‹ Contes syriaquesChapitre 5 sur 8 · I. Parabolis dt SfidainT, trid. E. Cumoly, p. Si · texte numérisé non relu

I. Parabolis dt SfidainT, trid. E. Cumoly, p. Si

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vieille femme qui habitait à côté de l'autre et lui raconta toute son histoire.

La vieille dit : « Je t'aiderai dans l'accomplissement de tOQ désir, et je te la procurerai. »

Elle se leva, pétrit de la pâte avec du vin, y mit beaucoup de poivre et la fit cuire. Puis elle prit sa chienne et arriva à la pone de cette femme. Lorsqu'elle eut pénétré dans la maison, elle jetaâ la chienne un morceau de ce pain; après que la chienne l'eut mangé, d'abondantes larmes coulèrent de ses yeux, à cause de la grande quantité de poivre. La vieille s'assit à côté de la femme et se mit à pleurer ; elle lui demanda : « Qu'as-tu donc à pleurer, ainsi que ta chienne ?» La vieille répliqua : « Cette chienne était ma voisine ; elle était très belle et un jeune homme l'aimait ; mais elle ne voulut rien savoir de lui. Comme il brûlait d'amour pour elle, il adjura Dieu contre elle, qui fiit transformée en chienne, comme tu peux le constater ; en voyant que je venais chez toi, elle m'accompagna ; mes chagrins me font pleurer sa destinée. »

Lorsque la jeune femme entendit les paroles de la vieille, elle dit ; « Un jeune homme m'a

aussi poursuivie et m'a très tourmentée ; mais je n'ai rien voulu entendre de lui. Maintenant que je vois ta chienne, j'ai bien peur de ce que tu racontes au sujet de la jeune fîlle changée en chienne. Pourvu qu'il n'invoque pas Dieu contre moi et que je ne devienne pas une chienne 1 Lève-toi, va vers cet homme ; amêne-le moi, et je te donnerai ce que tu désireras . »

La vieille répliqua : « Bon ! pare-toi et sois dans la joie jusqu'à mon retour, »

La jeune femme se mit à s'orner, à dresser les coussins et à préparer un repas, tandis que la vieille était k la recherche de l'homme; mais elle ne le trouva pas. Elle se dit : la jeune femme m"a promis un cadeau ; je chercherai un autre homme et le lui amènerai. Elle se mit en route, â la recherche d'un autre jeune homme. Entre temps, elle trouva le mari de la jeune femme, qui revenait de voyage ; en le voyant, elle lui dit : a Viens, réjouis-toi ; tu descendras dans une maison coquette, renfermant tout ce que tu peux désirer. »

L'homme répondit : u Montre-moi le chemin. » Elle le précéda, jusqu'à ce qu'elle fût arrivée à sa maison. En voyant qu'elle l'avait con-

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duit dans sa propre maison, il fut très troublé et pensa à part lui : « Voilà ce qu'a fait ma femme depuis que je l'ai quittée ; c'est bien là ce qu'elle a ^t. a

La vieille l'introduisit et le pria de s'asseoir sur son coussin .

Lorsque la femme vît que c'était son mari, elle médita une ruse : elle se hâta d'entrer, de le saisir par la barbe, de le frapper au visage ; puis, toute en larmes, elle lui dit. c O infidèle, es-tu un honnête homme ? Sont-ce là les serments et les promesses que tu m'as Ëiits de ne pas nous tromper réciproquement ? Et tu suivais cette vieille femme ? »

— Qu'as-tu donc, répliqua le mari ?

— Aujourd'hui, dit-elle, j'ai appris que tu revenais de voyage ; alors j'ai voulu voir si tu as tenu, ou non, l'engagement que nous avions pris l'un par devers l'autre. J'ai mis tout en ordre et j'ai envoyé cette vieille pour te suivre et épier tes intentions, [pour savoir] si tu es disposé à la séparation ; maintenant, je vois que tu as rompu les serments que tu m'avais faits. Mon amour pour toi est à jamais fini. »

Le mari parla : a Moi aussi je croyais que tu

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avais ainsi agi depuis mon départ, et que tous ces préparatifs étaient pour un autre, »

En entendant son mart parler ainsi, elle l'accusa de mensonge, ne le crut pas ; elle se frappait le visage, déchirant ses vêtements et criant : « O infidèle, qui m'as trompée ! n Longtemps encore, elle s'emporta contre lui et ne voulut pas de réconciliation avant qu'illui eût donné des parures et une quantité de vêtements de tout genre. Alors, seulement, elle voulut bien se réconcilier.

