PHILOSOPHES SES COMPAGNONS
Il y avait un roi dont le nom était Korech ' et qui, bien qu'ayant sept femmes, était arrivé à un
I. Id lOTnmeacc la tiidnctioa du tEite syriaque édité p>r M. Fr. B»etbgen, Le sivint professeur de l'Université de Berlin voudr» bien agréer am remerdments pour l'aulotlsation accordée. Pour tout renseignement bibliographique et sdcDtifique, le lecteur se repoiteia i la savante introduction de M. Baelhgen. — Les passages cotre crochets [ ] ne font pas partie da texte syriaque, qui offre quelques lacunes ; les unes ont été comblées à l'aide du texte grec édité par Boisdonnée par Cannoly ; voir i la En de l'ouvrage l'Index bi' bliograpbique.
CBiii5dJ.Googlc
âge avancé sans avoir de fils. Un jour, il se mit â prier, fit un vœu, puis se parfuma et Dieu voulut bien lui accorder un fils, qui grandît et poussa comme un cèdre. Le roi lui donna, pour lui enseigner la sagesse, un maître auprès duquel il demeura trois ans sans rien apprendre.
Le roi dit alors : « Quand même l'enfant resterait dix mille ans près de son maître, il n'apprendrait rien. Je vais le confier au sage Sindbân c'est un homme d'une grande sagesse et bien supérieur à tous les autres philosophes, a
Le roi fit donc appeler Sindbân et lui parla ainsi : a Dis-moi comment tu voudrais instruire cet enfant, »
Sindbân répondit au roi : « J'instruirai cet en&nt en six mois, et au bout de ce temps il sera en état de discuter avec tous les philosophes de ton royaume. Si je ne tiens point ma promesse, qu'il m'en coûte la vie et que tout ce qui m'appartient soit à toi. Je sais en effet que lorsqu'un pays a un roi juste...
— [et lorsque ce roi et son ministre sont habiles, ajoutale sage Andreopoulos Boissonadès, l'eau y coule pour les riches et pour les pauvres.]
— Car je sais, [reprit Sindbân] que les rois
CBiii5dJ.Googlc
- iS —
sont comme le feu, qui brùJe celui qui en est trop près. Je consens donc à instruire ton fils. Seigneur Roi ; maïs, lorsqu'il aura achevé son instruction, tu me donneras ce que je te demanderai. »
Le roi répondit : u Ce que tu demanderas, je te le donnerai. »
Sindbàn ajouta : « Ce que tu ne veux pas que l'on te fasse, ne le fais pas à autrui. »
Ils rédigèrent donc un contrat. SindMn donna la main droite au roi, et le roi remit l'enfant à Sindbân, en ordonnant ce qui suit : au bout de six mois et deux heures, l'enfant devait venir retrouver son père ; s'il tardait une heure de plus, il en coùterdt la tête à Sindbân. Celui-ci prit alors son élève par la main et le conduisit chez lui. II lui fit construire un appartement spacieux, le blanchit à la chaux et couvrit les murailles d'écritures, .
Sindbân s'installa auprès de l'enfant et se mit à l'instruire. On leur apportait dans la maison même nourriture et boisson, et ils ne perdaient point une heure du temps fixé pour l'étude. Au bout de six mois, l'enfant en savait plus que n'importe lequel d'entre les hommes.
