‹ Contes surhumainsChapitre 25 sur 30 · L.V RKDF.MPTniCr · texte numérisé non relu

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leur àme intacte était apte à tout comprendre. Il y avait un tribun, généreux homéliaste de révolte qui, secouant la résignation du pauvre et de l'opprimé» avait clamé vers une vision de justice, avait tendu la colère de ses poings vibrants vers Tignominie du riche et du puissant. Il y avait un très jeune rêveur dont l'admirable beauté solaire rayonnait de génie. D'autres enfin, que la vie avait déçus, troupeau d'âmes saignantes en quête d'un pasteur aux mains salvatrices. Nous étions vingt et un autour d'Isiah, tous jeunes encore.

A!i ! ce soir de ma vie m'embaumait d'éternité; j'avais le sentiment d'être, dans une chair glorieuse, une àme divine. Et comme moi les vingt compagnons de mon extase. Une reviviscence totale avait effacé les angoisses de naguère, comme si la main magnifique d'Isiah eût tendu vers leurs narines ardentes lafteur azuréo du néponthès où l'on aspire l'oubli. Tous aimantés d'une existence illuminative, nous étions affranchis du Temps, du Nombre et de l'Espace, et nous planions dans l'Eternel avec le vertige d'aiglons essayant leurs ailes parmi la liberté des cieux.

Et j'entendis >a voix, son silence dt'-j'i épandait sur moi, avec une force torrentielle, sa

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pensée infinie. Mais la musique de cette pensée, cette parole adorable, éveillait en moi la plénitude d'un monde ensommeillé. Et je voyais SON corps, radieux symbole de son âme. Elle avait donné à nos lèvres sa main sceptrale, une main sculptée pour la puissance et la surhumaine audace. Alors je compris le charme dont elle enveloppait les êtres. En elle rien n'était qui ne fût selon le Rythme parfait, le rythme, expression la plus directe du Verbe. Elle était tout harmonie, et sa grâce réalisait l'immuable logique de ses potentialités.

Il y avait dans le hall un orgue. Isiah s'assit devant le clavier, et j'eus la révélation de la Musique, cet angélique langage capable de concentrer dans une formule définitive les plus mystérieuses vibrations de l'homme et des mondes. Car la musique est à la parole ce que l'Amour est à la Pensée, ce que l'aigle est au grillon. Par-delà la parole, étroite chape taillée pour vêtir une seule idée corsetée de précision, elle est un manteau assez vaste pour abriter l'aspiration illimitée de l'être ; elle est Ja voix monstrueuse qui chante l'exégèse de l'infini.

Mais toutes les musiques que j'avais connues, qu'était-ce? Un bégaiement enfantin I La véhé-

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