‹ Contes surhumainsChapitre 14 sur 30 · LE MYSTÈRE DUNE INCARNATION · texte numérisé non relu

LE MYSTÈRE DUNE INCARNATION

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Et mine et semper dilecrœ dicatum

A cette «'poque, dans un accès vj^'hémont de misantliropio, je m'étais retint dans une baie faroucht' de la côte bretonne. Le cbarme d'un jiclit villauc drlicieuseraent assis devant la mer avait arrrtr- mes pas de voyag'<'ur. Le groupe de sombres cbaumirres oh de pauvres gens \ ivaient p«''niblemt'iil de la ptHlie n'avait certes aucune originalit»'- spt'ciale. Mais l'âme de ce site enveloppait de douceur Tàme attristée du passanl. Di's bois d(; cbènes et d'ormes isolaient de riiorizon terrestre le fouillis des ca- Itancs dont les ouvertures béaient vers ces IVonilaisoiis protégées du vent d'ouest par un rempart de buttes abruptes de granit.

A cet endroit, le paysage se divisait en deux parts de caractères antitbéti([ues. A l'Est, s'enfonçjant dans les terres, il étalait la joie d'une végétation drue et somptueuse; à l'ouest, le sol

onlrant en promontoire dans l'Atlantique consistait en une série d'énormes masses granitiques d'une sauvagerie violente. Campé dans ce village, je pouvais contempler à la fois les deux aspects les plus contraires de la multiforme nature, son plus câlin sourire et sa plus effroyable convulsion.

Adjacent au village, un tout pelit cimetière descendait en pente douce vers une grève formant une courte solution de continuité entre les falaises béantes de la côte. Dans les grandes marées, le flux venait affleurer les tombes les plus proches. Je n'oublierai jamais l'impression que me causa ma première visite à cette nécropole menue. Enclose d'un mur à hauteur d'appui, on y pénétrait, comme dans presque tous les cimetières des campagnes bretonnes, en franchissant un échalier taillé dans le granit. Un soleil ardent mirait la mer bleue. Des pierres tombales festonnées de ronces et de lierres pesaient sur la terre lourde et jaune. Entre elles avaient poussé de vieux pins dont le s maigres troncs nus s'en allaient porter très haut dans le ciel les cimes sphéroïdales, nuages opaques, oij gazouillaient quelques mésanges. Ah! l'adorable cimetière! Comme il s'y reposerait délicieusement, le corps las, immortel-

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lemcnl hcrcé parle cliant des va^^ues. A la séjiulluio grandiose de Cliàteauhriand dans son solitaire îlot, j'aurais j)référé un coin dans ce champ funéraire où ranj:;e de la mort, (juand il y passait, devait sourire.

Sur des croix je lus des noms celtes. Quelques inscriptions étaient analogues à celle-ci : « A la mémoire de Jean-Vvon Guivarec'h perdu t'ii nii-r.». Ainsi, jilusieurs de ces sépultures citaient le nom de cadavres qu'elles n'avaient jamais reçus, et ((ue les Ilots roulaient toujours sur des lits dalgues roses. Mais ces trépasséslà, assurent les vieillards, reviennent chaque année passer le jour des morts dans la tombe ordinairement vide, afin d'entendre les prières dites pour leur âme par des voix aimées.

Une tombe fleurie de superbes roses rouges, et d'aspect dillV'reiil des autres me frappa. Elle portait une croix ansée, sculptée dans le granit, et chargée de l'inscription suivante:

MiHiAME Hélène 23 novembre ... — 3 février Irhauiat haec anim.^ meam

Celle dont la dépouille reposait là n'avait donc pas vécu deux mois ! Quel inconnaissable destinjetleces êtres dans un monde qu'ils déser-

lent aussittM? Quelque chose m'attirait vers ce sépulcre de petitcnfant. Pourquoi, dans ce cimetière de marins, Tétrange mysticité de cette inscription latine? Puis était-ce, ou non, par hasard que cette croix ansée érigeait là sa forme, inusitée en pays chrétiens et dont les théologiens, sauf peut-être TertuUien, n'ont pas entrevu le très antique symholisme ?

Rentré àl'auberge, mon premier soin fut de questionner l'hôtesse sur ce tombeau. Précisément se trouvait là une bonne femme du village, la vieille Katell, renommée dans les environs pour ce qu'elle parlait admirablenient le français. Katell, heureuse de montrer son talent de conteuse à un « monsieur delà ville » me fît, de sa voix chantante et mélopéenne un prolixe récit d'oii je parvins à démêler les faits principaux.

Le petit être endormi dans la tombe depuis près de cinquante ans était la fille d'un vieil original qui habitait à un kilomètre du village, sur la côte, une maison isolée. Autrefois, — c'était alors, audiredeKatell, un jeune « monsieur » — il avait fait bâtir cette demeure pour y venir, avec sa jeune femme et une hllette qui venait de naître.

— Ah! monsieur, affirmait Katell, le bel enfant! Mais tous le.* '%'ns disaient qu'elle ne vi-

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