CBiii5dJ.Googlc
— lé —
La veille du jour [où SJndbân devait avoir achevé l'instruction du jeune prince], le roi l'envoya chercher et lui demanda : a Comment vas-m? »
Sindbân répondit : « Aussi bien que tu peux le souhaiter; demain à la deuxième heure, si Monseigneur le trouve bon, je t'amènerai l'en&nt. »
Le roi fut au comble de la joie. Quant à Sindbân, il retourna auprès de l'enfant et lui dit : a Je veux cette nuit tirer ton horoscope, parce que je désire te ramener à ton père. »
Après qu'il eut considéré l'astre de l'enfant, il vit qu'il ne devait pas parler avant sept jours ; autrement il y aurait pour le fils du roi danger de mort. Il se mit alors à trembler de tous ses membres et à se tourmenter au sujet du jeune prince i^ui, voyant son maitre dans une telle angoisse, lui dit : « Pourquoi cela t'agite-t-il à ce point ? car si tu me dis de ne pas parler pendant un mois, je le ferai; ordonne-moi ce que tu voudras. »
Sindbân répondit : « J'ai pris avec ton père cet engagement : demain, ton fils rentrera chez toi ; je ne peux pas revenir sur ma promesse, et
CBiii5dJ.Googlc
je ne veux point passer aux yeux de ton père pour un menteur. Pour moi donc, je vais me cacher; toi, prends garde, mon fils, de ne point parler avant que six jours ne se soient écoulés, s
Le lendemain, il ordonna au jeune homme de retourner auprès de son père. Celui-ci, par amour pour son fils, réunit tous ses anciens camarades cl lui fit un festin; puis il l'appela, le fit approcher, l'embrassa et lui parla; mais le jeune homme ne parlait point à son père ; il se mit à l'interroger, mais sans obtenir de réponse. Alors le roi dit i ceux qui l'entouraient :
o: Qu'a donc mon fils ?» et l'un d'eux lui répondit : a Son maître l'a frotté d'une certaine drogue pour mieux faire tenir son enseignement, et sa langue en est restée liée . »
Le roi étant tout consterné de ce qui arrivait à son fils, une de ses femmes s'en aperçut et lui dit : B Laisse-nous seuls, le jeune homme et moi, dans mon appartement; peut-être alors me fera-t-il connaître ce qu'il a, car il avait autrefois une grande confiance en moi, et même ce qu'il cachait à sa mère, il me le disait. « La mère du jeune prince était également fort
CBiii5dJ.Googlc
inquiète de son silence. La femme du roi le prit,le conduisit dans son appartement et commença à lui parler ; mais il ne lui parla point et ne lui répondit rien. Alors elle lui dit : « Je sais que tu n'es pas un sot, et pourtant tu n'es pas encore roi ; et tu n'Échapperas pas à ma conversation. J'ai quelque chose à te dire, et je ne te laisserai point de repos que je n'y sois parvenue. Si vraiment tu es jeune et que cela t'agrée, fcis ce que je vais te dire. Écoute ; ton père se fait vieux, il perd ses forces et tombe dans la décrépitude ; je le tuerai ; tu seras roi à sa place, tu . me prendras dans ton harem et je serai ton épouse favorite. »
Aussitôt qu'elle eut tenu ces propos au jeune prince, celui-ci entra dans une violente colère et lui dit : « Sache que je ne parlerai avec toi ni avec personne avant sept jours d'ici ; mais alors tu auras ma réponse à tes propositions, a
En entendant ces paroles, .elle comprit que c'en était fait de sa grandeur ; elle eut peur et chercha un moyen de se tirer d'embarras.
Commençant donc à pousser de grands cris, elle' se frappa le visage et déchira ses vêtements.
Le roi l'entendit, l'appela et lui demanda ce
CBiii5dJ.Googlc
qu'elle avait. — « Je priais ton fils, répondit-elle, de me parler, lorsqu'il est brusquement tombé, sur moi, a voulu m'outrager et m'a déchiré le visage. Je lui connaissais bien des vices, mais non celui-là. »
Le roi, entendant ces paroles, retira sa £ivear à son lîls, et ordonna de le mettre à mort.
