CHAPITRE IV
C'était, il est vrai, une chaude journée; cependant d'agréables sentiers couverts d'ombrage conduisaient le long du fleuve, à travers les tableaux variés d'une nature pittoresque. De droite a gauche, des taillis sauvages, des huttes éparses entourées de jardins; des petits ruisseaux qui descendaient des montagnes, surmontés de simples ponts de bois d'une structure rustique; des troupeaux répandus dans les plaines; des enfants qui jouaient dans les champs; des cultivateurs laborieux ; des mères de famille assises à l'ombre du toit de chaume qui dépassait leur cabane.
Des bords du fleuve jusqu'au pied des montagnes, un chemin rocailleux se dirigeait vers le château de M. Pyk, dont on n'apercevait qu'une tour carrée qui s'élevait audessus des arbres. Un vent frais accueillit en ce lieu le voyageur, qui continua de cheminer sous les vastes branches des châtaigniers et des chênes. — M. Quint avait coutume de se reposer dans ce site romantique ; car le chemin commençait à gravir assez rudement en se rapprochant du château. Je ne sais comment il se fit que, cette fois , il fut infidèle a son habitude ; mais son étoile le voulait ainsi.
Il ne se trouva que plus accablé en arrivant sur la hauteur, où il s'arrêta devant la pelouse de gazon qui
DE THOSA. ' -129
, s'étendait autour de l'édifice. —M. Quint remarqua en ce
lieu que son ami devait préparer quelque fête, car sur la
pelouse étaient étendues de longues cordes auxquelles
flottait du linge en si grande quantité, qu'on avait peine
a se frayer un passage.
M. Quint, sans s'occuper de cet obstacle, jugea à propos de s'étendre quelques moments sur la prairie, à l'ombre d'une grande nappe qui se balançait le long d'une des cordes. Là, le visage tourné contre terre, il se mit a examiner en rêvant le petit monde qui s'agitait dans le grand. Son imagination lui montra des vallées sur lesquelles erraient des insectes , a l'ombre des forêts de gazon qui s'élevaient comme des palmiers d'Orient au-dessus des bas taillis de mousse. Ses regards suivaient le moucheron , l'un des oiseaux de ces forêts inconnues, et la fourmi vigilante qui s'élevait le long d'un brin de gazon pour observer sa route, lorsque tout a coup un in* secte qui n'appartenait pas assurément à cette nature vint le troubler dans ses rêveries.
LA FIANCEE