‹ Contes suissesChapitre 8 sur 159 · BIOGRAPHIQUE. XVII · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIQUE. XVII

que cette petite république des Grisons ne pourrait rester isolée au milieu d'années sur le point d'engager la lutte, ni libre et indépendante vis-à-vis de l'Autriche et de la France? La supériorité bien reconnue des armées françaises promettait une protection puissante; la réunion à la Suisse, à la réserve de certains droits et de la dispense d'une garnison française, l'arrachait au danger de voir sa vieille liberté passer sous le joug de l'Autriche, et de partager le sort du Tyrol. Henri sut accomplir sa tâche avec zèle et intelligence; mais elle lui attira toute la haine du parti opposé; sa vie fut même menacée. Une communauté considérable le déclara hors la loi et mit sa tête à prix. Un jour, en revenant de faire une visite au baron Salis à HaUleustein , il fut poursuivi par plusieurs paysans armés. Nesemann lui écrivit de Coire pour lui exposer le danger des promenades solitaires. L'ambassadeur français quitta Reichenau et lés Grisons; beaucoup d'hommes honorables du parti démocratique, et entr'autres le poète Salis, le président Tscharner, s'étaient réfugiés (9 août) à Ragaz sur le sol helvétique, afin d'échapper à la fureur populaire. Henri dut suivre un tel exemple et chercher a son tour un asile où il pût être en sûreté. Tscharner l'invita à se rendre avec lui à Aarau pour y débattre , muni de pleins pouvoirs, les intérêts des Grisons avec les magistrats souverains de la Suisse et de la France; ils devaient plaider tous deux chaudement la cause de ce peuple , qui n'était alors en butte à d'injustes persécutions que parce qu'il avait demandé la réunion de la Réthie à la Suisse. Tscharner, que des affaires plus importantes rappelèrent bientôt à la frontière réthienne , céda ses pouvoirs à son codélégué. Henri eut le bonheur de gagner en peu de temps la confiance et l'amitié des membres les plus influents de l'administration et du corps législatif. Sa pétition au directoire exécutif, dans laquelle il réclamait pour les Grisons persécutés et errants

ïffil ESQUISSE

les droite de citoyens suisses , fat accueillie dans Te grand conseil avec un enthousiasme touchant. 11 fut invité à quitter sa place de simple auditeur pour venir prendre part à la délibéra tion, et, selon l'usage républicain de cette époque, il reçut l'accolade fralernelle.

Son ami , le savant Albert Slapfer, alors ministre de l'instruction publique, pour ne pas le laisser oisif, l'avait mis à la tête d'une de ses administrations inférieures. Dans ce nouveau poste il fut encore plus à môme qu'auparavant de reconnaître la marche funeste et embarrassante d'une révolution qui avait commencé dune manière aussi violente. Les Suisses les plus éclairés et les plus honnêtes s'accordèrent sur ce point , que la constitution imposée par la force était contraire aux sympathies populaires. En effet, on resta divisé sur ce qui convenait le mieux au peuple, et des difficultés sans nombre paralysaient les meilleures intentions. Les fonctionnaires destitués, qui avaient perdu leur traitement, leur crédit et leur influence; les ecclésiastiques, qui redoutaient pour eux-mêmes une pareille destinée, voulurent, par ftntemntiori autrichienne et par des insurrections populaires, revenir au vieil ordre de choses, qui, quelque mauvais qu'il fût aux yeux de bien du monde, semblait alors préférable à la nouvelle organisation. Henri , justement effrayé d'une lutte incessante entre deux partis dont les intentions étaient si opposées, reconnut la triste nécessité de laisser intervenir les Français, qui auraient seuls le pouvoir d'arrêter l'émeute et de faire respecter ce qui aurait échappé au naufrage.

Le noble Stapfer, que les Escher de la LirUh, Usteri, Rengger, Fellenberg, Pestalozzi et plusieurs autres personnages marquants secondaient dans ses vues de vrai philanthrope et de bon citoyen, Stapfer prit très souvent conseil du nouveau collaborateur qu'il s'était adjoint, il avait la conviction que

BieCHMWIQUE. XIX

pendant les mouvements révolutionnaires il ne pourrait mieux fente valoir ion influence qu'en éclairant le peuple par des écrite Ristruetifii sur la liberté de la presse, en hâtant rinstattatiest Aes;t<iaseillesê d'instruction dans tous les «santons; et en réiunsirat lès honnies éclairés de la Suisse dans des cercles littéraires. 11 oouêa à Henri unis partie de l'exécution de ces projets.

Le directoire executif employa, quelques mois après, ses talents d'une manière tonte différente , en l'envoyant, avec de grands, pouvoirs, comme délégué ministériel , dans le pays ravagé et encore très agité d'Unterwald (mai 1799)* C'était là que les armées françaises étaient parvenues, mais non sans effusion de sang, à calmer, sept mois auparavant, une émeute terrible. Toutes les prisons regorgeaient encore de coupables et de suspects retenus par la rigueur d'un nouveau commissaire- Aussitôt après son arrivée, Henri prit connaissance des «barges qui pesaient sur chaque détenu ; il interrogea les autorités et les bon* citoyens, et s'aperçut aisèment qu'on ne paumait cetair ce peuple énergique et désespéfié, et le tymcqet jkdatseuiweats plus pacifiques, que par des témoig»afns de sympathie pour ses malheurs. Il fallait doue avant tout tuilier au pouvoir actuel ceux des mécontente qui es*rf aient 1* plus d'empire sur leurs concitoyens s il fui sucftodé fterson! .vieil .ami Joseph Buesinger, historié» d'HutctvuJd* Après des entretiens particuliers avec chacun des piàcanuiers, il tes fit sortir de leurs cachots. En graciant les «oufaMes* tu rappelant les exilés, il se les concilia, et §t d'eui autant d'auxiliaires qui l'aidèrent à remédier aux souffrances générales; et à rétablir la bonne harmonie. La tranquillité fat an instant interrompue par la retraite des Français 4 dont une brigade , en quittant Uri , vint cantonner à tënterwald r squs les ordres du général

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