Et maintenant, Seigneur Roi, constate qu'aucun homme ne peut subsister devant la méchancheté des femmes.

A l'ouïe .de ces choses, le roi donna l'ordre de ne pas mettre son fils à mort.

Réplique de la femme.

En apprenant que le roi avait ordonné de ne pas tuer son fils, la femme entra, se présenta devant lui et dit :

a J'ai du poison sur moi et je te jure, par Dieu vivant, que je le boirai et mourrai, si tu

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ne me fais pas droit contre ton (As ; puis on exigera de toi que tu venges ma vie et tes philosophes, qui te donnent de mauvais conseils, ne Vaideront en rien,

[Le porc]

« II adviendra de toi comme d'un porc qui avait coutume d'aller sous un figuier, pour manger les figues tombées. Un jour, conformément i son habitude, il vint i l'arbre et y trouva un singe qui y était monté et mangeait des figues. En voyant le porc, le singe lui jeta une figue; le porc la mangea et la trouva meilleure que celles qui étaient tombées. 11 attendit alors que le singe lui en jetât encore davantage et leva sa tête vers lui, jusqu'à ce que sa veine jugulaire fût desséchée, et il mourut. »

Lorsque le roi entendit cela, il craignît que la femme prit du poison et mourût ; et il donna l'ordre de mettre son fils à mort.

Lorsque le cinquième philosophe apprit que le roi avait ordonné de tuer son fils, il entra, s'inclina devant le roi et dit : « Seigneur Roi, puisses-tu vivre longtemps t On sait que tu es

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sage et sensé; pourquoi te hâtes-tu d'agir, avant d'avoir examiné la vérité ? Écoule plutôt, Seigneur Roi :

[Le ohîen et l'snfant.]

Il y avait une fois un homme, au service du roi ; ii possédait un chien qu'il avait élevé dés sa jeunesse ; tout ce qu'il lui disait, il le comprenait, comme un homme ; et l'homme aimait beaucoup son chien. Un jour la femme de cet homme sortit pour aller faire visite à ses parents; elle laissa son fils auprès de son père, en disant à ce dernier : o Veille sur ton fils jusqu'à mon retour. »

Tandis que l'homme était ainsi assis, un messager vint de la part du roi et frappa à la porte. Cet homme sortit pour voir qui était là ; le messager lui dit : Le roi veut te parler. »

L'homme appela son chien, le fit asseoir à côté de l'eiiÊint et lui donna cet ordre : « Veille sur l'enfant et sur notre' maison, afin que personne n'entre jusqu'à ce que je revienne ; » il revêtit son armure, prit son épée et se rendit auprès du roi.

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Tandis que le chien était à côté du garçoimet qui dormait ferme, il aperçut un gros serpent s'avancer vers l'enfant pour l'avaler ; il sauta, lutta avec le serpent et le tua ; mais sa gueule fut marquée du sang du serpent.

A ce moment, l'ofEcier du roi revenait. Le chien alla à la rencontre de son maître jusqu'à la porte de la maison, tout heureux d'avoir tué le serpent. Lorsque l'officier vit la gueule du chien souillée par du sang, il se dit : « Il a tué mon enfant. » Il s'irrita contre le chien, avant de savoir comment la chose s'était passée, tira son épée, abattit le chien et rentra ensuite chez lui. Il y trouva son fils dormant tranquillement et ne manquant de rien ; le serpent mort gisait à côté de la tête du garçonnet. Alors cet homme reconnut que le chien avait tué le serpent ; et il fut très aflSigé d'avoir abattu son chien.

