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CHAPITRE XI

Consolations.

Je restai quelques moments dans un embarras difficile a décrire. La honte et la rage, le repentir et l'indécision se combattaient en moi. L'histoire de cet instant fugitif deviendrait, sous ma plume, un volume, encore ne pourrais-je le peindre avec clarté.

— Si vous n'êtes pas ce que je pensais, dis-je enfin, je devrais désirer que vous le fussiez. Sauvez-moi, autrement je suis perdu. Sauvez-moi, car vous êtes seul cause du sort affreux que j'éprouve.

— C'est ainsi qu'est l'homme, dit-il, en riant affreusement. 11 veut toujours se purifier , se fût- il baigné dans

le sang.

— Oui, vous êtes la première cause des malheurs inouïs de cette nuit! Si vous n'étiez pas venu dans ce pavillon où je reposais paisiblement, si vous ne m'aviez pas arraché a mon sommeil, rien de tout cela ne serait arrivé.

— Mais vous ai-je réveillé pour commettre l'incendie, le meurtre et l'adultère ? L'assassin rejetterait volontiers son crime sur le mineur qui a retiré du sein de la terre le fer avec lequel il Ta commis. Ne pouviez -vous pas penser à l'arrivée du staroste , lorsque vous teniez sa

femme dans vos bras ; aux horreurs de l'incendie, en mettant le feu a une meule pour assurer votre fuite; au vol, à l'homicide, en lançant les chevaux sur le corps de voire frère ?

Je vis alors toute retendue de mes crimes, je m'écriai plein de désespoir : — Ohl jusqu'à cette nuit fatale, j'avais été plein de probité, bon père, époux fidèle, et maintenant me voici sans amis, sans repos, sans honneur !

— Monsieur, je dois encore vous faire sentir la fausseté de vos paroles. Vous n'êtes pas devenu en cette nuit ce que vous êtes ; vous étiez tel depuis longtemps ; on ne devient pas ainsi criminel en une heure, quand on n'a pas de dispositions a l'être. Il ne vous manquait que l'occasion de déployer vos mauvais penchants. Le fer et la pierre recèlent le feu; ce n'est que lorsqu'on les choque qu'il étincelle. -7 Votre probité et votre honneur ont causé, cette nuit, la ruine d'une ville. Ne me parlez pas de ces gens qui courent a l'échafaud avec l'orgueil de l'innocence .

— Ce sont la vos consolations? Si vos paroles sout vraies, le monde entier ne vaut pas mieux que moi et vous!

— Monsieur, vous vous trompez encore. Je vous livre la moitié du monde , mais non le monde entier. Je crois encore a la vertu et à la grandeur d'âme, dont vous doutez avec toute votre philosophie. Pour le reste, je vous l'abandonne; il est gouverné par cet égoïsme, ce faux point d'honneur et cette lâcheté qui vous amènent devant moi dans l'attitude d'un damné.

— Refuserez-vous de me sauver, de sauver mes en-

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fants? Je puis, je vfeiix devenir Meilleur; et je ne m'abuserai plus maintenant que je rois dans quel abîme an seul instant de faiblesse m'a plongé.

— Vous pouvez le vouloir, mais vous êtes faible, la faiblesse est l'aliment dé tous les crimes. Je vem vous sauver, si vous pouvez vous sauver vous-même. Me connaissez-vous maintenant, et savez-votis ce que je veut de vous ?

Tandis qu'il parlait ainsi, il Itie semblait que son habit couleur de feu brillait comme une flamme, et qu'une vapeur épaisse s'élevait autour de lui. Mille nu a h ces éclatantes se succédaient devant mes yeux affaiblis. Enfin tout s'éteignit. Je tombai en faiblesse; je ne vis plus rien de ce qui se passait autour dé moi. Toutk coup je sentis sur mes lèvres un baiser brûlant.

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