‹ Contes surhumainsChapitre 3 sur 30 · LII.K I)K l.A JOIK · texte numérisé non relu

LII.K I)K l.A JOIK

silcMcii'UX cl [larluiii»''. L«'s llcurs s'érigeaient altirantt's comme Jes amanlcs nocturnes. Adgan passa devant la Heur majestueuse, forte d'un enivrant secret, dont l«'s grands pétales nacrt's (laniboyaient sous la lune pâle. 11 la regarda, la lleui" farouche d«' la joie. Vers elle se tendait sa main audacieuse. Un soupir montait de son sein. D'un coup sec, il hrisa la lige, puis s'enfuit dans la nuit furlivc*.

Dans le lointain violet, une voi.K triste et surliumaine clianlail : « Si tu cueilles pour la terre la Heur de ton espoir, elle te sera vénéneuse et mortelle. »

Un jour, sur le sol des hommes, des passants trouvèrent gisant un blême jeune homme hlond serrant une lige pourrie dans ses doigts crispés. 11 s'éveilla, regarda vaguement sa main droite et la Heur décomposée. 11 ne sut plus parler ; il lU' sut |)lus sourire. Une année durant, on laperyut, taciturne insensé dont le geste trébuchait. Puis un soir, des enfants de la contrée s'efl'rayèrenl de heurter le cadavre du fou familier. On conte (jualors une étf'ange lueur auréolait son beau visage calmé. La mort aussi peut conduire à 1 ile de la joie, comme à locéan du désespoir et de l'angoisse.

LA DKTRKSSE D UKRCrLE

LA DKTIîKSSl-: I) IIKKCl LK

.1 Lf'Oti Dier.r

Le horos juvt!'nile avait caché son front Dans le sein flonri de l'amante.

Et celle-ci disait : « Quelle tourmente A chassé de nos cci'urs le bonheur vagabond ? Vuici qu'un lourd fardeau dangoisses imprévues Tombe surnotre pauvre amour et le corrompt. Les ailes des baisers ne montent plus aux. nues, Kt latleur de la joie est morte entre nos seins. Chère àme, l'éternel ennemi, le Destin, A mystérieusement dévasté nos Ames.

Kn la mienne la cendre a recouvert les flammes; Et désespérément, parfois encor, j'étrcins, .Morte que mes baisers n'auront pas ravivée, La chimère d'amour en mes bras étouffée. Il ne nous a laissé que d'immortels chagrins, Notre intime passé, prometteur de beaux songes... J'ai tant aimé tes yeux, plus doux que mes mensonges ! »

Et le Héros, dont les pensers suivaient leur voie, Une voie npre et désolante, répondait:

(i A toi qui fus l'Amour, h toi qui fus la joie. Je n'aurai pas une parole qui rudoie.

44 CONÏKS SURHUMAINS

l'ourtant j'ai perdu l'étoile'qui me guidait.

La voix qui m'appelait vers l'avenir se tait ;

Ce qui chantait en moi de divine espérance

Se tait, et m'abandonne seul cl sans défense

Dans l'ile du Désir où je languis, perdu.

Je suis le survivant du Héros que je fus.

Car j'étais né superbe et fier. Je ne suis plus

Qu'une âme autrefois grande, et tant diminuée

Pour avoir trop souffert auprès de tes beaux seins.

Dans mes yeux, des regards étoiles sont éteints;

Et ma force terrible est lasse, exténuée

D'avoir combattu la renaissante ruée

Des vautours du Destin, acharnés sur nos rêves !

Omphale

Sur les heures de joie, hélas! toujours si brèves, Les ailes du malheur planent grandes ouvertes. Les tortures que tu auras par moi souffertes Sont un principe essentiel de ta beauté. Plus haut surgit ton front d'avoir été dompté Parle baiser de la détresse et de la femme. Et je te vois ainsi d'un cœur épouvanté. Car j'ai senti, confusément, vivre en ton âme, Une force effrayant ma faiblesse de femme. J'ai peur de ta parole comme de la mer. J'ai peur d'entrer dans ta pensée intérieure, Abîme inconnaissable où mon être se perd, Monde mystérieux au fond duquel demeure Une vie abondante et bouillonnant si fort Qu'elle est aussi vertigineuse que la mort. Ton intime idéal, que je ne puis comprendre. Troubla mon frêle amour de toute sa hauteur.

LA DKTKliSSK ll'lIKHCLI.E 45

El je crois sentir, quand ta belle tOte tendre

Sur mon sein, qu'elle sut charmer, revient s'étendre.

