CHAPITRE VIII
Lorsque M. Pyk et M. Quint se furent assis a table, celui-ci prit hardiment la parole pour conter son embarras. Il- eût volontiers demandé quelle était cette beauté, et comment elle se trouvait dans sa maison. Mais au lieu d'exprimer sa pensée, il parla de la sorte : — Il faut convenir que la connaissance du ciel surpasse toutes les autres sciences. La pensée seule des révolutions incroyables de l'espace...
— Kh! que me diles-vous la? s'écria M. Pyk. J'espère que vous ne vous êtes pas occupé a regarder les étoiles en plein jour avec ma nièce ?
M. Qnint devint couleur de pourpre. — C'est donc votre nièce? dit-il.
— Mon cher voisin , reprit M. Pyk , j'ai de bons yeux, bien que je n'observe pas les révolutions du ciel ; et je vous dis que vous êtes pris, quoique vous ne vouliez pas en convenir. Avouez-le simplement; entre nous, vous êtes pris !
— Que me dites-vous la? répliqua M. Quint; je ne vous comprends pas!
— Vous voudriez bien vous cacher derrière le figuier, comme le père Adam après sa chute. Mais, mon cher voisin, il n'y a pas à le nier, Baetely vous a donné la tentation de goûter du fruit défendu. N'ayez pas peur, jo
158 LA FIANCEE
De vous bannirai pas pour cela du paradis. Reposez-vous sur raoil — Heureusement, où malheureusement, Baetely rompit cet entretien ; elle apportait du vin frais. M. Pyk retint sa jolie nièce. — Ne veux-tu pas rester avec nous, Baetely? dit-il.
Elle prétexta avec embarras les soins qu'exigeait le ménage, et s'échappa rapidement au moment où M. Quint allait peut-être enfin triompher de l'immobilité de sa langue. Ce fut en vain que tout ce jour M. Pyk essaya cie dérider son voisin. Baetely passait souvent auprès d'eui dans le parc et dans le jardin; mais chaque fois M. Quint détournait la tète avec embarras. Enfin il regarda le ciel, montra du doigt le soleil couchant, et prit congé de son ami. Il ne fut pas possible de le retenir; il avait hâte de s'éloigner.
M. Pyk résolut de l'accompagner. 11 se retourna et appela Baetely; mais celle-ci , au lieu de s'approcher, s'enfuit a toutes jambes dans la maison. M. Pyk eut beau l'appeler, elle ne reparut pas.
— Cette jeune fille est bien singulière! dit M. Pyk; mais pendant les trois jours qu'elle passera ici, je veux réformer complètement ses manières.
— Votre nièce semble mécontente de moi, dit Quint. Peut-être a-t-clle raison ; je me suis conduit très gauchement auprès d'elle.
— Pourquoi serait-elle mécontente de vous? répondit M. Pyk. 11 me semble avoir remarqué tout le contraire, Mais pour se connaître à de sembables choses il faut avoir plus d'expérience que vous n'en avez, mon voisin. Je vous le dis, celui qui veut connaître le monde doit le régarder plutôt par le trou de la serrure que par un télescope!
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