‹ Contes suissesChapitre 44 sur 159 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

lie Retour ni* inonde «

Ce baiser me rappela sur la terre ; je crus avoir ouvert les yeux, mais je ne tardai pas a m'a percevoir qu'ils étaient restés fermés. J'entendis un bruit de pas autour de moi , et je ne vis personne.

Eu ce moment une douce baleine rafraîchit mes joues brûlantes, et un second baiser effleura mes lèvres. Le sentiment de la vie ranima tous mes sens. J'entendis des voix. L'erreur et la réalité flottaient ensemble dans mon âme; k mesure qu'elles se séparaient, je recouvrais l'usage de ma pensée.

Je sentis que j'étais couché d'une manière incommode. 11 me semblait qtle j'étais encore sur le sopha de mon pavillon. J'ouvris les yeux, et Panny s'offrit k moi; ses baisers m'avaient réveillé. Mes enfants battirent joyeusemëiil des mains en voyant mon réveil , et s'élancèrent sbr' moi en me couvrant de caresses. — Ma femme me prit la main, et, les yeux pleins de larmes, me fit de tendres reproches d'avoir passé la nuit dans ce lieu, et de lui avoir eaché mon retour que le hasard seul venait de révéler.

Mais la terrible nuit de Walpurgis m'avait tellement frappé, que je restai quelques moments sans ajouter foi

au témoignage de mes yeux et de mes oreilles. Autour de moi étaient épars les jouets de mes enfants; la corbeille de Fanny se trouvait encore sur la table : tout était dans le même état que la veille, lorsque je m'étais endormi dans ce lieu.

— Pourquoi donc as-tu passé la nuit sur ce sopha? me dit Fanny ; pourquoi ne nous avoir pas fait réveiller? Avec quelle joie nous serions accourus pour te recevoir I

— Quoil lui dis-je, joyeusement surpris, avez-voos passé paisiblement cette nuit?

— Que trop paisiblement ! dit Fanny. Si j'avais pu me douter que tu étais ici, je me serais glissée vers toi comme un spectre. Sais-tu donc aussi que c'était la nuit deWalpurgis, où les sorciers font leur sabbat ?

— Je ne le sais que trop ! dis-je en me frottant les yeux, et en me ta tant pour m'assurer que j'étais bien éveillé.

Je pressai alors l'aimable Fanny contre mon cœur, je pris mes enfants sur mes genoux, et j'éprouvai plus vivement que jamais le bonheur de posséder un cœtfr par et une bonne conscience. — Un nouveau monde s'ouvrait pour moi, et parfois il me semblait que je révais encore. J'éprouvais de temps en temps le besoin de jeter un regard sur les toits paisibles de notre petite ville pour m'assurer que je n'avais pas porté la flamme dans son sein.

Jamais je n'avais eu un songe aussi complet et aussi terrible. 11 devenait plus vague et plus fantatisque a mesure que je rentrais dans la vie; mais en môme temps mes idées devenaient plus nettes, comme elles sont d'ordinaire le matin après un rêve.

Nous gagnâmes en triomphe, a. travers le jardin, ma maison on m'attendaient mes gens. Après m'étrc déshabillé, je me rendis dans la chambre de Fanny, chargé de jouets et de cadeaux que j'avais rapportés de Prague; j'y trouvai la jeune mère environnée de ses enfants. Je la serrai dans mes bras, et je lui offris mes présents eu lui disant, les yeux remplis de larmes : — Fanny, c'est aujourd'hui ta fête.

— Jamais nous n'en avons célébré une plus belle, ditelle, puisque je te retrouve, J'ai invité tous nos amis pour passer ce jour dans la joie. Viens l'asseoir au milieu de nous, et racoute-moi dans le plus grand détail tout ce qui l'est arrivé.

Le rêve falal pesait toujours sur moi. Je pensai que je me trouverais soulagé en le racontant. Fanny m'écoula avec attention et prit un air sombre : En vérité, me ditelle cnlin en souriant, cela fera croire aux sorcelleries de la dernière nuit d'avril. C'est un sermon tout entier que ton rave. Remercie Dieu , car ton bon auge l'a certainement parié celte nuit. Un songe tel que celui-ci est un événement dans la vie. Je sais que tu ne fais pas grand cas des rêves. Je pense aussi comme toi qu'ils n'annoncent pas l'avenir; mais ils nous font eonuailre souvent ce qui est en nous : un rêve n'est souvent qu'un reflet de notre âme.

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