LA RÉDEMPTRICE 1H
inenlc ferveur «le Bach, la sombre inquiétude de Beethoven, la passion de Wagner, et tous ces beaux cris du génie en parturilion d'un rêve, comme ils mapparaissent grêles et glacés !
En ce soir ineffable, mon âme, envolée dans l'orbe mystérienx des sonorités, a perçu la Révélation totale. — Oui j'ai vécu l'harmonie. Le rythme m'emporta, Corybante éperdu, dans la sphère des anges, et, les yeux éblouis de lumières farouches, j'ai roulé dans l'œuf d'or où involuent les dieux !
A peine Isiah eut-elle promené ses doigt sur les touches, nous nous sentîmes tous parcourus d'un frisson solennel et vertigineux. Cette musique nouvelle nous baignait, nous lavait du passé, nous enveloppait de renaissance. Pour nous découvrir ^'emblée l'horizon sans borne de son âme, Isiah nous parlait cette langue séraphique où se parabolisait le mystère de son essence. Sur les joues de mes compagnons, pâles d'une pâleur sacrée, coulaient des larmes lentes, rosée d'une aurore spirituelle. Qui donc aurait la dérisoire prétention d'analyser cet hymne ? il chantait dabord, formidablement, ^outes nos souffrances passées, intimement précisées et tout ensemble fondues dans l'immensité de la douleur humaine. Mais, pour nous en
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montrer le marcescenl souvenir, il nous transportait sur une montagne de béatitude, comme des prisonniers contempleraient, du haut d'un sommet ensoleillé de liberté, la sombre ville oii se dresse la prison d'hier. Puis, élancés de ce monde noir pour monter vers un monde de blancheur, nous avions la sensation d'un essor, esprits grands-voiliers, parles cycles de l'éternel bonheur, qu'elle emplissait de sa présence triomphale.
Le (înaie vibrait en nous quand Isiah se leva, Toute émotion d'amour est faite d'un délice et d'une angoisse. Dans nos esprits ravis une angoisse pointait: allait-ELLE nous quitter! Après s'être manifestée, soleil dans les ténèbres, phare dans la tempête, source dans le désert, allaitelle pas s'évanouir, laissant à nos prunelles charmées le regret de la vision adorée ? Car nul de nous ne concevait plus la vie sans elle. or ELLE calma d'un sourire notre crainte et parla :
— Amis, nous irons vivre ensemble, dans un pays solitaire où nul bruit du monde ne troublera notre paix. Vous serez avertis quand les temps seront venus. Que la sérénité soit en vous, et la force, car vous êtes les élus d'un mystérieux destin.
LA RÉDEMPTRICE i^-J
Un geste de ses mains clairos, et je ne la vis plus. Dans le hall, nous demeu?ions muets, mais la bén(*Jiction de cette créatur'> vivait en nous. (It'licieuse.
Un souper nous attendait. Nu n'osait élever la voix.de peur d'effaroucher le Mlence plein du rêve de L'avoir connue. Je v jIus interroger jyjrao X... Elle me regarda de ses yeux consolés :^ans répondre.
Lo chemin de fer nous déposa, par une soirée légère <lc printemps, à Torée d'une haute forêt étalée sur lo flanc d'une colline. Nous nous retrouvions, les vingt et un compagnons du soir mémorable, dans l'allégresse de notre secret commun, et nous échangeâmes le baiser de nos regards. Il fallait, nous le savions, traverser la forêt. Nous marchâmes sur la longueur d'une torlillère, d'un pas allègre, sans prononcer une parole. Vibrant tous du même sentiment, il n'était pas nécessaire d'en éveiller l'écho débile. Et nous avions l'intuition d'être une soûle âme collective vivant là mèmr- pensée, absorbant le même amour.
L'ombre nous enveloppait. Les voi.x némorales dont, au cours de ries juvéniles promenades.
j'avais ouï en frissonnant le bourdonnement sinistre, ces voix intermittentes ou s'(?parpillent le frisselis des feuilles, le craquement des tiges, le bruissement des bestioles nocturnes, accompagnaient le battement de notre cœur. Et nous levions la tète dans l'attente de voir, entre les masses noires des frondai sons, descendre l'étoile flamboyante qui guiderait notre marche vers