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CHAPITRE VIII

I*e Retour*

Olivier et Gugoy se rendirent ensemble au camp: Cuguy fut assez heureux pour obtenir du comte de Hatzfeld un congé de six mois en faveur de son ami, afin qu'il allât visiter sa famille a La Sarraz après une absence de dix ans.

— Je me rends auprès du maréchal, dit Cugny, et je lui demanderai également une permission pour aller quelque temps en Suisse. Nous y passerons encore ensemble des jours heureux. Nous ferons élever trois chaumières sur le rocher, une pour toi , une pour moi et une pour la pelite vivandière. C'est la que se réuniront tous les souvenirs de notre enfance !

Ils se séparèrent avec l'espoir de se revoir bientôt, et Olivier, suivi de ses gens, traversa l'Allemagne et se rendit en Suisse. Comme le cœur lui battit, en voyant les clochers de sa ville natale apparaître derrière la montagne! Il lui semblait qu'il ne l'avait quittée que la veille. Mais plus il approchait, plus il trouvait tout changé; ce n'était que dans les petites choses , ef cependant chaque buisson qu'on avait arraché, chaque jardin qui avait disparu, excitaient son attention et son étonnement. Ce qui lui avait semblé immense dans ses jeunes ans lui parais-

sait alors petit; la tour était plus basse, la grand'rue plus étroite, la maison paternelle plus mesquine qu'avant son départ.

Je n'essayerai pas de dépeindre la joie que causa l'apparition d'Olivier dans la maison de ses parents et la sensation qu'il produisit dans la ville. Chacun voulait voir le petit Olivier qui était devenu capitaine de l'empereur.

Dès le lendemain de son arrivée il alla visiter ses parenls et ses amis. La petite vivandière ne fut pas oubliée. Mais quel fut son étonnement lorsqu'il entra dans la chambre où elle se trouvait avec sa famille 1 Le cœur lui battit avec violence. La jeune fille s'approcha de lui en rougissant. Olivier lui baisa la main en tremblant, et ne sachant que lui dire. Hélène, moins embarrassée, regardait des pieds à la tête le compagnon de son enfance, et lui donna bientôt le courage de lui parler avec la même confiance qu'autrefois.

Dès ce moment une passion violente s'empara du cœur d'Olivier. 11 rendait Chaque jour visite aux parents d'Hélène, uniquement pour la voir et jouir du bonheur de l'entendre. Mais ce bonheur était souvent mêlé de peine; car la jeune fille semblait ignorer entièrement l'amour. Elle se montrait toujours aussi confiante et aussi ingénue qu'elle l'était six ans auparavant au milieu du troupeau de chèvres; mais elle ne semblait pas non plus en savoir plus qu'elle n'en savait alors.

Ainsi s'écoulèrent quelques semaines, quelques mois. Plus d'une jolie fille de La Sarraz, de Vevay et de Lausanne, souriait avec intelligence au jeune guerrier, et celui-ci, désespéré de l'indifférence d'Hélène, essaya de

lui donner un peu de jalousie. Mais la naïve enfant restait toujours la même, et ne comprenait rien au dépit d'Olivier.

Vers ce temps il apprit ce qu'on lui avait caché jusqu'alors dans la maison d'Hélène. Le baron d'Asperlin, las de la guerre, après avoir recueilli plusieurs héritages, avait résolu de demeurer dans son pays, et avait demandé la main d'Hélène, qu'il avait vue à Lausanne. La famille d'Hélène se trouva fort honorée de cette demande ; mais celle-ci riait du baron d'Asperlin et dé sa richesse, et disait fermement qu'elle ne voulait pas devenir madame la baillive de Bavois.

Olivier connaissait les prétentions d'Asperlin, mais non pas les refus d'Hélène. H jura de faire périr son rival; mais, en y songeant, il pensa que la mort d'Asperlin n'avancerait pas beaucoup ses affaires. Ces inquiétudes le rendaient triste et abattu.

Hélène remarqua sa tristesse et s'efforça de rendre la sérénité k son ami.

— Comment pourrais-je me montrer satisfait, lorsque je suis malheureux ? dit Olivier. Je vous aime, je prétends a votre main, et vous êtes promise & un autre; vous êtes la (lancée du baron d'Asperlin.

Hélène se mit à rire, et répondit : — Je ne suis la fiancée de personne. M. d'Asperlin me semble insupportable depuis qu'il pense à moi. Restez, mon ami, mais ne prétendez pas a ma main ; j'ai un cœur pour l'amitié, mais je regarde l'amour comme une folie. J'espère, mon cher Olivier, que vous êtes un homme raisonnable et que vous resterez tel. Voulez- vous absolument vous marier?

Bien ; je yous aiderai k chercher une femme ; mais pour moi, j'ai encore peu de goût pour le mariage. Il est bon que nous nous expliquions la- dessus pour n'en pas parler davantage. Maintenant la chose est arrangée.

Il en fut ainsi. Ce fut véritablement une chose arrangée pour Hélène, mais non pour Olivier. Cependant il fallut bien qu'il se résignât; heureusement il lui vint encore des distractions.

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