Or, le roi avait pour conseillers des philosophes, et ne faisait rien avec précipitation sans en avoir d'abord délibéré avec eus. Lorsqu'ils apprirent ce qui se passait, et que le roi avait ordonné de mettre son ûls à mort sans les avoir consultés, ils se dirent : « Ce que le roi a ordonné, il l'a fait dans un moment de colère et parce qu'il a cm la femme. »
Et ils ajoutèrent : a II ne faut pas que le jeune prince soit tué ; il ne faut pas que le roi fasse mettre à mort son fils, car il finirait par se le reprocher à lui-même et par nous éloigner de sa personne. Cherchons donc un moyen d'arracher le jeune homme à la mort. »
— u Qjie chacun de nous se mette à l'œuvre, dit l'un d'eux, et sauve le prince pendant un jour. » Là-dessus, il alla trouver le roi, se prosterna devant lui et lui dit : s Les rois ne doivent
CBiii5dJ.Googlc
rien faire, jusqu'à ce qu'ils soient certains de la vérité. »
[La trace du Lion.]
Le premier philosophe parla ainsi : o Seigneur Roi, puisses-tu vivre longtemps ! J'ai entendu dire qu'il y avait dans le temps un roi à qui rien ne plaisait tant que l'amour des femmes. Un jour qu'en regardant, il en aperçut une fort belle, la passion entra dans son cœur et il s'enflamma d'amour pour elle. Ayant mandé près de lui le mari qu'il éloigna en le chargeant d'une affaire, il vint trouver la femme et la pria de céder à ses désirs. Celle-ci, en personne prudente, lui répondit : a Seigneur, je suis ton esclave ; tout ce que tu voudras, ^s-le. »
Or son mari possédait un livre rempli de pressantes exhortations contre l'impureté. Elle dit donc au roi : ■ Seigneur, lis dans ce livre. ■
Le roi le prit, se mit à lire, et voyant quelles pressantes exhortations contre l'impureté il contenait, se leva et s'en alla bien vite.
Or, son anneau était tombé sous le sopha; mais le roi était sorti et la femme délivrée de lui.
CBiii5dJ.Googlc
Le mari revint et, s'isseyant sur le sopha, vit l'anneau et le reconnut. Qjiant à la femme, elle ne l'avait point aperçu. Or, le mari se dit : « Le roi est verni et il a connu ma femme, » et, craignant le roi, il s'abstint pendant longtemps de tout commerce avec elle.
La femme envoya alors chercher son père et lui dit : <t Mon mari s'est éloigné de moi. » Le père alla trouver le roi et lui dit : « J'avais une terre, je l'ai donnée â cet homme pour qu'il la cultivât, et il l'a cultivée pendant un temps; mais maintenant il s'en est éloigné ; il ne la cultive plus et l'abandonne, s
Le roi dit au mari de la dame : > Pour toi, qu'as-tu à dire ? i
— ir Seigneur, répondit celui-ci, il est vrai qu'il m'a donné une terre, et je n'ai pas négligé de la soigner, autant que je l'ai pu. Mats, un jour, entrant dans ma terre, j'y ai trouvé la trace de la griffe d'un lion ; j'ai eu peur du lion, et j'ai cessé d'y retourner. »
Le roi dit alors au mari : « Il est vrai que le lion est entré dans ta terre; mais il n'y a feit aucun dégit. Va donc, rentre dans ta terre, cultive-la bravement et sans crainte, s
CBiii5dJ.Googlc
Quant à moi. Seigneur Roi, [poursuivit le philosophe] je t'ai raconté cette histoire pour te montrer que tout ce qui monte au cœur de l'homme n'est pas vrai.
[L'oiseau menteur.]
« J'en ai une autre au sujet des méchantes femmes, et qui prouve que rien ne peut trioûipher de leur malice.
D y avait une fois un homme qui acheta un oiseau parlant la langue humaine. Il le mit dans une cage qu'il suspendit dans sa maison, en le chargeant de lui raconter tout ce que ferait sa femme. Puis cet homme sortit et s'en alla en voyage.
