‹ Contes surhumainsChapitre 4 sur 30 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

SAIlI)A^APAI,K. loNA

A Niniae, au temps de sa gloire. La salle du palais royal est vaste et haute, d' un faste profond et pensif . Les murs pobj chromes représentent des allégories dirines. C'est, dun bleu de mer joyeuse, l'arbre mystirjue aux sept branches dont un héros cuirassé d'or cueille dun bras calme les fruits pineaux: c'est, sur une autre paroi, le génie dont les deux larges ailes, l'une ascendante^ l'autre descendante, symbolisent le double courant de la vie universelle.

Des tapis diaprés jonchent les dalles.

A la tête d'un lit mauve où dort le roi, un Khéroub colossal en sérancolin éploie ses ailes

hiératiques. Le monstre sybillin dont la tète humaine^ les flancs de taureau, les pattes de lion, le pennage d aigle allégorisent le quaternaire de V éternelle connaissance, doit être le tutélaire gardien d'Assur.

Aux lueurs d'un matin qui caresse le clair horizon des bois tachetés de fleurs roses, le roi s'éveille.

Sardanapale est un homme d'une trentaine d'années, d' une puissante beauté. Aucun vêtement n'attente à la noble liberté de son corps. Au premier aspect, il apparaît Véclosion d'une magnifique humanité. Etudiée dans ses détails, sa forme révèle un développement harmonique tel que seuls l atteignirent , parmi les hoînmes, de très rares élus. Type dont l'art métaphysique de l'Orient a transmis la synthèse, inconnu de la statuaire ionique dont le souvenir opprime, chez les Occidentaux, l'idéal de la beauté virile, il diffère encore du modèle septentrional que ne surent immortaliser dans la pierre des races inattentives aux grâces de la plasticité. Moins téréte que la figure grecque, la forme de cet homme ne projette pas les méplats bossues du modèle du nord.

La stature moyenne du juvénile souverain s'élance avec la soxiple élégance des tiges de lo-

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tus sculptées parmi iei< hiéroglyphes immémoriaux. Sur le haasin fui. le torse monte en sélargissant vers la jumelle carrure des pectoraux, où s' insèrent légèrement les attaches des épaules. Cette musculature pj^écise est d'un être parvenu à l'épanouissement somptueux de ses énergies. Ce corps très mâle a le geste féminin., le geste velouté du chat.

Ce cont rasle suggère le sou jiçon d'une imperfection dans Vàme que symbolise cette chair respirant la force hautaine. Les bras, d'un modelé merveilleux, se terminent par des mains élargies à la base du pouce. Mais dans son élancement héroïque, le pouce, ce révélateur de la volonté, s'arrête. La peau du jeune roi est d'un fin tissu blanc sous lequel transparait, aux attaches, un subtil réseau rose.

La tête est pâle, entre les boucles d'un noir léger et la barbe annelée, — beauté d'un ciel nocturne par une clarté d'étoiles. L' impression aquiline émanant d'elle décèle V envergure du désir grand-voilier. Dominant la ligne passionnée du nez, des lacs d'indifférence s'étalent dans les yeux sombres, comme d un aigle aux ailes blessées que la.<i.<ie l'effort de marcher sur la terre. La bouche, grande, d'une volupté grave, est, plus que les autres timits.

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scellée de l'influx planétaire d'Ischtar.

Le roi porte sur la gorge, maintenu par un collier d'or, l'un des sept talismans sur lesquels fuirent appelés^ par la force des incantations, les énergies des sept planètes sacrées.

Sur la couche que vient de quitter Sardaîiapale, repose un juvénile corps de femme ensommeillé. C'est une créature de grâce et de volupt}, une fleur d allégresse dont l haleine semble légère au respir, par quelque soir de vie lourde. Une atmosphère de délices émajie de sa chair dorée, de ses seins joyeux, de son ventre souriant.

Les yeux du jeune homme , attardés sur cette forme charmante, regardent sa?is voir.

SARDANAPALE

Tu es pourtant, ma jolie bestiole endormie, ce qui me réjouit encore peut-être, puisqu'elle n'est pas venue, l'unique femme vers laquelle appela le rêve auguste de mon adolescence. Qu'il est léger, le sommeil qui possède ta poitrine ! Vers quelle proie s'envole-t-il, le colibri de ton désir? Vers quelle fleur rose ou quel ruban volage? Ironie de vivre! toi une enfant, pas beaucoup plus qu'une cbose sans àme, tu peux lier une lieure de mon orgueil de la chaîne de tes

SAUDANAI'AI.K OO ,

bras frt'los, et ma vie siiKjuiote à l'espoir d'an spasme sur ta cliair ! Repose, petit corps, comme un lac don'' pai- la lunr. Tu es le lac où s'attarde le vaisseau de mon nHe, jadis parti pour atteindre les étoiles de l'horizon, et maintenant en panne sur l'étang- où s'épanouit le lotus rose de ton baiser. Repose dans l'auréole de ta victoire. Pourtant, as-tu droit à quelque orgueil? Un être n'a d'autre gloire que celle de l'idée dont il incarne le symbole, — mais en son vol fugace, l'aigle montre la fierté d'être empourpré par le soleil coucliant. Toi, tu es l'autre pôle de tout ce que j'ai renoncé. Tu es un peu de mon désastre !

('Au fort âpre de ces dernières paroles, lofia, la jeune femme, séceille. D'un joli geste fjui semble poursuivre Venvolement du songe, elle enlace le roi.)

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