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CHAPITRE XIII

I/Oubli.

Tout ce qui était arrivé à Olivier pendant son absence de l'armée lui sembla bientôt un songe. Ces événements lui parurent tenir d'autant moins de la réalité, que des jours, des mois et des années s'écoulèrent sans qu'il reçût aucune nouvelle de son ami d'enfance et sans qu'il apprît rien sur le sort d'Hélène. 11 l'aimait encore, et ne songeait jamais a elle sans éprouver une vive émotion. Cependant les années de sa jeunesse faisaient insensiblement place a celles de la maturité, où l'on voit avec d'autres yeux les rêves du bel âge; et Hélène, qui était toujours pour lui la plus belle des filles, n'occupait plus toutes ses pensées.

Les parents d'Olivier étaient morts depuis quelques années, et il songeait moins que jamais a retourner à La Sarraz, où il n'eût pas été a l'abri de la vengeance de la famille d'Àsperlin et de celle d'Hélène. Le métier de la guerre devint sa principale occupation , et la gloire son plus ardent désir.

Ainsi s'écoulèrent dix années, durant lesquelles Olivier, toujours au milieu des camps, resta fdèle h ses résolutions. Quelquefois, il est vrai, la beauté attirait ses regards; mais toujours le souvenir d'Hélène le défendait

d'un engagement sérieux. La guerre le détournait toujours de ses pensées d'amour, et il désirait avec ardeur l'ouverture d'une nouvelle campagne.

Les troubles de la Transylvanie et les projets d'agrandissement des Turcs ne tardèrent pas a servir ses vœux. L'empereur Léopold avait sans cesse quelque lutte à soutenir contre les mahométans. En l'année 1665, le vaillant et sage visir Àchmet Kiuperli entra en Hongrie a la tête de cent quarante mille hommes. Les états de Hongrie, mécontents du gouvernement autrichien, opposèrent «ne faible résistance. Leur levée montait a peine à quaraale mille hommes, et l'armée que l'empereur envoya, sous les ordres du brave général Montecuculli , ne s'élevait pas à un nombre plus considérable. Les Turcs et les Tartares n'eurent donc pas de peine à s'avancer jusqu'en Moravie, où ils réduisirent quarante mille chréliens en esclavage. L'empereur, grandement embarrassé, appelal'Allemagne , la France et le pape à son secours. On le secourut, mais faiblement. La France lui envoya six mille hommes, et toute l'Allemagne en rassembla à peine cliquante mille.

Olivier s'était distingué maintes fois au commencement de cette sauglante guerre. Daus une escarmouche il se vit sur le point d'être fait prisonnier par les Turcs; mais deux de ses soldats le délivrèrent. 11 rentra au eamp grièvement blessé, et se relira à Vienne pour se foire guérir de sa blessure.

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