BIOGRAPHIQUE. XIII
très hommes remarquables. Il ne séjourna que peu de temps à Berne, vers la fin de cet hiver. Dans cette ville il se lia d'une amitié très vive avec Aloys Red in g de Schwyz , célèbre depuis par son dévoûment patriotique. Ce fut alors qu'il voulut se rendre à Paris avant le retour du printemps, pour suivre de plus près les mouvements républicains sous le Directoire. Nous étions à l'époque de la conspiration de Babœuf; la fermentation la plus grande régnait dans la capitale de la France. Les tableaux grandioses que s'était créés l'imagination toute poétique de notre jeune voyageur s'évanouirent protnptement en face d'une réalité aussi affreuse que dégoûtante. Nous dirons aussi que la Suisse , avec la morgue aristocratique de ses villes et le joug qui pesait sur ses villages, dont la liberté était plus restreinte que dans la monarchie , que la Suisse avait déjà refroidi l'enthousiasme de Henri pour les républiques de nos jours. Mais qu'il en coûte de briser son idole ! Au désenchantement le plus cruel succéda le découragement, et peu s'en fallut qu'il ne retombât dans sa première mélancolie, que tout ne fût plus à ses yeux qu'erreur et déception.
Le comte Gustave Schlaberndorff, philosophe dans tonte l'acception du mot; ingénieux, savant, d'un cœur excellent; aux habits demi déchirés, quoique possesseur d'une forlnne considérable; occupant un appartement sombre et rempli de livres; isolé au milieu de cette immense capitale; indifférent à l'enthousiasme comme aux cruautés de ses habitants ; le comte Gustave Schlaberndorff se moqua souvent de notre rêveur inquiet, qui, mal corrigé par la réalité, avait toujours de la tendance à entourer la vie d'un idéal magique que Ton ne trouve, hélas! que dans le cervau du poète. Ni la raillerie bienveillante du sage original , ni l'imposant spectacle de ce monde tumultueux , ne purent empêcher notre voyageur désappointe de rentrer en Suisse plus tôt
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qu'il ne IVAtfait (mai 1796). Il parcouru* les Alpes, et ce ne fat que dans ces déserts majestueux qu'il retrouva la ttiaquillrté d'âme; Au mois d'août suivant il se vendit è Cotre par Lucarne et âchwyz , pour continuer é% là sot voyage en Italie* ce pays si vanté; «fais une circonstance peu importante décida de son avenir, K avait envoyé sa valise de Zurich aux Grisons par Berne ; il ne la retrouva pas à son arrivée. Comme il était fbreé de l'attendre , et qu'il n'avait aneu ne connaissance dans cette ville, il s'empressa de chercher l'aimable poète Salis-Sewis ; ne le rencontrant pas, il s'adressa au vieux Nesemann, directeur du séminaire à Beiehenau , à deux lieues de Cotre. Cette institution , fondée par le docteur Bahrdt à Masschlius* avait joui d'abord d'une grande célébrité; elle avait été ensuite transférée au château Haldenstein 4 et enfin au château de Beiehenau , où elle était menacée d'une ruine complète : il ne lui restait plus que quinze élèves. Les observations tout-è-fait judicieuses du jeune savant sur cette institution et sur les moyens de l'améliorer inspirèrent une telle confiance à Nesemann, qu'il l'invita à faire avec lui une petite excursion à Venins, où le vénérable président de la confédération, Jean-Baptiste de Tscharoer, se trouvait alors dans sa propriété. La connaissance se fit promptement , et dès le lendemain les deux vieillards engagèrent notre étranger à commencer pendant 1 hiver l'exécution du plan qu'il avait si bien tracé pour le rétablissement de l'institut. Henri, qui ne voulait pas renoncer à son voyage en Italie, refusa d'abord l'offre qui lui était faite ; mais on devint si persuasif à son égard, on lui montra tant d'estime et de confiance , qu'il céda enfin et prit la di» rection de l'établissement. H eut la haute main sur toutes choses. Parmi les cinq professeurs de l'institution, il rencontra Àffsprung, connu comme écrivain, et le célèbre mathématicien Bartels, qui passa plus tard professeur de ma-
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taéroaltqufls à Aarau , pni** Kaaaa i et enfin à Dorpit; Mais, afin de la détruire , il fallait découvrir la cause du mal , que rien n'expliquait à la première vue : ce fui ce que fit Henri, qui vit bientêt qu'il ne devait attribuer U décadence de l'institution qu'au mauvais vouloir de* partis politiques qui depais nombre d'années divisaient la république réthienne. A ta tétc de l'on de ces partis figurait le spirituel et savant Ticharner ; l'autre comptait dans ses rangs plusieurs familles distinguées du nom de Salis. Pour réorganiser l'institution, il convenait donc de t'affranetrir du joogde cet deux partis : Henri exposa franchement ses raisons; el on n'y put rien objecter; l'autorité centrale deReichfcnâu céda (décembre 1796) l'institut comme propriété à notre régénérateur d'école, qui prit à ferme une partie du cbAJeau et des biens territoriaux. La sagesse du plan suivi par le nouveau directeur, sa conduite mesurée à l'égard des partis politiques, trouvèrent leur propre sanction dans le succès qui ne tarda pas à récompenser de généreux efforts : le nombre des élèves s'éleva à plus du double , et enfin à soixante-dix. Mis bientôt en rapport avec les hommes les plus distingués de la république, Henri se voua font entier au succès de l'institution, et écrivit pour son usage une histoire du pays des Grisons, prenant pour guides les vieux manuscrits de Campell, les œuvres de Guler, de Sprecher, d'A. Porta , etc. Il composa aussi un livre élémentaire pour les écoles des campagnes, extrêmement négligées jusqu'alors*. Il le répandit le plus qu'il put, et gratuitement. Pour le récompenser de ses généreux efforts, la diète constituée à Coire lui fit une bien douce surprise le ?3 mars 1708 , en lui accordant un brevet de naturalisation des Grisons, honneur qui, depuis un siècle, n'avait été accordé qu'à une seule personne.
Nous étions à une époque où la Suisse , cédant au mouvement révolutionnaire, rêvait un nouvel ordre de choses qui