‹ Contes surhumainsChapitre 17 sur 30 · I.K MYSIÈUK DLNK INCAILN/.ÏION 1 I ."i · texte numérisé non relu

I.K MYSIÈUK DLNK INCAILN/.ÏION 1 I ."i

\ icoiiile. je répomlrai pciit-èti'c quand vous aurez fait l'eu. » Le inonsieui" dil à mon lionime qui était plus éloigné de lui (jue le vicomte: a Pierrr, élevez votre chapeau au bout de votre bâton, et ne bougez pas! » Et il il tira dans le chapeau qui fut traversé par la halle. Alors le vicomlf lui lendit la m lin en dis;uit: « Monsieur, je \ ous promets de laisser en paix les oiseaux que nous aimez. ))

Le verbiage de Katell. tous les détails quelle me donna sur 1 » vie extérieure dr ce solitaire piquèrent au vif ma curiosité.

Dans m<'S promenades au long de la côte, je rencontrai souvent ce singulier personnage. C'était un vieillard agile et maigre, dont la tète, encadrée de sa barbe et de ses cheveux blancs, brunie par le hàle comme celh' des marins, était belle encore. Les yeux, très jeunes, brillaient d'un éclat humide assez semblable à celui que j'avais remarqué chez certains végétariens ou chez quelques mondaines habituées aux piqûres d'atropine.

Certes j'avais désiré connaître de près cet homme; mais il semblait peu ili.sposé à laisser attenter à sa farouche solitude; et quelquefois, il n'avait pu refréner un regard quelque peu hostile au passant dont la silhouette impor-

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tunail sa rêverie. Une circonstancié foi'luite l'obligea de sortir Je sa réserve; et bientôt, un courant de sympatbio nous ayant liés, je me trouvai admis à Tintimité intellectuelle du vieillard. Jamais il ne fit allusion à un événement quelconque de sa vie. Ayant scellé son cœur, il n'entrebâillait que sa pensée. Je reconnus vite, à la puissance des idées, un de ces liommes de génie, plus nombreux qu'on ne croit, qui pour une raison ou pour une autre, dédaig'nèrent de faire œuvre, et concentrèrent toutes leurs énergies vers l'épanouissement solitaire de leur personnalité.

Rappelé à Paris, je demeurai environ un an sans nouvelles du vieillard dont la magnifique intelligence avait ébloui ma jeunesse. Puis, un jour, je retins un paquet contenant un manuscrit et une lettre ainsi conçue :

« Quand vous lirez ces lignes, j'aurai (juitté la terre. Je vous lègue le secret de douleur qui étrejg-nit ma vie. Ah ! bien longtemps je me jurai de détruire les pages oùje tentai cette révélation. Elles sont certes indignes de l'être dontellesévo(juent la noble apparittion. Qu'elles aillent en vos mains ! je vous ai élu mon confident pour des raisons que vous ne comprendriez pas peut-être. Pardonnez-moi de vous

LK MVMKIti: It'l.NK INCAMNAIKIN Ilo

parirr ainsi : J ai pris l'Iiahitiule de deviner dans la llcur pn'senle le fruit futur, el je \)v6vois à votre esprit une edlorescence dont vous ne souproiinez pas vous-niènie la possibilité. Vous portez au front le sceau des prédestinés qui perçoivent le rayonnement de la Lumière. L3S dernières lueurs de mon Couchant saluent votre Aurore. »

Je m'informai : On avait trouvé, un soir d'octobre, le vieillard mort sur la tombe de son enfant-

Quant au manuscrit, je crois déférer au désir (le son auteur en le publiant dans son intégrité :

LE MYSTÈRE d'uNE INCARNATION

L'ineffable événement qui déchira ma vie en tii'ux parts, je me suis souvent demandé avec angoisse si je devais le raconter.

Devrais-je pas enfouir en mon cœur, comme <lans un inviolable tabernacle, le souvenir de l'être qui vint à'moi des profoiideui's de l'Absolu. Cette émanation di\ inc dont je pleure à jamais l'évanouissement, vais-je pas, d'une plume sacrilèg-e, en livrer une description au |jrofane troupeau des hommes.

Quant à ce qui est de moi, que m'importe! Pour avoir fait pieusement e.xacl le récit d'une réalité dont laperceplion dépasse leur enlen-

dément, que je sois traité soit d'imposteur, soit de visionnaire ou de fou, je ne saurais m'attarder à en prendre souci. Je n'ai pas coutume d'écouter les bégaiements de l'ignorance humaine. Que d'autres, plus hauts dans la hiérarchie spirituelle, m'attribuent le charme d'une imagination menteuse et le futile souhait d'une gloriole littéraire, leur opinion ne saurait attenter à mon indifférence.

Mais j'hésite à livrer aux commentaires ignares, grossiers ou méchants, la mémoire sacrée d'un être dont la mystérieuse venue ne pourrait être sentie que de quelques âmes rares. Ah I frêle enfant, oisellc qui t'es posée une heure sur l'arbre de la vie, ange dont l'aile de lumière effleura ma sombre jeunesse, conseille-moi ! J'ai cru discerner la réponse :

« Agis toujours pour les nobles âmes. Les autres, n'y songe que pour leur donner ta pitié. N'y eùt-il sur terre qu'un juste ou qu'un génie, pense à celui-là remémore-toi que tu lui dois la révélation de ce que tu connais. Parle: ta voix ira vers les oreilles destinées à t'entendre. Quand à la foule humaine, une âme grande ne peut la tenir en dédain. Toute parole de Vérité ou de Beauté est un soleil dont chacun est bénéficié selon sa puissance: l'aigle seul le con-

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