CHAPITRE XIII
Nouvelle Tentation.
Un événement qui n'était pas extraordinaire , saris doute, augmenta singulièrement l'impression que m'avait laissée le rêve de la première nuit de mai.
Ma femme avait invité quelques-uns de nos amis de la ville a assister a sa petite fête. La beauté du jour nous avait engagés a nous mettre a table dans la salle haute du pavillon du jardin. — La nuit des sorciers s'était déjà effacée de ma mémoire par la douceur de la réalité.
On vient m'annoncer qu'un étranger demandait a me parler; il se nommait le baron Manteuffel de Drostow. Fanny vit mon effroi. — Tu ne vas pas trembler, je l'espère, devant ton tentateur, me dit-elle en riant; craindrais-tu la tentation a mes côtés.
Je descendis : l'habit rouge de Prague était assis sur le même sopha où je m'étais endormi. II se leva, me salua comme une vieille connaissance , et me dit : — Vous voyez que je tiens parole. 11 faut que vous me fassiez connaître cette charmante Fanny dont j'ai lu les lettres. Seulement ne soyez pas jaloux. Je vous amène, reprit-il en me montrant le jardin, je vous amène mon frère et s§ femme qui vous connaît déjà; nous nous sommes re*
trouvés h Dresden , et nous continuons noire voyage ensemble.
Tandis que je lui témoignais le plaisir que devait me procurer sa visite, un homme d'une forte corpulence entra dans la salle; une femme en habit de voyage le suivait. Qu'on se peigne mon effroi I c'était Julie, la femme du staroste.
Julie parut moins embarrassée que moi , bien qu'elle pâlit d'abord. Après les premières politesses, je conduisis mes bêtes dans la salle du festin, et je leur présentai Fanny. — Je vous ai déjà connue à Prague, madame, lui dit le baron, lorsque je surpris, bien involontairement, les petite secrets que vous confiiez h votre époux.
— Je sais tout, dit Fanny, vous avez payé ces confidences de quelques milliers d'écus ; mais vous n'en ôtes pas moins un méchant homme, car vous avez causé à mon mari une nuit terrible.
— Et ce n'est pas tout encore , Fanny, dis-je k mon tour, car si tu vois devant toi le tentateur, voici la tentation. A ces mots je lui présentai Julie, l'épouse du staroste.
Fanny resta quelques instants interdite; mais les femmes ne sont jamais longtemps embarrassées. Elle embrassa Julie comme une sœur, et la fit asseoir auprès d'elle, d'un côté, et l'habit rouge de l'autre.
Fanny et Julie se comprirent bientôt; elles eurent mille choses à se dire, et firent de moi l'objet de leurs attaques. Pour moi, c'était un nouveau spectacle de voir ces deux femmes l'une auprès de l'autre.
j'appris bientôt de Julie qu'elle était très heyreuse,