‹ Contes surhumainsChapitre 22 sur 30 · I.K MYSTKUK I) r.M". INCAHNAllON \'M · texte numérisé non relu

I.K MYSTKUK I) r.M". INCAHNAllON \'M

copur cotte paie lôte (louloureme. ce long ovale éiiiacit' cl les sombres antres des yeux rayonnant, sous le crêpe des cils, de la sourde majesté du martyre. Ali petite àme de mon amour désespéré, pourcjuoi donc as-tu tant soufï'ert"? A quoi bon ma vaine science, qui n'a pas su te garder?

Depuis trois jours, il fallait s'attendre à la lin. Il était septiieuresdu malin, un jeudi de février;

— les moindn'S détails de cette journée vivent à jamais en moi; — 'la lune s'effaçait. Miriame, au dernier degré de la faiblesse, fui toucbée de l'aile de la mort. Ali ! nous sentions que son àme s'échappait de ses lèvres. Vainement j'avais tenté le miracle des théurges. C'était la minute suprême. Alors Hélène, au paroxysme de la douleur humaine, saisissant les mains de sa lille jeta un appel d'une étrange puissance : «Miriame » ! Comme la sonorité de ce cri frémit encore à mon oreille ! — L'enfant mourante,

— ah ! morte dj'jà, — ouvrit les yeux. Une expression inidl'able passa dans ce regard. Et la vie revint en elle comme en la fille de Jaïr à la voix du Maître de Galilée. Les deux petites mains serraient de tout le pouvoir de leur faiblesse, les pouces de la mère, pour y puiser la vitalité. Et si Hélène tentait un "•este, une retraite de

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ses mains, renfant se cramponiiait aux pouces avec une énergie imprévue, en même temps que ses yeux, ah! ces yeux de prière et d'amour... Depuis sept heures du matin j usqu'à trois heures du soir, Hélène resta sans interruption penchée sur le berceau, les pouces dans les mains de sa fille, imposant à ce tendre corps agonisant le magnétisme de la vitalité. Elle était là,, insensible, isolée du monde, toutes les forces de son être tendues vers une invincible volonté: le salut de son enfant. Et près d'elle, mpn vouloir corroborait le sien.

Vers quatre heures, le médecin arriva. Il ne s'était point hâté, certain de trouver la mort dans la maison, 11 inspecta l'enfant avec stupeur.

— Elle est sauvée; s'écria-t-il. La nature fait quelquefois des miracles, mais celui-ci, je ne cherche même pas à y comprendre quelque ciiose.

Aurait-il pu conprendre , pauvre cervelle uniquement emplie d'une maigre science d'école et de quelques observations personnelles, que l'amour est plus fort que la mort, et que celui d'Hélène avait rappelé au corps de la mourante, de la morte, les principes animiques? Thaumaturge d'intuition, la mère désespérée avait

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trioiiiplialciMeiil iiiaiiit'' la \"«'r(ii iiiyslrricus»' de la\oix l't la Iraiisinissioii (le lu force vitale par les Joignis et les yeux.

Miriaino re\enail h la santé. L'espoir chantait en nous, mais les ailes du malheur planent grandes ouvertes. Brusquement, trois jours plus tai'd, — c'était encore exactement àsept heures du matin, un dimanche, quanti la lune s'effaçait , — l'enfant mourut.

Pendant troisjours et trois nuits je n'ai pas (juitté le berceau on le cher petit corps gisait parmi les roses. La sérénité de la mort avait effacé sur le masque pâle le souvenir de l'agonie. Qu'elle était belle ainsi dans l'immobilité inviolable, — ah! si tristement belle! Je la verrai éternellement, cette tète de cire à refletd'or blêmi, et les vastes profondeurs des yeux que je ne voulus pas fermer, et la bouche, l'adorable bouche oii resplendissait toujours cette hère couleur de pourpre sombre. Si tu avais grandi, o surhumaine créature, si la terre t'avait vue femme, que! homme eût été digne de ton amour? Tu devais être la fiancée d'un dieu!

