‹ Contes suissesChapitre 22 sur 159 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

IiC douillet •

. Colas nq.pql revenir dp son étonneraient en apprenant sa nomina^on ; \\ se^eudit a^ssil^t chez le minisire pouç lui pifrirlvijJWblenient ses services et l'expression de sa reconnaissance,. .,,

— Je ypus ai propose' avec d'autant plus de pla,isir au roi, dit le ministre, que je voulais honorer en vous la mémoire de M. Larmes.

— Mes bons offices en votre faveur, lui dit a son tour le secrétaire de l'administration , a qui il alla également présenter ses hommages, sont de peu d'importance; mais je vous avoue que j'ai eu quelques obstacles a combat- Ire. Je connaissais les excellents travaux que vous aviez fournis sous le nom de M. Larmes, et je ne pouvais recommander au ministre un plus honnête homme que vous.

Colas remarqua ainsi dans ses visites que tout le monde, comme ces deux personuages, avait travaillé de la manière la plus désintéressée a sa nomination. Lorsqu'il raconta cette circonstance a mademoiselle de Pons, elle lui dit en riant : Tu es fou, Colas; lu as oublié Ta personne principale. Demande demain une audience au prince de Soubise, et va lui baiser la main. Ne l'oublie pas au moins.

— Et ce n'est pas le prince de Soubise qui est la principale personne, dit Colas, mais sa modeste et jolie sœur, à qui je dois mille fois baiser la main. — Cependant Cotes fut as$ez,£ensç pour aller le lendemain baiser aussi celle du prince; et le prince , qui vit en Colas un joli jeune homme, l'envoya remercier madame de Pompadour,,qu4 ne fut pas insensible à des hommages qu'elle avait bien mérités. Elle l'accueillit avec bonté et lui promit sa protection.

,. Colas, qui n'était pas étranger aux affaires de la marine, gagna bientôt la confiance de ses supérieurs, et même du ministre; non pas que l'on fît attention à son IcaroU, mais, parce qu'on ne savait pas comment il était arrivé à, obtenir uqe place pour laquelle chacun avait recommandé son protégé. On le soupçonnait d'avoir d'impprtautes .relations à la cour; aussi chacun le traitait-il avec la plus grande distinction.

Colas, content de son bonheur, et connaissant la route secrète, que sa bonne étoile avait tracée de lui au roi Louis XV, jouissait ,des dons du hasard avec une modes-

lie extrême. 11 ayait eu assez d'humilité pour n'avoir pas ambitionné le lot qu'il avait obtenu, et maintenant il n'avait pas assez d'orgueil pour exiger davantage. Ce n'était pas chtez lui le résultat de la vertu ou de la sagesse, rç$i,s simplement un heureux mélange de ilegme et d'é- (ourderie. On l'attira dans toutes les sociétés bourgeoises où il pouvait se présenter, et plus d'une jolie Parisienne s'efforça de le retenir dans ses liens; mais son caractère le fit .toujours trioigp^r de ces épreuves. Il n'éprouvait même pour la séduisante Pauline qu'une respectueuse

tendresse, et les rapports intimes qui existaient cntr'eirc venaient, de sa part, moins dé la passion que dé cette force d'habitude qui est d'ordinaire le partage d'un âge plus avancé.

Les sentiments de Pauline étaient plus tendres et plus profonds; et, quelque mécontentement que lui fissent peut-être éprouver les témoignages de respect de son ami, souvent, quand elle était plus calme, elle rendait grâce a son humeur, a sa tranquillité fraternelle. Elle ne demeurait pas moins persuadée qu'elle était aimée avec toute l'ardeur que méritaient ses charmes; car Colas lui racontait toujours ses conversations avec les autres femmes, et lui confiait l'indifférence que lui laissaient leurs avances. Cependant elle ne pouvait s'empêcher de remarquer qu'il se livrait à plus de distractions, et qu'elle le voyait moins souvent.

— Je me repens presque, lui dit-elle en riant, de t'avoir fait obtenir une place. Il aurait mieux valu que tu restasses notre copiste de musique; j'aurais continué à pouvoir te parler toutes les fois que je l'aurais voulu.

Il promit d'être plus sédentaire, et tint parole; mais d'une façon qui n'était pas du goût de son amie.

Un soir qu'il s'était rendu avec quelques amis après la comédie, au jardin de Drouet, où un bal et une illumination avaient lieu, il trouva parmi les danseuses une de ses connaissances, la fille du relieur qui travaillait pour le bureau de la marine. On la connaissait sous le nom de la belle Juliette. Cette jeune fille lui était fort indifférente; mais elle dansait a ravir avec un Anglais nommé Crown qui était attaché à la suite du comte d'Àlbermale,

l'ambassadeur de son pays. Colas l'admirait, et se trouva flatté lorsqu'elle lui souriait en passant près de lui, et qu'elle lui adressait, tout eu dansant, des regards d'intelligence. Sir Brown, son danseur, remarqua ce manège, qui parut lui plaire moins qu'a l'honnête Colas. Après la danse Colas entra dans une des salles où Juliette reposait auprès de l'Anglais sur un sopha ; elle semblait n'altendre que lui, car elle se leva, quitta sir Brown, et, prenant le bras du jeune commis, l'entraîna vers la danse. L'Anglais les suivait des yeux d'un air sombre; ou voyait qu'il était tourmenté d'un feu secret.

— Je ne vous ai pas enlevée, je l'espère, a ce cavalier, dit Colas à la belle Juliette en prenant place dans un quadrille. Son visage ressemble a une tempête.

— Au contraire, M. Rosier, je vous remercie de m'avoir délivrée de l'ennui de ce fléau! répondit la jeune 011e. C'est déjà bien assez que je le voie depuis deux mois a la maison, où il vient chaque jour apporter des présents h mon père. Je le hais de tout mon cœur, et il ne me quitte pas plus que mon ombre.

Colas ne put se défaire d'une heure et demie de sa danseuse , qui semblait avoir résolu de conquérir son cœur. Eofin, il lui fut permis de rejoindre ses amis dans un bosquet éclairé comme le reste du jardin, où il prit quelques rafraîchissements. En face de lui, devant une jatte de punch, se trouvait l'adorateur de Juliette; un secrétaire d'ambassade, nommé de Bonnaye, se trouvait aussi a cette table.

On conversait fort chaudement des affaires politiques; et, comme la société se composait d'Anglais et de Fran-

dans une affaire qui pouvait avoir des suites fâcheuses M. de Bonnaye resta seul auprès du blessé ; il Taccom pagna jusqu'il sa voiture , et le conduisit chez uu chi rurgien. Celui-ci déclara que la blessure n'était pas dan gereusa, mais qu'elle exigeait beaucoup de soin. Il pans Colas, qui se fit conduire à l'hôtel du comte d'Oron.

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