Le fardeau d'un soleil iiio tomber sur le cœur.

Hercule

0 fleur de mon désir épanouie en femme, Ton corps fut pour mes yeux la forme de l'espoir. L'espoir est mort. La force est morte. Mon vouloir. Puissant jadis, est mort. Kt la détresse entame Mun triste amour (jui fut ma dernière beauté. Au verliye de ton respir. j'avais sculpté Dans le rêve de l'aimer la cariatide Qui supporte sur la façade du destin Le poids de ma vie. Kt tout a coule soudain. Sur mon cœur aveuglé planait l'esprit lucide : Et je me sais mourir, cadavre partiel, D'avoir modelé sur un idéal mortel Le désir immortel qui me brûla le flanc.

Omphale

Je vivais de ton souffle, et je suis une morte. Et ton àme elle-même n'est pas assez forte Pour ressusciter <\ l'amour mon âme morte. Cadavre où le regret seul encore est vivant. C'est une chaîne de mort qui lierait nos flancs. Mais le lys de ton rêve est demeuré candide : Ne va pas le flétrir sous mon haleine aride. Va, pars, las de verser l'eau sainte de l'amour Et delà vie au cœur mort-né, trop faible pour Naître à ton baiser. Va ! Vers le soleil persiste L'envol de l'aigle ayant la flèche à l'aileron! Dresse ton sein puissant, asile des fronts tristes,

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OÙ j'aii rai seule en vain cache mon triste front. Dresse sa silhouette à l'horizon du monde, Comme un temple enfermant en sa beauté profonde Ton idéal irradiant aux cœurs l'espoir ! »

Et le Héros dans la solitude du soir Marcha, la main remise à la garde du glaive. 11 disait, lançant au ciel ses regards blessés: « Je sais que viendra l'heure où j'étreindrai mon rêve, Mais avpc des bras morts peut-être, ou si lassés ! »

SAUDAXAIVM.E

SAHDANAPALK

A Josè-Maria de Hérêdia

Pendant un grand nombre d'étés comme ces petits garçons qui nagent avec des vessies, je me suis aventuré sur un océan de gloire, a une distance où j'ai perdu pied.

Shakespeare

(Paroles à la hien-aiméf)

Mo plier aux formes de la vie, peut-iHre y .sui.s-je impuissant!

Pour m'adaptrr à une ambiance, pour me faire une bète d'un troupeau, pour devenir un personnag^e considt'rt' de ses eonlcmporains, je ne saurais renoncer mon idéal. (Juc d'autres paraissent: moi, je suis!

Des passants me fnjlent ; quelques uns me parlent et je leur réponds. Mais je suis loin deux. Je vis hors du temps. Je suis un étranger dans toutes les patries.

J'aurais pu assigner à mon existence un but unique et l'atteindre. Conquérir une partie du monde, comme Alexandre ou Napoléon ; créer

oO CONTES SURHUMAINS

un éternel chef-d'œuvro, coninic Dante; assembler un or talisniani(jue, comiTi(> Flaniel. Certes, Tun de ces efforts, j'aurais pu le fournir. Mais, usant à réalisin- un seulidéal toutes leurs énergies concentrées, Napoléon ou Dante ou Flamel ne perçurent la vie que sous l'une de ses faces. J'ai souhaité davantage.

Quoi encore ? Commander au ca>ur des femmes comme don Juan ? Commander aux forces de la nature, comme Apollonius de Thyane? Je de ne doute point qu'il me soit possible d'accomplir ce que put accomplir un autre homme, mon semblable et mon égal. Car j'étais né pour m'asseoir au conseil des Héros.

Voilà pourquoi je n'aurai pas daigné choisir, parmi mes rêves, celui dont je piédestalerais la statue sur le sol de la terre. Ils sont trop nombreux, et beaux diversement.

Du moins la vie aura-t-elle offert à mon aspir des fleurs multiples et passagères. D'elle j'aurai entrevu des aspects infiniment variés. Je fus le Bohémien nomade qui n'a bâti de toit dans nul paysage.

Parmi les souvenirs dont je suis opulent, il en est un qu<; je te veux conter. Je fus un jour un roi lassé, cruel et triste. Maintenant que je suis entré dans le refuge de tes bras, je ta-

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(•lierai à te jx'iiidrc. à loi la pui'otr rnèiiie, Win de mos ivves mauvais. Ki fcllc liistoiic (jiii rii'advinl, jo Iccris poui" distraii'e, ({uclquc soir de spleen, les yeux de invsière el la chère pens«'e.

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