Et maintenant. Seigneur Roi, ne mets pas ton fils i mort à cause du bavard^e d'une méchante femme, afin que ne t'arrive pas ce qui arriva à l'homme qui tua son chien.

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[Le manteau.]

Mais écoute encore ceci : Il y avait une fois un homme sensuel, qui désirait chaque femme dont il entendait dire qu'elle était belle. Un jour, il vit, dans un certain lieu, une belle femme et lui envoya un messager. Mais elle fit la sourde oreille. Il s'arrangea alors, se rendît à l'endroit où habitait la femme et pénétra auprès d'elle ; mais elle ne voulut rien savoir. Il prend ses dispositions, va chez la voisine de la belle femme et lui fait part de son désir et de sa situation . La vieille dit : « La femme que tu désires est une honnête femme. » — Il répliqua : a Si tu te rends auprès d'elle et si tu lui persuades de se conformer à ma volonté, je te donnerai ce que tu voudras. »

A l'ouïe de ces paroles, la femme répondît à l'homme : « Je ferai selon ton désir ; rends-toi simplement auprès de son mari, au marché, et achéte-lui un vêtement quelconque, a Puis elle lui donna un signe pour le reconnaître.

Aussitôt qu'il fut arrivé au marché, il aperçut l'homme qui avait le signe que lui avait donné la vieille. Sachant que c'étdt le mari de la femme

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en question, il s'en approcha et lui dit : « O homme, vends-moi un manteau ! o 11 le lui vendit; [l'acheteur] le prit et le porU à la vieille. Celle-ci s'en saisit et y brûla trois trous. Puis elle dit à l'homme : « Reste ici chez moi, tranquillement ; et que personne ne te voie. » Puis elle prit le manteau et alla chez cette femme ; elle s'assit à côté d'elle et passa une heure en .conversation oisive sur ceci et cela; entre temps, elle plaça le manteau sous le coussin du mari de cette femme sans que celle-ci le remarquât. Puis elle patienu encore un peu, s'éloigna et rentra chez elle.

Le marchand revint chez lui à l'heure du repas et selon son habitude s'étendit sur le lit ; il s'aperçut que le coussin était plus haut que de coutume ; en voulant l'arranger, il trouva dessous le manteau vendu. 11 ne parla pas de l'histoire du manteau, mais battit sa .femme si fort qu'elle en pensa mourir. La femme se sauva et alla chez ses parents, toute en colère et sans savoir ce que cela signifiait.

Lors donc que la vieille apprit que le mari avait battu sa femme, elle alla chez elle et lui dit : a J'ai entendu dire que ton mari t'a battue ;

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de mauvaises gens t'auront sans doute jeté un sort. Viens, si tu veux, dans ma maison; il y a un médecin qui prendra beaucoup de soin de toi. »

En entendant les paroles de celte vieille, la femme la crut et dit, toute en joie : » J'irai avec toi, et si je suis guérie, je te ferai un cadeau de grand prix. » La vieille l'emmena avec elle dans sa maison et dit à l'homme : « Voilà la femme, a Il s'approcha, la saisit et se souilla avec elle.

Au matin, l'homme dit à la vieille : « Je te suis certainement très obligé, mais cela me fait de la peine et je suis affligé de ce que tu aies semé la discorde entre époux et épouse. » La vieille lui répliqua : o Ne te tourmente pas ; je trouverai bien une ruse pour ramener chez eux la bonne intelligence. Va chez cet homme et assieds-toi à côté de lui ; il t'interrogera au sujet du manteau ; réponds ; je m'en étais couvert auprès du feu, et pendant que j'étais assis là, le feu prit au manteau et y fit trois trous ; ce me fut très désagréable et je le donnai à une vieille pour qu'elle me le fit raccommoder; la vieille l'a pris; je ne l'ai plus revu et ne sais pas ce qu'il est devenu. Alors le mari te dira : Va chercher

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la vieille, à qui tu as donné le manteau. Je me charge de la réponse, »

