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CHAPITRE XVI

L'Exil.

Un des résultais de cet entretien que Colas n'attendait pas, fut de lui valoir loute la confiance du ministre, qui l'employa dans toutes les affaires , et fit de lui sa société habituelle. Colas était enivré de sa nouvelle fortune.

Mais Pauline lui disait, : — Colas, aujourd'hui on s'incline devant toi. Si demain le cardinal tombe , les courtisans te repousseront avec dédain. Agis sagement, retiretoi avant qu'on ne te chasse. Le cardinal a des pressentiments de sa chute; il te Ta même fait entendre : profile de ses avis. Tu emporteras l'estime générale, et nous irons vivre paisiblement dans nos terres.

Elle lui peignit si bien les douceurs de l'indépendance, qu'il ne résista pas un instant. Il alla porter sa démission au cardinal.

— Allez, lui dit celui-ci , je ne dois pas vous retenir; vous avez de la fortune, une jolie femme et peu d'ambition. Pourquoi rester serviteur, lorsque vous pouvez être maître?

Colas et Pauline se retirèrent dans un joli château, et ils oublièrent bientôt tout le tumulte de la ville. Quelque

temps après la retraite de Colas, ils apprirent par les galettes que le cardinal de Bernis avait obtenu du roi son congé. Le duc de Ghoiseul prenait sa place. Et un jour, comme les jeunes époux se promenaient sous l'ombrage, ils ne furent pas peu étonnés de voir apparaître devant eux le cardinal lui-même; il avait laissé son équipage en dehors du château , et il était entré à pied pour les surprendre.

Il embrassa ses deux amis, et consentit a rester deux jours avec eux ; mais ils ne purent le résoudre à prolonger davantage son séjour.

— Vous ne savez pas qui vous accueillez, mes enfants, leur dit- il. Je suis banni de la France. 11 faut que je quitte ma patrie; je vais a Rome, je lâcherai de m'y consoler au sein des Muses. *

— Quoi! vous, banni de France, monseigneur! s'écrièrent Colas et Pauline stupéfaits.

— Gela ne devrait pas étonner un philosophe comme Rosier, dit le cardinal : lui qui m'a appris un jour quelle sorte de gens gouverne. Je l'ai appris par moi-même. Vous savez que le duc de Choiseul visait à la faveur royale. Une jolie personne, sa parente, dame d'honneur de la reine, eut l'honneur de plaire au roi. Elle espérait jouer le rôle de madame de Pompadour, et ne fut pas timide. Choiseul savait tout et fermait les yeux. Le roi lui en sut gré* Dès que le duc vit que Sa Majesté commençait a se lasser de cette affaire , il fit grand bruit et éloigna sa parente. Le roi lui en sut encore gré. Mais, en courtisan habile , le duc avait prévenu madame de Pom-

padour, tiniquement par intérêt pour elle, de toute celte intrigue; il en fut récompensé par l'ambassade de Vienne. Un bomme si habile était plus nécessaire à la manjuise de près que de loin. Où rappela Choiseul et on le mil à la léte de la France, parce qu'il avait sa fermer les yeux et voir à propos.

— Mais qui a causé votre exil? demanda Pauline.

— Une bagatelle! répondit le cardinal; j'ai eu le malheur de déplaire a une fille de cabaret.

— Votre Éminence veut plaisanter! dirent Colas et Pauline.

— Nullement. J'ai remonté à la source des choses, comme me l'a enseigné mon ami Rosier, et j'ai trouvé qu'une fille de cabaret avait causé ma disgrâce. Ou de mes piqueurs qui devait épouser cette fille fut chassé de mon service , parce qu'il volait les fourrages de mes chevaux. La fille se jeta a mes genoux. Je la renvoyai; elle courut se plaindre de ma cruauté a un jeune lieutenant qui la protégeait. Le lieutenant en parla a la femme d'un contrôleur général. Celle-ci décida son mari h me demander le rappel du piqueur. Je refusai le contrôleur, qui se plaignit a une femme de chambre de madame de Pompadour. Cette fille parla de moi, Diea sait en quels termes, à la marquise ; la marquise au roi ; bref, je reçus l'ordre de sortir de France et d'établir ma demeuré où il me plairait, attendu que les mesures que prenait Sa Majesté n'avaient pas le bonheur de me plaire; et me voici en route pour me rendre h Rome.

Le cardinal partit deux jours après. Colas et Pauline

continuèrent avec lui un commerce de lettres jusqu'à la mort de la marquise, qui eut lieu six ans après soa départ. 11 rentra alors en grâce auprès du roi, mais il se garda bien de reprendre une place a la cour; car, disaitil quelquefois^ sait-on qui gouverne ?

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