CHAPITRE IV
lie Retour*
Je ne songeai plus qu'à m'éloigner, à partir. Je payai l'bôte. Mon laquais portant ma malle me précédait sur l'escalier. Eu ce moment mon frère, pour qui j'étais venu à Prague, montait les marches.
Mon départ se trouva naturellement retardé. Nous revînmes dans la chambre. Là j'appris avec joie que les affaires embarrassées de mon frère s'étaient rétablies. H était accouru a Prague pour m'annoncer lui-même cette heureuse nouvelle. — Maintenant, me dit-il, j'ai amené ma barque au port, et je dis adieu au négoce. Je ne veux plus m'exposer a devenir demain millionnaire ou mendiant, honoré ou flétri. Je viens a Prague terminer mes rapports d'affaires, et ensuite je me retirerai dans notre ville.
Je conduisis mon frère dans différentes maisons ; mais il soupçonna mon impatience , et me conseilla de ne pas différer mon départ. Je me rendis volontiers à ce conseil.
Mon voyage dura deux jours et une nuit, mais je n'arrivai que fort tard dans la seconde journée. J'excitais en vain le postillon par l'argent et les paroles ; la nuit s'avançait; et j'étais encore loin de l'objet de mes désirs. Depuis près de trois mois je n'avais pas vu Fauny ! Je
tremblais de ravissement en songeant que bientôt je serais dans les bras de celle que j'aimais uniquement.
Il est vrai qu'avant de connaître Fanny, j'avais déjà aimé. H avait existé jadis, pour moi, une Julie qui m'avait été ravie par l'orgueil de ses parents, et qu'on avait mariée à un riche gentilhomme polonais; c'était à nous deux notre premier amour. Nous nous étions juré, en nous séparant, un amour éternel, et nos larmes ainsi que nos baisers avaient scellé ce serment. Mais on sait ce qu'il en est d'un premier amour. Elle devint madame la staroste; et moi je vis Fanny. Le sentiment que Fanny m'inspira fut plus respectueux^ plus sacré, plus tendre. Julie était la déesse de mon imagination ; mais Fanny la divinité de mon cœur.
L'borloge de la ville sonna une heure lorsque nous en* trames dans ses rues silencieuses. Je descendis a la maison de poste, et j'y laissai mon laquais, résolu de revenir moi-même y passer la nuit, si tout était déjà livré au
sommeil dans ma maison. Je me dirigeai vers le faubourg, a l'extrémité duquel s'élevait ma paisible demeure, ombragée par de grands noyers, et dont les fenêtres reflétaient au loin les rayons de la lune.
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