L'amant de la dame vint et eut commerce avec elle. Or, l'oiseau remarqua tout ce qui s'éfcdt passé, et, au retour du mari, lui raconta ce que sa femme avait fait, sans rien omettre. Le mari ayant alors quitté sa femme, en se demandant comment il allait la traiter, celle-ci se dit : La servante m'aura dénoncée. « Tu as rapporté à mon mari ce que j'ai fait », lui ditelle. L'autre jura qu'elle n'avait rien dénoncé.
' — [« Mais sache, ô maîtresse, ajouta le sage Andréopoulos Boissonadès pour compléter le récit du sage Sindbàn, sache que l'oiseau a raconté au maître toute ta cortduîte ».]
Alors la femme chercha le moyen de faire mentir l'oiseau. Elle prit ddnc la cage, et l'ayant gardée auprès d'elle toute la nuit, fit tourner de temps en temps un moulin à bras, alluma un flambeau qu'elle montrait et cachait tour à tour, tira des éclairs d'un miroir, et jeta de l'eau sur la cage. Elle continua ce manège toute la nuit, tant et si bien que l'oiseau s'imagina que pendant toute la nuit il y avait eu des éclairs, du tonnerre et de la pluie. Et quand le mari vint le matin, se fit apporter l'oiseau et lui demanda : « Qu'as-tu vu cette nuit, perroquet ?» il répondit : a Je n'ai pu rien voir à cause des éclairs, de la pluie et du tonnerre qui n'ont pas cessé un instant. »
En entendant cette réponse de l'oiseau, le mari se dit : « Tout ce que l'oiseau m'a rapporté de nia femme était ûus, car il n'a pas plu de la
Ainsi la femme réussit, par sa ruse et sa malice, à iaire passer l'oiseau pour menteur. Le
CBiii5dJ.Googlc
mari le tira de sa cage, le tua et se réconcilia avec sa femme.
Et maintenant, Seigneur Roi, sois bien persuadé qu'il n'y a pas un homme capatile de triompher de la malice des femmes i.
Le roi ordonna alors que son fils ne fût pas mis à mort.
Le lendem^n la méchante femme répondit, et, fondant en larmes, dit au roi : o Quand un homme a été condamné à mort, fût-ce un fils ou le fils d'un frère, il ne reste plus qu'à exécuter la sentence. Si tu ne fais pas mourir ton fils, personne n'aura plus confiance en ta justice.
[Le foulon.]
Car il y avait une fois un foulon qui lavait ses étoffes dans la rivière, ayant avec lui son fils. L'enfant commença à jouer dans l'eau sans que son père l'en empêchât ; il fut enlevé par l'eau, se noya, et son père [cherchant à le sauver] se noya avec lui. Voilà ce qui t'arrivera si tu ne te
CBiii5dJ.Googlc
hâtes pas de feire mettre à mort ton fils, avant qu'il soit devenu fort et te tue toi-même, n
Alors le roi ordonna de mettre à mort son fils.
Le deuxième philosophe arriva, se prosterna devant le roi et lui dit : « Seigneur Roi, puissestu vivre à jamais ! Sache que quand bien même tu aurais cent fils, il ne conviendrait pas que tu fisses mourir l'un d'entre eux ; à plus forte raison, du moment que tu n'en as qu'un seul ! Et tu ordonnes de le tuer ! Tu dois examiner soigneusement l'afiàire avant de le mettre à mort. Garde-toi bien, 6 Seigneur Roi, de faire mourir ton fils: tu t'en repentirais plus tard, tu te rappellerais que tu as mal agi ; et il farriverait comme à cet homme qui, chaque fois qu'il voyait quelque chose de malpropre, ne pouvait plus manger ni boire.
[Les pains.]
