‹ Contes suissesChapitre 48 sur 159 · CHAPITRE Iï · texte numérisé non relu

CHAPITRE Iï

J'ai déjk dit que là maison de M. Quîttt se trouvait h peu près au milieu de la vallée.

M. Quint, pour parler aussi de lui, était un jeune homme de vingt-huit éhs, qui n'habitai l ie pays que depuis un an ; la maison avait appartenu auparavant à son oncle.

On connaissait, au loin et au large, peu d'hommes anssi bons et aussi paisibles que M. Quint. Si ses voisins ne l'avaient pas vu chaque jour de leurs yeux, ils auraient juré qu'il était partout , excepté dans leur vallée. Il passait pour riche et instruit; mais on lui reprochait toutefois de ne pouvoir convaincre personne de son érudition, car il n'en parlait jamais.

D'après notre opiuion , c'était ie meilleur homme du monde; seulement le monde n'était pas fait pour lui. ( — H aimait les hommes, mais il les fuyait par timidité. 11 eût volontiers rendu tout le moode heureux ; mais il n'aurait voulu entendre parler ni de remercîments ni de reeortnaissance , car il ne savait comment se conduire avee quelqu'un qui venait lui parler de ces choses-là. Rien ne loi semblait plus insupportable que l'apprêt; toutes les politesses insignifiantes, les compliments vides, les cérémonies oiseuses, le remplissaient d'ennui et de dégoût. Jamais il n'avait aswstë ï m wp» d'étiquette ; jamais H

ne s'était trouvé à une noce ; jamais il n'avait assisté à d'autre baptême qu'au sien.

Il évitait tout ce qui était apparent, et il veillait à ce soin avec une véritable inquiétude. Dans les mauvais temps et dans ses excursions dans les montagnes, il portait toujours des habits neufs, afin de leur enlever leur fraîcheur et leur éclat. H avait composé et publié plusieurs écrits intéressants; mais les éditeurs eux-mêmes ignoraient son nom. Enfin , M. Quint vivait dans sa belle propriété comme un solitaire. Il avait soin de ses champs et de son jardin; il composait, dessinait, bolanisait, lisait les anciens et les modernes, et n'était jamais seul , mais jamais avec les vivants.

Dans la partie méridionale de la vallée, son ami, M. Pyk, vivait à peu près de la même sorte. Il n'était pas marié non plus, mais il était veuf; il habitait également une propriété isolée, mais c'était un ancien château féodal, avec tours, meurtrières, tourelles et fossés. M. Pyk, homme rond , aux idées couleur de rose , aimait la société, et allait souvent dans les fêtes a la ville voisine, surtout durant l'hiver qui lui apportait de l'ennui. M. Pyk aimait a parler, et à parler de tout. On voyait à sa mine qu'il se croyait né pour être orateur. Il était bon de nature, et cependant il entamait partout des procès, afin de pouvoir plaider sa cause .lui-même. Un jour il gagna un procès qu'il savait être injuste de sa part. Il alla en riant à sa partie adverse , lui rendit ce qui lui appartenait, et paya les frais de la justice.

Celte action attira l'attention de M. Quint. Il trouva facilement la manière de connaître M. Pyk ; et en très

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le temps ils devinrent intimes amis. M. Quint hot les connaissances agricoles de M. Pyk, et celui-ci ait la science de Quint. 11 ne se passait pas une see sans que l'un rendit une visite a l'autre, et cepenleurs demeures étaient a une lieue de distance.

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