‹ Contes suissesChapitre 87 sur 159 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

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Les choses se passèrent autrement que ne rayaient pensé les deux amis. Cugny devenait de jour en jour pius triste et plus pensif, la société d'Olivier et les plaisanteries d'Hélène n'égayaient le pauvre enfant que d'une façon passagère.

Un jour il était assis sur le revers d'une colline, plongé dans ses rêveries; son troupeau paissait autour de lui; le vent d'automne sifflait dans les feuilles mortes, éparses au pied des arbres; tout a coup il entendit aboyer son chien. Cugny ne se retourna même pas. Le chien allait et venait en redoublant ses aboiements. Enfin le jeune pâtre devint plus attentif et se leva. 11 aperçut à ses pieds, dans un enfoncement du bois, une de ses chèvres qu'emportait un loup qui ne tarda pas a la mettre en pièces et à la dévorer.

Cugny saisit vivement son bâton, et, suivi de, son chien, se mit a la poursuite du voleur; mais le loup prit la fuite, laissant la chèvre sans vie. Le petit pâtre resta, à celte vue, immobile et plein d'effroi. Il couvrit sa chèvre de feuilles mortes , de branches et de pierres , et revenant auprès de son troupeau, il le ramena comme de coutume. Puis il se rendit à la maison paternelle dès

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qu'il fut nuit, endossa ses habits de fête, fit un paquet de ce qu'il possédait de meilleur, et partit.

La nuit était déjà avancée lorsque le possesseur de la chèvre vint faire grand bruit dans la chaumière du vieux Cugny; on chercha partout le chevrier, et comme on ne le trouvait nulle part, son père se livra a la plus vive affliction.

Mais Olivier et Hélène se montrèrent plus inconsolables que le vieillard, à la nouvelle de la fuite de Cugny. Oq ne pouvait trop s'étonner des larmes que faisait verser a Hélène un misérable gardeur de chèvres, et les parents d'Olivier ne se lassaient pas de rire de sa douleur. ■ Après quelques jours, Olivier reçut par un paysan une m lettre datée des environs de Romainmotier. Cugny lui I écrivait l'histoire du loup, en lui annonçant que, moitié par crainte d'un châtiment, moitié par dégoût de la vie des champs, il s'était décidé à parcourir le monde pour tenter la fortune.

— t Ne crains pas pour moi, écrivait Cugny, je ne » manquerai de rien; j'ai appris a travailler. Dis seule- » ment a Hélène de ne pas s'inquiéter, et à mon père i que je soutiendrai sa vieillesse dès que je le pourrai. • J'emporte ton couteau avec moi , je le garderai tant i que je vivrai. Je ne puis le regarder sans pleurer. Peuti être nous retrouverons-nous un jour h la guerre ou » autre part. »

Olivier sauta de joie et courut montrer partout la lettre de Cugny.. Hélène pressa le papier contre ses lèvres et le mouilla de ses larmes.

Ce fut cependant pour Olivier un triste hiver que ce-

lui-ci ; car H élait habitué à Cugny, et il lui manquait pari tout. Heureusement que les préparatifs de son départ Toc cupèrent quelque temps et lui causèrent des distractions Puis il fallut faire des visites de congé à ftomaînmotier Il V&vay et à Nyon, chez ses parents et les amis de sa fa mille. On lit enfin ses bagages, et à Pâques il alla rejoin dre en Allemagne l'armée impériale.

La petite Hélène pleura aussi amèrement au dépar d'Olivier qu'elle avait pleuré a l'automne au départ d( Cugny. Mais les jeunes filles se consolent bientôt; Olivier, lorsqu'une fois il eut traversé la Suisse, mis Rhin derrière lui, respiré l'air de l'Allemagne, vu d soldats de toutes les nations, entendu le tumulte d camps et le bruit de la guerre, oublia Cugny, La Sarra Hélène, ses parents, et tout enfin. <

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