Un jour que cet homme était en voyage pour son commerce, il s'arrêta dans une ville et envoya son domestique au marché acheter du pain pour leur nourriture. Celui-ci s'en alla et
CBiii5dJ.Googlc
rencontra une jeune filLe avec deux c de pain blanc qui lui plurent beaucoup ; il les acheta et les rapporta au marchand qui les trouva d'un goût délicieux et lui dit : « Apportenous chaque jour de ce pain. » Et chaque jour le domestique achetait le même pain de la même servante et le rapportait à son mdue.
Mais une fois, trouvant que la servante n'avait plus rien, il retourna auprès de son maître et lui dit : « La servante qui me fournissait lé pain n'a plus rien à vendre. »
a Fais donc venir cette fille, dit le maitre ; nous apprendrons d'elle comment elle préparait ce pain, et nous en ferons de pareil, sans l'acbeter au marché . »
Et le domestique alla chercher la servante qu'il amena à son maitre.
— a Dis-moi, lui demanda celui-ci, oomment tu faisais le pain que t'achetait le domestique, afin que nous en préparions de pareil, car il me semblait excellent. »
La servante répondit au marchand : « Mon maître avait au dos un abcès d'un caractère malin, et le médecin lui avait prescrit cette ordonnance : « Prends de la pâte de fine farine,
CBiii5dJ.Googlc
pétris la avec du miel et de l'huile, mets-la sur ton abcès, et tu guériras. »
s Ce que nous fîmes ; et lorsque la pâte ét^t enlevée de dessus l'abcés, on la jetait ; moi, je la ramassais, la faisais cuire et allais la vendre ; alors ton domestique venait me l'acheter. Mais mon maître s' étant trouvé guéri de son abcès, nous n'avons pas continué le traitement, a
Après avoir entendu ces révélations, le marchand appela la mort et s'écria : a Je peux bien laver mes mains et ma bouche ; mais comment pourrais-je purifier mes entrailles ? n
Pour moi. Seigneur Roi, [ajouta le philosophe] je crains qu'il ne t'arrive ce qui ar r i va au marchand, que tu ne redemandes ton fils et que tu ne le trouves pas.
Apprends maintenant ce que peut être l'astuce des méchantes femmes :
[L'amant et l'esolave.]
11 y avait une fois une femme qui avait pris un amant dans l'entourage du roi, parmi ceux qui portaient les armes devant lui. Or, un jour, celui-ci envoya son esclave vers la femme, pour
CBiii5dJ.Googlc
voir si son mari était à la maison, oui ou non. Mais, dès que la femme eut vu l'envoyé, elle s'en saisit et le fit coucher avec elle; pendant qu'il était ainsi occupé, son maître, impatienté du retard, arriva derrière lui ; et la femme, voyant venir son amant, comme d'habitude, pour lui faire visite, dit à l'esclave de se réfugier dans l'appartement intérieur. Alors le mdtre de l'esclave entra pour s'approcher de la femme.
Mais, comme i!s étaient tous deux ensemble, survint le mari. La femme craignant que son amant, en se retirant dans l'appartement intérieur, n'y vit son esclave, lui dit : « Tire ton épée, va jusqu'à la porte en m'accablant d'injures, dis sur moi tout le mal que tu pourras, et ne parle pas à mon mari, u
L'amant suivit les instructions qui lui étaient données et, tirant son épée, sortit en proférant contre la femme force injures et outrages. Au même instant entra le mari, en disant ; o Qu'a donc cet homme à tirer ainsi son épée et à te chaîner d'injures? »
— « Un esclave du roi, répondit la femme, est venu, tremblant de crainte devant lui, se réfugier auprès de moi ; alors je me suis dressée
CBiii5dJ.Googlc
— achevant cet homme, je l'ai empêché de pénétrer dans la maison, et il est sorti enm'iojuriant. m
Le mari demanda : « Où est cet esclave ? »
Ht la femme répondit : a dans l'appartement intérieur, B
Le mari sortit pour voir si le maître de l'esclave s'était éloigné, et, ne le voyant pas, revint, appela l'esclave hors de l'appartement intérieur et lui dit : « Va en paix, ton maître est parti. » Puis, s'adressant à sa femme : « Il me semble, dit'il, que tu as fait là une bonne action. >
Et maintenant. Seigneur Roi, sache que je t'ai raconté cette histoire pour que tu n'écoutes point les méchantes femmes, car elles sont bien méchantes. »
Le roi ordonna alors que son âls ne fût pas mis à mort.