L'homme s'en alla, fit ce qui lui avait été prescrit et s'assit à côté de la boutique du mari. Puis vint la vieille à qui il avait remis le manteau ; il l'appella et s'informa du manteau. Dans sa ruse, elle dit au marchand : « Pour l'amour de Dieu, je l'en prie, délivre-moi de cet homme ; ■il m'a confié un manteau pour le porter au tailleur, afin de le repriser et de le réparer ; je causai avec ta femme en ayant le manteau et ne sais plus s'il est dans ta maison ou ailleurs, a

En entendant les paroles de la vieille, le marchand dit : « Dieu sait si ma femme et moi, nous nous sommes querellés à cause de ce manteau ; puis il remit le manteau à l'homme et à la vieille, rentra chez lui, se réconcilia avec sa femme et lui fit des cadeaux; mais elle fit beaucoup de difficulté pour se réconcilier.

Et maintenant. Seigneur Roi, reconnais que la ruse des femmes est infinie. »

Lorsque le roi entendit ces choses, il ordonna de ne pas mettre son fils à mort.

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Réplique de la méchante femme.

Lorsque la femme apprit que le roi avait ordonné de ne pas mettre son fils à mort, elle se présenta devant lui et dit : a J'ai cet espoir en Dieu qu'il m'accordera la victoire sur tes philosophes qui te donnent de mauvais conseils, de la même manière qu'il secourut un homme contre un lion et un singe.

— Comment cela, dit le roi ?

Elle commença à parler :

[Le singe et le lion.]

Il y avait une fois, en route, une caravane de marchands, qui avaient beaucoup de bétail avec eux. Le soir venu, ils entrèrent dans un grand caravane- serai et laissèrent la porte ouverte. Un lion entra et se dissimula parmi le bétail, sans que sa présence fiJt remarquée ; un voleur pénétra également, pour voler, La nuit était très sombre ; à cause de l'obscurité, le voleur tâtait les bétes, pour en chobîr une bien grasse. En agissant ainsi, sa main en vint i tâter le lion, et comme il remarquait qu'il était gras, il le saisît, le fit sortir et monta dessus. Le lion tout épou-

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vanté sauta et se précipita, car il se disait : <t Je suis sûrement chevauché par celui que les hommes dénomment : U gardien de la nuit, » Et le lion, dans son angoisse, courut ainsi toute la nuit.

Le matin venu le lion gagna l'ombre épaisse d'un arbre ; et l'homme, remarquant que c'était un lion, étendit, épouvanté, sa main vers la branche de l'arbre et monta dessus. Le lion s'enfiiit de dessous lui et continua à fuir.

Un singe le rencontra et lui demanda : « Pourquoi trembles-tu ainsi? » Le lion répliqua :

Cette nuit, celui que les hommes appellent : le gardien de la nuit m'a saisi et m'a chevauché ; j'ai couru toute la nuit sous lui et maintenant, à grand'peine, j'ai pu lui échapper. »

— Où est- il donc, demanda le singe?

Et il aperçut l'homme. Mais le lion se tint éloigné de l'arbre et regarda ce qu'allait faire le singe. L'homme, qui avait maintenant à aaindre le lion et le singe, guettait un arbre fendu, qui était comme une auge ; il y pénétra. Alors le sin^e monta et s'assit au-dessus de la tête de l'homme ; il fit signe au lion et lui dit : « Viens, nous allons le tuer, s Le lion s'approcha et se

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mit sous l'arbre . Ce sioge avait une queue très longue, qui pendait dans la fente de l'arbre ; le voleur étendit la main, la saisit, la fit tourner violemment et l'arracha, de telle sorte que le singe tomba mort de l'arbre. Le lion, voyant que le singe était mort, s'enfuit plein d'épouvante et disant : a En vérité, celui qui a tué le singe est bien celui qui m'a fait courir toute la nuit. »

Aussi ai-je cet espoir en Dieu, qu'il m'accor- ' dera la victoire sur tes philosophes. »

Alors le roi donna l'ordre de mettre son fils à mort.

Le sixième philosophe se présenta devant le roi et dit : a Seigneur Roi, puisses-tu vivre longtemps ! Sache, à Seigneur Roi, que si tu n'avais pas de fils, tu prierais Dieu de t'en accorder un. Maintenant que tu en as un, tu ordonnes de le mettre à mort, et cela, sur le conseil d'une méchante femme.

