CHAPITRE X
lie Mygtère*
Personne ne se doutait à La Sarraz qu'une aussi étroite intelligence s'était établie entre Cugny et Hélène, tant ils avaient su s'observer aux yeux des étrangers ^Olivier luimême n'en avait pas le moindre soupçon. Hélène lui sembla même plus favorable après le départ de Cugny. En effet elle rechercbait plus volontiers sa société qu'autrefois, soit que les liens qui l'attachaient a Cugny la rapprochassent de son ami, soit qu'elle cherchât à cacher ce qui se passait en son cœur.
Les parents d'Hélène remarquèrent ce redoublement d'amitié avec inquiétude; ils auraient désiré de tout leur cœur qu'Olivier fût aussi a quelques milliers de lieues de La Sarraz ; car les négociations avec le baron d'Àsperlin étaient déjà fort avancées, et ils attachaient la plus grande importance a voir leur fille devenir madame la baillive. Ils prièrent donc le baron de se rendre promptement à La Sarraz, et de venir s'installer dans leur maison.
La première entrevue qui eut lieu entre Olivier et Asperlin fut telle qu'on le peut penser. La plus grande froideur régna entr'eux, et ils agirent comme s'ils ne se fussent jamais rencontrés auparavant. Hélène traita de la manière la plus glaciale celui qui lui était destiné, et Gt
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tous ses efforts pour lui faire connaître l'aversion qu'elle éprouvait pour lui. Elle redoutait peu la colère de ses parents; mais Asperlin s'inquiétait également fort peu des répugnances de sa fulure. La famille d'Hélène, de son côté, était résolue à conclure ce mariage ; et chacun était aussi opiniâtre que l'était la maîtresse de Cugny.
Hélène fut forcée de recevoir les félicitations de toute la ville. Personne ne souffrait plus de ces compliments que le pauvre Olivier. Dans son désespoir, il lui offrait même de la délivrer par la force des poursuites d 'Asperlin, avec qui il avait une ancienne querelle a vider. Elle lui répondait paisiblement qu'elle ne craignait nullement que cette union s'accomplit, et Olivier ne pouvait se lasser d'admirer le calme de la jeune fille.
Il avait de justes motifs de s'étonner; car depuis le jour des fiançailles un changement subit, qui avait été remarqué par tout le monde, s'était opéré dans la personne d'Hélène. Elle ne se montrait pas, il est vrai, plus gracieuse envers son futur époux qu'elle ne l'avait été auparavant, mais elle témoignait envers lui plus d'égards et de douceur. Elle acceptait ses présents, et ne s'irritait pluslorsqu'il s'aventurait à déposer un tendre baiser sur sa main. Elle entendait aussi parler du mariage prochain sans laisser voir de répugnance, et se contentait de demander un délai de semaine en semaine , ce que le prétendu accordait d'autant plus volontiers, qu'il n'avait pas encore terminé tous ses préparatifs pour la réception de sa femme dans son château.
Olivier maudissait en son cœur toutes les femmes. 11 n'avait jamais pu croire qu'une fille d'une âme fifere et
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résolue comme l'était Hélène pût changer aussi proi ment et se soumettre à un joug qu'elle semblait na; abhorrer. La Sanaz n'avait plus d'attraits pour lui. se disposait à rejoindre l'armée. Il visitait rareme maison d'Hélène, où on ne le voyait pas d'un lion a ou il ne trouvait que dus sujets de tristesse et d'aftlk