‹ Contes suissesChapitre 24 sur 159 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

lie» ITitirei! de iwblesse

Mademoiselle de Pons reçut les premières nouvelles de ce grand événement de la bouche du prince. Dans son ravissement^ elle lui ety volontiers sauté au cou. 11 lut dans ses yeux la joie qu'elle ressentait, et crut y voir l'ateu fjty sentiment qu'elle éprouvai! pour lui. Ils étaient $enfc, \\ |a pre$sft centre son cœur et )ui ravit le premier baiser. Pauline rougit, devint sérieuse, et le repoussa avec tyyte H* dignité <Je Porgueil virginal offensé. Le priace ne se crut pas moins assuré de son triomphe, et pilla sa belle Pauline le cœur plein d'espoir.

£i|e attendit le soi? avec impatience pour avertir son ami $e ce qui s'était passé; malheureusement le comte 4'QrQO réunissait une nombreuse compagnie, et elle ne pouvait s'absenter du Etalon. Elle envoya quelques lignes ï Çftla?, par lesquelles elle le priait de l'attendre.

Cf))aç était déjà en pleine cpnya^seence et hors de son lit depuis quelques joues. Lorsqu'il reçut la lettre de Pauline, il avait déjà appris le départ de l'ambassadeur ^glajsi par nne missive des pins singulières. Un valet h pied de lord Albermale lui avait apporté la lettre sui? rante:

« Majeur, ce n'est qu'au jnoment de notre départ

o pour l'Angleterre que j'apprends votre nom, comme

» celui de la personne que j'ai si indignement maltraitée

» dans le jardin de Drouet. J'agissais dans l'ivresse, et

» j'ai répandu votre sang ; je ne quitterai pas la France

» sans avoir fait mon devoir. Permettez-moi de croire

t que vous me pardonnerez, et de vous laisser le mandat

» ci- joint sur la compagnie française des Indes-Orien-

» taies, qui porte un intérêt de dix mille livres par an, et

» que je vous prie de regarder comme votre propriété.

» Pour moi, je ne veux emporter de ce pays, que je hais,

» que votre pardon,

» S. T. Brown, Esq. »

Colas se bâta de renvoyer le mandat a l'Anglais , avec l'assurance écrite qu'il lui pardonnait; mais ie Breton ne garda que la lettre et renvoya le mandat.

Il était déjà tard lorsque Pauline vint par le corridor. Colas accourut au-devant d'elle. Que de choses ils avaient à se dire! il la conduisit dans son appartement, et lui montra le mandat. Elle fut touchée de la grandeur d'âme de l'Anglais. •— Si nous avions pu prévoir cela , dit-elle, nous n'aurions pas fait la guerre a l'Angleterre. L'homme dont nous voulions nous venger te rend riche. Il a peutêtre agi avec trop de passion dans sa générosité comme dans sa jalousie. Deux fois il eut tort. Sais-tu ce qui te manque maintenant pour parcourir une brillante carrière, Colas?

— Rien î dit Colas en pressant Pauline contre son cœur ; n'ai-je pas tout en toi ?

— Et penses-tu que lu puisses le garder?

— Qui pourrait me le ravir? Séparer le frère et la

sœur! Àb ! si, Pauline, une chose me manque : des titres de noblesse. Alors je pourrais te...

Il tremblait d'en dire davantage de peur d'offenser Pauline, qui comprit tout aussi bien son silence. Et s'appuyant tendrement sur lui : — Tu as raison , la noblesse est indispensable, dit-elle. Nous la demanderons.

Par suite de cette résolution , le prince de Soubise reçut, comme dé coutume, à la première occasion, les instructions nécessaires , lorsqu'il sollicitait aux pieds de Pauline un regard favorable; car depuis le baiser elle lui gardait sans cesse une mine sérieuse, et il craignait de l'avoir offensée.

— Dites-moi du moins , divine Pauline , que vous ne me haïssez pas, dit le prince.