Réplique de la femme le troisième jour.
Quand elle eut appris ce qui se passait, elle dit au roi, le troisième jour : n Tes philosophes sont de méchantes gens, qui vont t'amener-des malheurs. »
Bdj,Goog[c
— u Comment cela ? demanda le roi.
La femme répondit :
[Le prince et le précepteur.]
Il y avait une fois un roi ; et ce roi avait un fils qu'il aimait beaucoup. Or, le fils du roi dit un jour au piiilosophe [qui l'instruisait].: « Demande à mon père qu'il me laisse aller à la chasse. » Le philosophe transmit cette demande au roi qui répondit ; « Je permets qu'il y aille, si tu l'accompagnes. » Et le philosophe partit avec le fils du roi .
Or ils rencontrèrent un onagre et le philosophe dit : a Poursuis cet onagre et prends-le tqiméme. » Le jeune prince se mit à la poursuite de l'onagre ; mais après s'être écarté du philosophe, il ne savait plus où il allait. 11 vit un chemin et s'y engagea. En continuant sa route, il rencontra une jeune fille qui pleurait, et lui dit • « Qu'as-tu à pleurer ainsi ? »
Elle lui répondit : t Je suis la fille du roi Un Tel ; j'étais montée sur un éléphant ; je suis tombée et ai perdu connaissance. Je ne sais de quel
CBiii5dj.CoOglc
côté me diriger, et j'ai tellement couru que je suis accablée de fatigue. »
Le jeune prince, voyant sa situation, la prit en croupe ; elle l'amena jusqu'auprès d'une ruine et là, elle lui dit : « j'ai quelque chose à £iire ; je vais descendre et entrer dans cette ruine . »
Il s'aperçut alors que c'était une fille de sorcière, et l'entendit qui disait à deux de ses compagnes : « Je vous amène un beau jeune homme, un beau cavalier n ; celles-ci lui répondirent : t Conduis-le à telle ruine, b
Après avoir entendu ces paroles, le fils du roi retourna à la place où la jeune fille l'avait quitté, et elle vint le rejoindre. Il commença alors à trembler, tant il en avait peur, et elle lui dit : « Qu'as-tu donc à trembler ainsi? »
— « Je songe, répondit-il, à un de mes compagnons dont j'ai grand peur.
— Pourquoi ne te réconcilies-tu pas avec lui pour de l'argent ? Tu prétends bien en avoir suffisamment.
— Il ne veut pas se réconcilier, répliqua le prince.
— Alors invoque Dieu contre lui et il te délivrera de sa main.
CBiii5dJ.Googlc
— Tu as bien parlé, dit le fils du roi. »
Il leva les yeux au ciel et dit : « Seigneur, donne-moi pouvoir sur cette sorcière et délivremoi de sa méchanceté. »
A l'ouïe de ces paroles, elle se précipita à terre et se roula dans la poussière. Elle ne pouvait pas se relever. Alors le jeune homme piqua des deux et fiât délivré de la sorcière.
Quant à toi. Seigneur Roi, ne te confie pas à ces méchants philosophes, car ils veulent ton malheur ; si tu ne me fats pas justice contre ton fils, je me suiciderai. »
Alors le roi ordonna de mettre son 6ts à mort.
Le trmiime philosophe s'avança, s'inclina devant le roi et dit : « Seigneur Roi, puisses-tu vivre longtemps I Les hommes exagèrent souvent d'une façon démesurée un incident sans importance.
[Les deux Tillages.]
