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CHAPITRE XIII

La Solitude.

— Cette maudite alliance me rend malade! dit le cardinal a Rosier, qui entrait dans le cabinet du ministre, tenant a la main un mémoire qu'il venait d'achever. Posez la ces papiers; je ne suis disposé ni a les lire ni à en écouter la lecture. C'est une chose bien folle et bien affligeante que ce monde. De désespoir, je finirai par me faire philosophe.

— Je souhaiterais, en effet, dans l'intérêt de voire santé, a Votre Éminence, une dose d'indifférence philosophique pour les folies de la vie, dit le conseiller do roi.

— Je rirais volontiers, si je ne prévoyais pas tant de honte et de malheurs pour ta France! répondit le cardinal; et, après tout, on m'attribuera tout le mal, car c'est sous mon nom que paraîtra le fatal traité; on me l'attribuera comme mon enfant, tandis que je n'y ai contribué en rien.

— Ah ! monseigneur, dît Rosier, c'est un sort que vous partagerez avec beaucoup de pères dans le monde .

— Si du moins j'avais l'honneur de connaître l'auteur de cette belle œuvre ! Aidez-moi à venir sur ses traces, Rosier.

— Monseigneur, si la chose tourne bien, elle rapportera de l'honneur et du crédit. Je parie qu'alors vous ne refuserez pas de vous en reconnaître le père. Qui peut prévoir, dans l'état actuel des affaires, ce qui peut arriver? Attendons en sileuce l'issue de tout ceci.

Le cardinal sourit. — Vous êtes bien jeune, Rosier, dit-il; je ne m'attendais pas à trouver en vous un consolateur aussi consommé. Vous avez raison; il faut faire bonne mine a mauvais jeu. Mais croyez- vous sérieusement, M. de Rosier, que cette alliance avec notre ennemi héréditaire puisse jamais être appelée un acte de prudence, quand môme elle devrait devenir un jour un coup de bonheur?

— Monseigneur, sous le ciel , le malheur est seul une folie, le bonheur se nomme toujours de la prudence.

— Mon ami, cela appartient à la masse du vulgaire; mais les hommes sages voient la sagesse indépendamment de ses résultats. C'est ainsi que l'histoire parlera de moi et de cette alliance.

— Oh! monseigneur, ne vous tourmentez pas du jugement des historiens. Ces gens-la décident de tout selon le succès. Pourquoi vantent-ils Brulus, César et Alexandre, et méprisent-ils Spartacus, Mayenne et Cartouche? Les plus sages diront tout au plus : Le cardinal de Bernis jouait a un jeu de hasard et gagnait ses parties.

— Je serai content si le bonheur est cette fois du côté de la folie, dit le cardinal. Vous avez raison, Rosier, je me range à votre avis. Je veux être philosophe. Mais j'avoue que cette affaire me semble difficile a digérer. J'ai besoin de repos et de solitude ; je veux passer quelques

semaines à la campagne pour me distraire. Le roi m'a accordé la permission de me rendre à Fontainebleau : je vous demande de m'accompagner, monsieur de Rosier; nous pourrons philosopher a noire aise dans les bois et au milieu des rochers. Je serai trop heureux de me soustraire quelques moments aux tracasseries de la cour, et de respirer l'air Irais du printemps. Ainsi vous m'accompagnez. A la tin de celte semaine nous partons pour Fontainebleau.

Colas s'inclina et obéit avec empressement aux ordres du cardinal.

Pauliue n'éprouva pas autant de plaisir à celte nouvelle.

— Nous allons nous séparer pour six semaines , peut- , être pour deux mois, dit-elle. C'est une éternité. Ahl Colas, que ne donuerais-je pas pour pouvoir l'accompagner, et parcourir avec toi les jardins tranquilles de Fontainebleau 1 Que nous y serions heureux tous deux, de pouvoir nous parler sans être troublés par les importuns 1

— Mais, dit Colas, le comte d'Oron ne possède-t-il pas une terre auprès de Fontainebleau? Persuade a la jeune comlesse d'aller y passer le mois de mai.

— Quelle heureuse idéel dit Pauline; et le lendemain elle peignit a la jeune comtesse la vie de la campagne de toutes les couleurs de l'idylle. Les deux jeunes filles furent bientôt d'accord.

— Ah! dit la comtesse à son père, j'ai besoin de la solitude. L'hiver ne m'a pas élé favorable; il faut que je respire l'air des champs. Je n'ai jamais vu notre terre de Fontainebleau, permettez-moi d'y passer quelques semaines. La cour est a Paris ; nous pourrons jouir des

beautés de Fontainebleau sans être troublés par la foule. Le vieux comte, qui cédait toujours aux volontés de sa fille, n'eut rien a répandre à cela, le prince de Soubise fut bientôt instruit de ce départ. 11 espéra que l'ennui atteindrait Pauline, et que, délivré des entraves continuelles de la société, il pourrait la voir plus librement; il résolut de la surprendre par sa présence.

— J'ai bien besoin de solitude, dit-il a madame de Pompadour; j'éprouve le désir de me recueillir avant de partir pour l'armée et de me jeter dans la vie bruyante des camps. Je voudrais jouir encore une fois des charmes de la nature, et me préparer au milieu des cartes et des livres a paraître sur les champs de bataille. Si le roi daignait m'accorder la faveur de résider quelques semaines a Fontainebleau 1 Un mot de vous me rendrait heureux, marquise»

La marquise promit d'exposer au roi sa demande, et le lt en effet. Mais en réfléchissant a la demande du prince, et en songeant qu'il allait bientôt quitter la France , madame dé Pompadour regretta d'avoir éloigné son favori plus tôt qu'il n'était nécessaire.

— Sire, ditalle au roi, j'éprouve un invincible désir de solitude; l'éclat uniforme de la cour me fatigue. Votre Majesté a besoin de distraction. Nous avions déjfe choisi Martf pour y passer l'été; mais le printemps veut plus d'espace ; n nous allions passer ses beaux jours a Fontainebleau ?

Le roi sferouyait. ~ Je suis comme vous, dit-il, Marly pe nous manquera pas; allons a Fontainebleau; le plus t&fraent te mieux.

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