‹ Contes suissesChapitre 99 sur 159 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

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Dès qu'Olivier eut obtenu une permission, il se rendit à Vienne. La belle veuve reçut Pami de son mari avec une nouvelle effusion de douleur. Il fut résolu que madame de Gugny irait recueillir h Bruxelles l'héritage de son époux, et qu'elle viendrait s'établir dans les États autrichiens.

Elle partit, et il s'écoula plus d'un an avant qu'elle eut terminé ses affaires dans les Pays-Bas. Durant tout ce temps elle entretint avec Olivier un commerce de lettres fort animé. Olivier était toujours ce qu'il avait été autrefois; son cœur ne pouvait changer. — La jolie petite vivandière, — la ravissante 011e qui ne voulait le nommer que son ami, — la séduisante veuve sous ses voiles funèbres, étaient pour lui la même personne, celle qu'il n'avait jamais cessé d'aimer. Il jurait, il est vrai dans ses lettres, qu'il ne l'aimait plus, qu'il était revenu de toutes les passions et de l'enthousiasme de la jeunesse ;- mais ses lettres étaient brûlantes, et le langage de l'amitié y ressemblait beaucoup à celui de l'amour.

Madame de Cugny revint enûn des Pays-Bas. Son ami n'était plus en Hongrie, il se trouvait placé à Vienne, et vint au-devant d'elle jusqu'à Linz.

Ils s'abandonnèrent dans une entrevue a plus d'eiïu-

wm et de tendresse qu'ils ne s'étaient promis séparément d'en témoigner. Hélène fondit en larmes sur le sein d'Olivier : Je suis seule maintenant dans ce vaste monde, dit-^lle, et tout abandonnée; je n'ai plus personne que vous, Olivier; vous seul êtes mon soutien sur la terre.

— Et moi, répondit-il, je suis sans parents, sans amis; c'est le ciel lui-même qui me ramène la compagne de mon enfance,

Olivier avait choisi dans Vienne la demeure la plus élégante et la plus commode pour la belle veuve. Il logeait non loin de la. Hélène ne savait comment le remercier de toutes ses attentions; tous deux ils se trouvèrent plus heureux qu'ils ne l'avaient été depuis longtemps. Ils étaient devenus un besoin l'un pour l'autre; mais ils avaient conservé tous deux les mêmes sentiments que jadis. — Si ton cœur m'appartient, disait-il a Hélène, — et à qui appartiendrait-il? — accorde-moi aussi le don de ta main. Pourquoi cette barrière entre deux personnes qui ne vivent dans le monde que l'une pour l'autre?

— Je voudrais que vous ne l'exigiez pas de moi, Olivier, disait Hélène ; mais si ma main peut vous rendre heureux, c'est mon devoir de ne pas vous la refuser.

Le consentement aurait pu être accordé sans doute d'une manière plus flatteuse; mais Olivier fut ravi du bonheur qu'il se promettait pour l'avenir.

C'est ainsi qu'Hélène devint la femme d'Olivier. Ils jouirent d'une félicité pure et tranquille, au milieu d'un petit cercle d'amis choisis, loin du bruit et des tracas du monde.

Après une union de dix- neuf années ; Hélène mourut

dans les bras d'Olivier. L'effroi qu'elle éprouva durant le siège de Vienne par les Turcs , en \ 683 , aggrava une maladie qu'elle avait contractée, et hâta la fin de ses jours. Olivier crut ne pouvoir survivre a Hélène; il chercha encore la mort dans les rangs des Turcs sans pouvoir la rencontrer. Les soldats avaient fini par croire qu'il s'entendait en magie ,• et qu'il était à l'épreuve des balles. A leur tête , Olivier pénétrait au milieu des ennemis, et il était toujours sûr de vaincre toute résistance.

Vienne fut enfin délivrée des Osmanlis par l'héroïque roi de Pologne Jean Sobieski. Les Turcs traversèrent en fuyant la Hongrie; mais les places fortes de ce royaume étaient restées en leur pouvoir, et l'ancienne capitale de la Pannonie, Ofen ou Bude, comme la nomment les Hongrois, était tombée en leurs mains. Les Turcs regardaient cette ville comme le boulevard de l'Orient contre les chrétiens; aussi y avaient-ils jeté l'élite de leurs troupes, qu'ils avaient laissées sous le commandement d'Apti Pacha, le plus brave, le plus expérimenté et le plus heureux des généraux ottomans.

Cet Apti avait déjà contribué, lorsqu'il n'était encore qu'aga, a la conquête de l'île de Candie par les Turcs, en |6G9. C'était ce même Apti qui, en qualité de séraskier, avait conquis en 1672 le fort de Kaminieck, en Pologne. Le sultan l'avait nommé en celte occasion pacha de Bcnder. Lorsque le grand vizir Kara Mustafa fut battu en -1685 sous les murs de Vienne, Apti rassembla les débris de son armée, et les forma devant Bude. Il fut aussitôt nommé au commandement de celte place, dont le gouverneur venait de perdre la vie dans un combat.

DE BUDË. 289

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