pauline pressa avec

reconnaissance, au milieu d'une contredanse, la main du prince de Soubise, en lui disant : Vous avez accompli une bonne action 1 Le même soir encore, le prince, quittant le bal de bonne heure, se jeta aux genoux de la marquise de Pompadour, en s'écriant : 11 faut vous adorer; vous êtes un ange ! Et le même soir , Louis XV convint , en baisant la main de la marquise, qu'il n'avait jamais été mieux récompensé pour une action aussi naturelle et aussi simple.

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