‹ Contes surhumainsChapitre 7 sur 30 · A1«AI»-AIN0U · texte numérisé non relu

A1«AI»-AIN0U

Si tu te connaissais loi-inènie, tu connaîtrais également l'univers et les dieux jusqu'à leur source elle-même.

SARDANAPALE

Souvent, je me vois magnifique et surhumain, ivre d'avoir conquis sur la double hostilité de la vie et de la mort un idéal fland)oyant d'éternité. Puis, par instants, je me sens un enfant débile qu'anéantirait le souffle d'un pâle soir. A cette heure où m'afflue au front l'ivresse d'être, écoute: Je suis la fleur d'une race. Dans les ténèbres des siècles, des générations lentes ont nourri de leurs larmes la sève dont jaillirait ma présence. Ah ! comme ils peinèrent, ces tristes aïeux devenus poussière^ afin (jue leur effort projette sur la terre leur obscur idéal révélé dans ma beauté ! Et me voici surgissant sur h'ur passé d'angoisses comme un conquérant armure d'or sur la chair sanglante des batailles.

ARAD-ANOU

Si des volontés mvstérieuses, humaines et

SAIIDANAPALE 0")

surliuiiiaiiu's, l'urcnl j»ro[)ii'('s à l';i\ èiicmciil (le fa gloire, si elles lii-«Mit de loi, non quehjue l'oi vulgaire d'inie (•onlr(''(' limitée, mais un prince rt''r| parmi les honnnes. crois-ln donc (jn'rdles ne (r demanderont qne d«' le contempler dans Ir nnroir au ilamheau vacillant de ton orgueil?

SARKANAPAI.i:

N'est-ce donc j)as assez que d'apparaître icil»as. nind)é du rellet des forces di\ines. Dans Il balance où 1<'S archanges ptjsent les incidences humaines, l'essentielle fierté de ma jeunesse lemporle sur un amoncellement de laiileurs et d ignominies. ,Ic \ois en ma beauté la réileinption des hideurs (''trangères dont je soufiVc. Regarde-moi. loi <jui pénètres le langage des l'ormrs. Sur mon corps juvénile et fort tu \ erras. — \ cstiges d'elfrayants baisers. — le souvenir des splendides idées (ju'appela mon incantation, .lai fait de mon sein l'arche d'un magnifique rè\ e. etj'ai lancé l'armée tunmltueuse de mes désirs à la conquête d un absolu. Le Kh('M"0ub enchaîné suit mes pas dans le désert du monde ; car. de par une prédestination lointaine. [(^ ne connnande pas seulement à des peuples d'hounnt'S. J'ordoime au (juaternaire di'S forces, et j'entends la voi\ du silence. Dans

r(''t(M'iU'I miroir ofi demeure ù jamais le rellel (les èlres. ai-je pas iiicrusié mon image comiiio d'un type humain rayonnant de gloire ?

ARAD-ANOU

Enfant, continue, je suis indulgent.

SAUUANAPALE

Tu as donc souffert?

ARAD-ANOU

Je ne jn'en souviens plus.

SARDANAPALE

Ail ! Quand les eaux de la mort me laveront le cœur, suffiront-elles à en effacer toutes les morsures des souffrances passées? Ta parole a des pouvoir étranges, maître. Elle m'a foudroyé sur le sommet oii m'emportait mon orgueil. Ah ! misère ! me voici redevenu l'enfant triste, apeuré du destin et méprisé de ton regard. Et si tu ne détournes pas de l'audacieux songeur ton front qui loge la sérénité conquise, que t'importent pourtant nu>s faiblesses !

ARAD-ANOU

A ceux (jui ont franciii les sept cercles de

SAHDA.NAPALK tt7

r;mi:(»iss('. l'iiKjiiit'linl*' il Un Iioimiih' est sucim'c.

SAHDANAl'ALK

Mais toi-mômc, sais-tu touU' lasoullVance qui peut ronger une poitrine autre (jue la tienne? Sais-tu toute l'anf^oisse de mes nuits sans sommeil "? Ce (ju'il y a dans mon âme. le peux-tu mesurer"? Non plus iju'un lionmie n'abordera vivant aux rives blafardes de la lune, non plus il pénétrera dans le mystère d'un autre homme. Sais-tu...

AHAU-ANOU

Je sais tout ce que disent les yeux, tout ce que chantent les formes.

SAUDA.NAPAI.E

Klans brisés ; efforts d'ailes brutalement cassées par le bâton de l'indicible Adversaire; expansions résorbées; puissances trucidées; forces vaines; c'est votre lamentable théorie qui j^uidc ma vie vers son devenir, comme un troupeau de lions mutilés précéderait son pasteur triste. Qu'importe! ceux-là seuls sont foudroyés qui tentèrent les cimes. Mon passé ne compte que des défaites. Mais le destin n"est-il pas un ennemi sous lequel un bomiiie jieut tomber sans honte?

IJ8 C.ONTKS SUUHUMAINS

ARAD-ANOU

Tu n'eus d'autre ennemi que toi-nième. Elle esl douloureuse, la voie (jui mène à la surhumanité, douloureuse et semée de gouffres. Tu as asccndu le versant de la montagne sacrée. Debout sur" le sommet, regarde la pente qui te ramènera, prince du surhumain secret, vers ta place définitive parmi la vie humaine. Tu n'es pas né, enfant, pour la perpétuelle solitude. Tu t'y laisserais envahir de ténèbres, flambeau trop pâle! Les planètes qui sourirent à ta naissance ne t'ont pas voué à la tranquilité du sage, mais à l'assaut des passions; il t'appartient de les conduire, troupeau frémissant de beauté, vers la conquête de ton idéal, dont le rellet pourra charmer les hommes. Ton passé, lils du destin, pèse lourdement à ton épaule. Secoue ce fardeau pour tendre ta main libre à ton avenir, engendré d'un baiser de ton vouloir à la bouche d'une providence. Recrée ton verbe initial et jette le dans la balance du monde! Songe que do ton nom tu peux faire un talisman investissant d'une force la bouche qui le proférera. Songe que tu peux à toutes tes virtuelles fiertés donner des corps somptueux, dont le cortège t'emporterait haut dans les cieuxcertains de l'espoir éternel.

SAltDA.NAl'AI.K ()î)

sAnnANAPAi.r-:

Ta parole veiserait-olle la vie à ma volont(' ag-onisanlo? Hélas! non. Nous sommes tous doux hors la vie. Moi passionné fatal, je vis dans mon (lernierespoireommedans un tombeau. Toi, nuig^»', tu vis hors nature, par dcdà le tourbillon des apparences, par delà l'efilorescence des formes adorables, immanente statue nichée dans un orbe d'éternité. Est- il encore un cœur en ton sein, un cœur dont le verbe me sauverait peut-être /

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