‹ Contes suissesChapitre 89 sur 159 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ÎLe Duel*

Bientôt après cette tracasserie , le bruit se répandit dans le régiment qu'Olivier était d'une basse extraction* et que , dans sa Tille natale, il avait passé son enfance à garder les chèvres.

Olivier ne tarda pas à parvenir k la source de ces propos. Ils ne pouvaient venir d'aucun autre que du baron d'Àsperlin. Olivier résolut aussitôt de le châtier. 11 se rendit dans son quartier, et apprit que le baron venait d'obtenir un congé, et qu'il était parti le matin même pour la Suisse. Olivier remonta aussitôt à cheval pour le rejoindre. Il n'épargna pas les éperons k sa monture.

Il arriva vers le milieu du jour dans une petite ville. Les gens et les chevaux du baron attendaient leur maître devant la principale auberge. Olivier y entra aussitôt.

Le baron était paisiblement assis à table avec un officier étranger. Tous deux parlaient français. Le baroa tendait la main a son compagnon de table, pour prendre congé, au moment ou Olivier entra.

Celui-ci, sans s'inquiéter de l'étranger, alla droit à Asperlin, et, le traitant de calomniateur, le frappa si violemment qu'il le renversa de son siège. La maison entière retentit de sa chute. Les valets et l'hôte accoururent au

DS BGDS. 25*

bruit. Àsperlin se débarrassa avec peine de la foule, et criant à Olivier : Scélérat, tu me payeras cette injure de ton sangl II disparut. Quelques instants après, on l'entendit partir k cheval en plein galop.

Olivier, debout près d'une fenêtre, te regardait s'éloigner avec mépris, lorsque l'officier étranger lui frappa de la main sur l'épaule , en disant : — Monsieur, quelle que soit la cause de votre folle conduite , et quelle que soit la raison qui empêche mon ami de châtier sur-lechamp votre grossièreté, vous m'avez insulté en sa personne. C'est mon compatriote et mon ami. Je veux lui épargner de l'ouvrage, suivez-moi hors la ville.

— Pourquoi ne pas en finir ici môme? s'écria Olivier en poussant l'hôte et en fermant la porte. Aussitôt il tira son sabre .et se mit en garde. L'étranger était également en garde. Tandis qu'Olivier le regardait avec attention, tout à coup il abaissa son épée, et lui dit en l'examinant a son tour : — Monsieur, veuillez me faire connaître mon adversaire; comment vous nommez-vous?

— • Olivier de La Sarraz.

— Diable 1 je le pensais, s'écria l'étranger; et moi je suis Cugny 1

Tenaut encore leur sabre nu à la main, ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre et s'embrassèrent avec effusion. Ils prononçaient mutuellement leurs noms, et ne se lassaient pas de se livrer a la joie de se revoir.

Page 1