Il y avait une fois deux grands villages qui s'anéantirent réciproquement à cause d'une goune de miel.
CBiii5dJ.Googlc
, — Comment cela, demanda le roi ?
Le philosophe fit le récit suivant :
Il y avait une fois un chasseur ; il trouva sur la montagne une ruche remplie de miel ; il la prit pour la vendre. Il se rendit avec son chien auprès du marchand et lui montra le miel. Or le marchand avait une belette qui, voyant une abeille sortir du miel, voulut la prendre. A cette vue, le chien saisit la belette et l'étrangla. Le mercier prit un bâton et tua le chien. Le maître du chien s'avança et frappa le marchand. Une forte rixe s'ensuivit ; les deus villages se rassemblèrent et s'entretuèrent jusqu'à ce qu'il n'y resta plus un être vivant. Pour cette raison, Seigneur Roi, ne mets pas ton fils i mort à cause d'une bagatelle.
Et puis, écoute encore ceci, Seigneur Roi.
[La femme et le mercier.]
II y avait une fois un homme qui envoya sa femme au marché pour acheter un zouza de riz,
La femme se rendit au marché, acheta le riz, donna le zouza au mercier, dont elle reçut le riz.
Le mercier lui dit :
CBiii5dJ.Googlc
— On ne mange pas de riz sans sucre ; as-tu . du sucre ?
— Non, répondit-elle.
— Si tu veux entrer avec moi, continua le mercier, je te donnerai du sucre.
— Donne-le moi d'abord, répliqua-t-elle ; puis je viendrai avec toi, car je connais la méchanceté des hommes. »
Il pesa le sucre et le lui donna. Elle enroula le riz et le sucre dans sa tunique de dessus, qu'elle plaça à côté du garçonnet du mercier et entra avec celui-ci dans sa boutique.
Le garçonnet se hâta d'enlever riz et sucre, qu'il remplaça par de la poussière .
La femme sortit, craintive et tremblante, et ne remarqua pas ce qu'avait fait l'enfont ; elle prit sa tunique de dessus et rentra chez elle. Elle déposa le paquet à côté de son mari et alla chercher un chaudron.
Le mari défit les nœuds et aperçut la poussière.
— o Femme, dit-il, nous as-tu apporté de la poussière ou du riz ? >
La femme, comprenant de suite la situation, laissa le chaudron dehors, apporta un tamis et dit à son mari :
— ÎS —
— Écoute ; comme je circubis au marché, une vache me heurta par derrière et mon argent m'échappa ; je le cherchai,- mais ne réussis pas à le trouver. De là, cette poussière dans laquelle il est tombé ; prends-la, umise-la ; l'argent est peut-être dedans. »
Le mari la crut et commença à tamiser, de sorte que la poussière volait dans sa barbe : silencieuse, la femme riait, se moquant de lui.
Seigneur Roi, reconnais qu'on ne saurait triompher de l'astuce des femmes. »
Alors le roi ordonna de ne pas mettre son fils à mort.
Réplique de la méchante femme :
Le quatrième jour, h méchante femme se rendit auprès du roi et lui dit : « Si tu ne me fais pas justice contre ton fils, je me suiciderai avec un couteau r toutefois, j'ai cet espoir en Dieu qu'il me donnera la victoire sur les philosophes, comme jadis il la donna au fils d'un roi sur un philosophe.
— Comment cela; demanda le roi.
CBiii5dJ.Googlc
Elle répondit :
[Le prince et son précepteur.]
II y avait une fois un roi, qui avait un fils ; il l'avait fiancé à la fille d'un autre roi. Celuici adressa au père du jeune prince ces mots : a Envoie-moi mon gendre ; j'organiserai une solennité ; et s'il y tient, nous lui donnerons sa femme ; puis il rentrera à la maison. »
Le roi ordonna à son fils de partir et à son précepteur de l'accompagner.