— Je n'ai nullement le droit de vous haïr. Et comment oserais-je le faire?

— Je sais que je vous ai offensée par l'excès de ma passion, belle Pauline. Mais aussi, pourquoi êtes vous si jolie? Prenez-vous-en à vos charmes, et non pas a moi !

— Permettez, monseigneur, répondit Pauline, que je ne prenne qu'a leur juste valeur les politesses dont vous m'honorez. Votre générosité a souvent excité en moi une admiration involontaire. Mais aujourd'hui, je l'avoue, vous avez vous-même élevé un petit soupçon en moi contre votre désintéressement.

— Moi ? au nom du ciel ! croyez, Pauline, que je n'ai jamais cherché qu'a vous plaire.

— C'est ce que je ne saurais dire, prince; mais je sais que c'est votre honneur offensé qui vous a fait agir coutre sir Brown, sans songer à l'homme dont il a versé le sang.

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J'attendais de vatre délicatesse que ions distingueriez vous-même cet homme , que tous parieriez peut-être de lui au pied du troue, que vous obtiendriez peut-être du roi des lettres de noblesse qu'il mérite... Vous l'avez oublié lorsque votre vengeance s'e&t trouvée satisfaite.

— Vous parlez du commis Rosier?

— Je parle d'un tymmie qui, lorsqp'ou pffensait *otre nom, et que tous les Français présents garda tes t le silence, eut seul le courage de vous détendre; d'un homme qui souffre sans doute encore des hlesspres qu'il a reçues pour vous...

— Oh! que vous me jugez avec dureté! s'écria la prince un peu embarrassé ; vous, avez tort. Si vous me l'aviez demandé, je vous aurais dit quelles démarches j'ai faites auprès du roi ; vqu§ sauriez qu'il est q la veille, non pas seulement d'obtenir des lettres de notyesse, mais, la croix de Saint-Louis, et que peut-être le brevet est déjà expédié.

Mademoiselle de Pous , jouée par le prince , et agréa* bleraent surprise, fit un pas vers lui : — Ainsi je commettais une injustice envers vous, dit-elle; alors, c'est à moi de vous demander pardon.

La réconciliation se fit avec résignation, «l'une part, avec passion de l'autre; et le prince s'éloigna plus ejw flammé que jamais.

Mais il n'oublia pas qu'il avait acheté cet instant de bonheur par un mensonge. Jamais il u'avait songé à Colas* Et cent Colas auraient répaudu leur sang pour un prince, quelle récompense auraient-ils méritée? Un pauvre rotu* riar devait s'estimer fort heures lorsqu'il watt Vbwciew

de se faire rompre les côtes pour un homme d'une origine aussi illustre. Mais pour acheter un regard de Pauline, il n'était rien que le prince ne fût disposé a faire.

Le prince n'eut pas de peine a persuader a la marquise de PompadQur que le jeune hopame qui s'était fait si loyalement son chevalier méritait Tordre de la chevalerie. 11 va sans dire que l'action de Rosier fut peinte sous des couleurs brillantes.

ta diplôme ne sa (U pas attendre longtemps L'honnête com&is (u( élevé, avec tous ses futurs descendants, ft la dignité de gentilhomme , par la. t<wte-pui$$ançe de te parole royale; et, comme une upblesçe de nouvelle date faisait Irjste fifupe, up artiste Mraldique eata Igç Rosiers sur une ancienne famille 4a ce nom éteiqte de-» pois longtemps, et un arbre généalogique, qui Relevait jasque dans les nuages du dixième siècle, étendit ses rameaux sur le fils d'une e&u tarière.

— Que te manque- t-it encore? lui depiatula Pauline en riant.

— Dieu merci, répûpdit-il, j'ai trouvé des aïeux. 11 ne manque plus que des descendante. C'est une affaire, ajouta-t-il eu souriant, que nous arrangerons sans généalogiste.

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