‹ Contes suissesChapitre 32 sur 159 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

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I& Tentateur.

Je me trouvais à Prague pour mes affaires; c'était au mois d'avril. Quelque agréables distractions que j'y trouvasse, je ne pouvais réprimer le désir de retourner dans ma petite ville, où ma jeune femme attendait déjà depuis six semaines mon retour. Depuis notre mariage, nous n'avions jamais été aussi longtemps séparés. Fanny m'écrivait chaque semaine des lettres pleines de tendresse et d'amour; mais elle ne faisait ainsi qu'augmenter mon ardeur. J'aurais voulu voir Prague et Saint-Népomucène (2) à trente-quatre milles nord-ouest derrière moi.

Pour quiconque n'a pas une jeune femme de vingtdeux ans, aux yeux bleus, a la chevelure blonde, embellie de deux jolis enfants, brillants de grâce et de santé, et qui , après cinq ans âe mariage , est moins amoureux

(1) La nuit de Walpurgis est une superstition populaire en Allemagne. C'est le grand sabbat annnei des sorciers. Il a lien dans la Huit du 30 avril an Ier mai , selon les vieilles croyances, qui placent sur le Bloohaberg, l'une des montagnes du Harz, le théâtre de cette cérémonie. (Trad.)

(2) On sait qne saint Népomucène est le patron de la ville de Prague. {Trad.)

que le premier» ce serait inutilement que je rtcoaterais mes peines.

Bref, je rendis grâce au ciel lorsque mes affaires furent entièrement terminées, je pris congé dû petit nombre de mes amis et de mes connaissances, et je dis à l'hôte de me donner mon cotàpte. Je foulais partir en poste le jour suivant.

Le matin de mon "départ l'hôte me présenta un mémoire riche de chiffres. Je n'avais pas assez d'argent pour le payer et subvenir aux dépenses de la route, et je voulus changer un billet de caisse. Je portai la main vers mon portefeuille; je cherchai dans toutes mes poches, dans tous les coins de la chambre, il ne se trouva pas. Je me sentis mai a mon aise. Mon portefeuille renfermait deux mille écus en papier, et ce n'est pas une bagatelle sous le ciel.

J'eus beau bouleverser mon bagage, le portefeuille avait disparu.

— Voyez donc ! me disais-je en moi-même. L'homme a-t-il un moment de bonheur, le diable est aux aguets et lui joue quelque tour. On ne devrait se réjouir de rien sur la terre , on s'épargnerait de nombreux désappointements 1 Je ne l'éprouve que trop aujourd'hui.

Le portefeuille avait été volé, ou je l'avais perdu. Je l'avais encore tenu dans mes mains le soir précédent , et j'avais l'habitude de le porter dans la poche de mon surtout. Les lettres de Fanny s'y trouvaient aussi. Comment recouvrer mes papiers ? Celui qui les avait pouvait II chaque moment les convertir en espèces,

Je commençai alors a jurer terriblement, bien que ce

ne soit pas la mon péché d'habitude. Si les choses allaient encore comme dans le bon vieux temps, et que le diable rôdât cherchant sa proie, j'aurais conclu sur-le-champ un pacte avec lui. A cette pensée, je me rappelai une figure que j'avais vue huit jours auparavant, et qui m'avait paru celle du démon en personne. Je tressaillis, et cependant j'étais si désespéré, que je me dis : N'importe, et si c'était lui, il serait le bienvenu en me rapportant mon portefeuille 1

En ce mourut oh frappa a la porte dé ma chambre; — Oh! ohl pensais-je, le tentateur prendrait-il mes paroles au sérieux? — le courus h la porte; je songeais a mon homme, et je m'attendais presque a le voir.

0 surprise! la porte s'Ouvrit, et celui auquel je pensais enlra en me faisant plusieurs salutations.

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