CHAPITRE XVIII
Le bras incommode se retira, et le ministre se retoarw de l'autre côté. M. Quint crut avoir remarqué que ce bras, qui avait passé rapidement devant ses yeui, était couvert d'une peau fine et blanche, et terminé par une main potelée et des doigts délicats qui ne pouvaient pas appartenir à un vieux prêtre. 11 se souleva doucement pour observer de plus près son voisin.
Une charmante tête de femme , enveloppée d'un bcAnet de mousseline , duquel s'échappaient sur une épaule à demi-nue les anneau* d'une chevelure dorée , se trouvait auprès de lui. L'incounue reposait sur le lit avee une toilette recherchée, et il semblait qu'elle n'eût pas compté y. passer toute la nuit.
Un tel quiproquo ruinait toutes ses espérances. Adieu projets de retour et de bonheur ! On ne pouvait tarder à le découvrir dans cette chambre, et sa réputation se trouverait flétrie a jamais. Baetely, M. Pyk, toute la vallée ne pouvait manquer de l'apprendre. On attribuerait son absence à celte aventure. M. Qurnt se sentait perdu.
Un homme aussi pieux, aussi vertueux , à qui chaque père de famille eût confié sa fille, était couché sur un même lit, Dieu sait avec quelle personnel II n'était pas de protestation, de serment qui pût l'absoudre. — Et qu'allait dire sa jolie ou sa laide compagne de nuit?
Qu'allait-elle faire en apercevant à son réveil un nouveau venu auprès d'elle ?
M. Quint, appuyé sur son bras, Immobile comme une statue, contemplait encore cette apparition, hors d'état de prendre une décision quelconque. Suis-je donc né pour être malheureux? se dit-il en soupirant.
La dormeiMe s'éveilla, se retourna, rêvant encore k demi* te releva et le regarda avec étonnement. M. Quint... Ah! que n'eût-il pas dottné pour que le jugement dernier sonnât à cette heure, que les anges fissent retentir la trompette, et que la terre et le ciel s'abîmas&ent sur lui 1 — C'était Baetely elle-même qui le regardait avec ses grands yeux bleus.