‹ Contes suissesChapitre 61 sur 159 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Ce n'était pas seulement pour M. Pyk que tout allait de travers. La matinée s'était passée , pour M. Quint, en occupations qui lui avaient été jusqu'alors étrangères. Il écrivit des compliments, des reraereîments , et se pan ex traordinai rement pour la cérémonie du jour.

Un académicien qui doit être présenté a la cour; — un candidat en théologie qui va prêcher sa première homélie en pleine église; — un jeune officier qui se dispose pour sa première parade, n'éprouvent pas plus d'embarras et d'inquiétude que n'en éprouvait M. Quint, en se disant : C'est aujourd'hui le jour de mes fiançailles!

Son imagination lui offrait aussitôt sa future , à qui il n'avait jamais parlé que pour lui faire excuser ses gaucheries; qu'il avait frappée d'effroi a sa première entrevue; qu'il avait réjouie par ses bonds sur la route; qu'il avait mise en fuite par sa chute le long de la montagne. Il se voyait environné de vingt personnes qui le conaissaient à peine, et qui l'examineraieut avec les yeux de la critique, ou l'obséderaient de compliments peu sincères. Il maudissait alors la vanité et le goût du faste de M. Pyk; et il eût donné la moitié de sa fortune pour se racheter des embarras et des ennuis de cette solennité où il devait jouer le principal rôle.

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— 0 Baçtely I s'écria-t-il ei> parcourant sa chambre à grands pas. Les sauvages sont plus heureux. Deux cœurs qui battent l'un pour l'autre out-ils besoin de tant d'apprêts?

Cette protestation contre les folies du inonde n'empêchait pas les moments de s'écouler. Il fallut s'habiller avec plus de soin que de coutume; ordonner mainte chose dans la maison ; songer à ce qu'on dirait aux grands parents, aux témoins, à la fiancée, et préparer la contenance qu'où devait prendre, pour ne pas se compromettre devant sa future et sa famille. Tout en s'babillant, M. Quint s'étudiait donc a répondre aux compliments et aux politesses qui lui seraient adressés. Mais il semblait que son esprit voulût Lui refuser toute espèce de service. H ne trouvait pas une idée, pas une parole ; il eu était de môme de ses vêtements; il recourait tour à tour à toute sa garde-robe, et il finit, quelque bizarre que fût cet accoutrement , par s'arrêter a des culottes blanches , des bas de soie et un habit couleur de violette.

Pendant ce temps, il oublia les phrases d'étiquette qu'il avait composées. Il replaça ses habits sur une chaise, se mit à soo pupitre dans une sorte de découragement, et essaya de jeter ses compliments sur le papier. Ce fut alors qu'il sentit combien il était peu fait pour paraître dans une brillante assemblée. 11 maudit mille fois les fiançailles, les plans gigantesques de M. Pyk, et la vanité de tous les oncles.

Il se leva; il ne trouvait rien a écrire. Peut-être le discours improvisé devait-il lui réussir davantage. Il s'approcha d'une glace, le visage riant, composant sa voix et

prêt k débiter. — En cet instant , deux choses fort différentes le mirent hors de son assiette.

D'abord/ il vit qu'il s'était complètement habillé, mais que sa chevelure était restée dans le plus grand désordre. Puis il entendit sonner dix heures k l'horloge du village voisin , et il vit les fidèles revenir du service divin par tous les chemins.

Une sueur froide inonda tout son corps. Eût-il parcouru au galop la route qu'il avait à faire , il ne pouvait arriver en moins de deux grandes heures au château de M. Pyk. Peut-être la compagnie se réunissait-elle déjà; sans doute il était l'objet de toutes les conversations; Baetely était assurément arrivée avec sa tante , car elles avaient profité de la fraîcheur du matin pour partir de la petite vallée de Weegli, où elles résidaient. — Et le fiancé était encore dans sa chambre, en pantoufles, les cheveux épars et sans poudre !

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