De cet être mystérieux, un détail inexplicable

me trouljla pour jamais. Nous avions voulu que son admirable forme fut entourée de fleurs. Les ileurs, ces existences de beauté, d'innocence et do parfum, c'étaient en ce monde les seuls objets méritant la caresse de ses mains. Pour fortifierde la vertu d'un signe cette àme disparue, Hélène voulut faire elle-même une croix de fleurs. Sur deux croisillons égaux, disposés en forme de croix grecque, ses doigts attachèrent des rose, des jacinthes et des viornes. Au centre, elle mitune énorme rose-thé, pour le symbolisme occulte de la Rose et de la Croix. Quand, par un dur froid de février, la dernière pelletée de terre fut tombée, lugubre sur le petit corps, la €roix fleurie fut couchée, par-dessus des brassées de fleurs, à cette place du cimetière depuis lors si familière à mes genoux. Six semaines plus tard, hors du monceau des fleurs pourries, la rose-thé du centre crucial surgissait encoi'e aussi fraîche que si elle venait de s'épanouir sur l'arbuste. Les gelées, les pluies, les tourmentes avaient passé sur ses pétales sans les faner. Comment? Pourquoi? Cet étrange phénonène se renouvela plusieurs fois. L'hiver suivant, des chrysanthèmes demeuraientsur cette tombe deuxmois sans se flétrir. Il émanait donc de toi douce créature de surhumanité, une sipuissanto

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vorhi, une l)('n('fi('('n('o si profondo, quotaseule proxiiniU'" einljaumaiLduiie rnergic do vivre les clirysanliièmcs et les roses, les fleurs, belles coiuint' loi, comme toi si passagères ! Puisque en Irurfaveur tu charmais l'ange delaniort, ah ! pounjuoi te laissas-tu emporter dans ses bras?

Miriame était née en une année régie par la lune, le (|ualrièine jour de la nouvelle lune,.

Elle mourut, après deux mois synodiques, Je quatrième jour de la nouvelle lune. Plusieurs fois jai constaté sur elle la maligne influence séléni(|ue. Et de longs calculs, plus tard, me donnèrent des révélations...

Que de fois j'ai maudit le destin ! Fille de ma chair et de ma pensée, pour(juoi donc es-tu venue sur terre pour t'envoler si tôt ? Elle, est vraie, la croyance .mystique des anciens Initiés : Ceux qui meurent j(mnes sont aimés des Dieux. Il a raison le solitaire Voyant de Scandinavie : Il est des âmes si pures que pour elles le temps "d'épreuve terrestre est borné à quel- (|ues jours. Celle-là ne font qu'effleurer la terre ; elles ne sauraient s'y enliser. Elles remontent d'un élan immédiat à la spirale involulive qui conduit vers la Lumière incréée, \ers l'entéléchie divine. Dès la Chute, elles s'essorent à la Rédemption.

Pourtant, je me suis révolté. Ma chair a crié vers taprésemce, ô mon enfant. Je n'ai pas joui (le te voir, je ne t'ai pas vue dans le (L'-veloppement liarmoni([ue de tes forces et de tes grâces. Ta mystérieuse puissance que révélait ta forme enfantine, je l'ai pressentie sans jamais la connaître épanouie dans une triomphale jeunesse de femme. J'ai tant pénétré Fàme de ta beauté ! Dis qu'apportais-tu danstes belles mains de prophétesse? Peut-être les bénédictions d'une Rédemptrice telle que l'infini d'âge en âge en délègue à l'humanité. Tu aurais consolé l'exil de nobles âmes. Pauvre humanité, elle ignorera toujours la perte qu'elle fit en toi. D'ailleurs, a-t-elle jamais compris ses pertes? Quand Shakespeare est mort, combien ont pleuré? Au Golgotha, combien étaient-ils à pleurer sur Jésus ? Qui donc, hors moi, pourrait se souvenir de ta grandeur avortée, ta grandeur à moi seul manifestée ?

Un tourment longtemps m'a hanté : Ta mort fut-elle mon châtiment? Ai-je été téméraire en voulant manier les forces redoutables du Verbe, envoûtant, homme, créer comme un Dieu? Quoiqu'il en soit, j'ai subi le supplice de Prométhée. Ma fille, sur ta pierre tombale oii mes flancs sont rivés, le vautour du regret a déchiré mon foie.

L MYSTKHK l/lNE INCAHNATION [i")

Dans la vie. jo sens ton àme éclairer la mienne d'un intérieur rayonnement. Irradiât hœc anima ?neam. Et j'attends l'heure exitiale où tu viendras me cherclier pour le niyslère du Devenir, l'heure où tes mains, tes belles mains de tliéoi>iiaiiie, avec un geste tutrlaire, ouvriront à l'àme de ton père la suprême Porte d'or. »

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