Comme ils étaient en route, ils cherchaient de l'eau. Ils ne trouvèrent qu'une source, qui avait la propriété de transformer en femme tout homme qui en buvait. Le précepteur connaissait cette particularité de la source, mais n'en parla pas à son élève ; il lui dit simplement :
— « Attends-moi prés de cette source, jusqu'à ce que j'ai examiné s'il y a un chemin, ou non.
Il laissa le jeune homme à la source, retourna auprès du roi et lui dit : « Un lion a dévoré ton fils. »
Le jeune homme attendait son précepteur ; la
CBiii5dJ.Googlc
soif qu'il éprouvait devint si forte qu'il but à la source et fiit transformé en femme. Comme il était là, ne sachant que faire, un homme vint à passer, qui lui dit :
— « Qui es-tu et qui t'a amené ici ?
— Je suis fils de roi, fut sa réponse, et j'allais chez un roi qui doit donner une fête en mon honneur ; j'ai perdu mes compagnons de route et suis arrivé ici ; ayant bu de cette eau, j'ai été changé en femme, »
L'homme se prit de pitié pour lui et lui dit : a Pendant quatre mois je serai femme à ta place, jusqu'à ce que tu aies célébré la fête ; mais jure par Dieu qu'au bout des quatre mois tu reviendras vers moi. »
Le prince jura de revenir et l'homme se transforma en femme i sa place; puis il lui montra la route : il n'avait qu'à la suivre et à célébrer la fête.
Quatre mois après, le prince se rapppela le serment qu'il avait 6iit à cet homme ; il retourna auprès de lui et le trouva enceinte.
Alors le prince lui dit : « Comment puis-je devenir femme à ta place, puisque tu es enceinte, alors que moi, lorsque j'étais femme,
,l.ieJj,GOOglC
j'étais vierge ? » Ils se mirent à se battre ; et lorsque le prince eut vaincu l'homme, il retourna auprès de son épouse. Puis il revint chez son père et lui raconta ce que son précepteur lui avait fait.
Alors le roi ordonna de mettre à mort le philosophe.
J'ai cet espoir en Dieu qu'il m'accordera la victoire sur tes philosophes. Je me suiciderai plutôt, car, en l'occurrence, tu n'agis pas équitablement entre moi et ton fils qui veut me causer du préjudice. »
Alors le roi donna l'ordre de mettre son fils à mort.
[La chienne.]
Le qualrième philosophe se présenta devant le roi, s'inclina et parla en ces termes...
[Au moment où le sage Sindbân voulait continuer son récit, il eut un défaut de mémoire et ne sut plus que dire. Le sage Sehdabar Carmoly se leva et dit : « S'il peut être agréable à Messeigneurs d'entendre le commencement de l'histoire de la chienne, je vous le dirai; le sage
CBiii5dJ.Googlc
Sindbàn se rappellera alors probablement la suite et nous la contera, a Sur un signe approbatif de l'assistance, le sage Sendabar Carmoly se leva et parla en ces termes : a II y avait un jour un marchand, qui possédait une femme belle et modeste; il l'aimait beaucoup, et lui dit : « Voici que je vais entreprendre un long voyage; jure-moi donc que, dans le cas où je tiendrais à mourir, tu ne te remarierais pas ; et si tu viens à mourir, moi aussi je ne prendrai point d'autre femme. » Le mari et la femme firent donc ce serment. Le mari entreprit son voyage. Quant à la femme, dés ce jour-U elle ne se parfuma plus, n'alla plus au bain, et ne mit pas une seule fois le pied sur le seuil de la maison... '. »
— Je continuerai, interrompit le sage Sindbân ; car je me rappelle la suite de l'histoire.]
Et lorsque le temps que son mari avait fixé fut écoulé, elle sortit pour regarder sur la route . Un homme l'aperçut, en devint amoureux et voulut avoir commerce avec elle. Elle ne voulut pas céder. Alors l'homme se rendit auprès d'une