[Le pigeon.]

Pourvu seulement qu'il ne t'arrive pas ce qui arriva à un pigeon mâle, qui cherchait des

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grains derrière les moissonneurs. Lorsqu'il fut rassasié, il plaça ce qu'il avait encore récolté dans un trou, jusqu'à ce qu'il l'ait rempli. Puis il dit à sa pigeonne : <i Ne va pas au trou jusqu'à ce que l'hiver soit là. "

— Tu as raison, dit-elle. »

Alors le pigeon et sa femelle sortirent pour . chercher dehors de la nourriture. Le soleil en dardant ses chauds rayons sur les grains, dans le trou, les dessécha car ils étaient encore verts.

Quelque temps après, le pigeon vint voir la provision qu'il avait faite et constata qu'elle avait fort diminué. Il dit alors à sa femelle : « Ne t'ai-je pas sévèrement commandé de ne pas aller à cette provision? » et, en colère, il la fit mourir sous les coups et resta seul. A l'hiver, la pluie ramena l'humidité, les grains se gonflèrent de nouveau et le trou fut complètement rempli. A cette vue, le pigeon fut très aâligé et reconnut qu'il avait commis une grande injustice.

Et maintenant. Seigneur Roi, sache que le sort de ce pigeon t'atteindra, si tu fais périr ton fils sans avoir approfondi très exactement ce mystère.

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[Le paysan.]

Écoute encore ceci, Seigneur Roi. Il y avait une fois un paysan qui sortit au temps de la moisson pour moissonner. A l'heure du repas, sa femme lui apporta au champ, dans une corbeille, un coq rôti et une galette. En route, elle passa devant une ruine d'où sortit subitement un brigand qui la prit et l'enlraina dans la ruine. Il mangea tout ce qu'elle avait ; d'un reste de galette il fit un éléphant, le mit dans la corbeille comme c'était auparavant. Puis, il déshonora la femme.

Ensuite, elle se hâta de prendre la corbeille recouverte, sans savoir que le voleur en avait consommé le contenu : elle l'apporta à son mari et la plaça devant lui. L'homme découvrit la corbeille et constata qu'elle ne contenait qu'un petit gâteau en forme d'éléphant.

— Qu'est-ce donc, dit-Il à sa femme ?

La femme reconnut aussitôt que c'était l'œuvre du voleur : elle inventa une ruse et dit à son mari : a Cette nuit je me voyais en songe chevaucher un éléphant ; je tombai et il me foula au-i pieds. A mon réveil, j'eus très peur; j'allai

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trouver l'interprète des rêves et lui racontai le mien; il m'en donna l'explication et me dit:

Fais un gâteau en forme d'éléphant et porte-le à ton mari; et alors ton rêve sera acompli, » — Mange-le donc afin qu'il ne m'arrive aucun malheur. » Le mari mangea le gâteau, persuadé que sa femme disait la vérité. »

Lorsque le roi entendit ces choses, il ordonna de ne pas mettre son fils à mort.

Réplique de la méchante femme.

Alors la femme entra dans une violente colère, car elle se disait : « Si l'enfant n'est pas mis à mort aujourd'hui, demain 11 parlera ; je serai couverte de honte et livrée à la mort. Si je ne me donne pas moi-même la mort, je n'aurai aucune excuse. » Elle rassembla tout ce qu'elle possédait, le distribua â son entourage et donna l'ordre d'apporter une grande quantité de bois ; elle l'alluma pour se précipiter dans le feu avant que le septième jour fût écoulé. Elle craignait que le garçon ne vînt à parler et à répéter ce qu'elle lui avait dit.

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— S7 — Ces choses arrivèrent aux oreilles du roi qui en fut très ému ; il lui demanda :

— Pourquoi te prÉcipites-tu ainsi dans le feu!

— Parce que tu ne me fais pas justice contre ton iîls, fut sa réponse. »

Alors il lui promit de ne pas laisser vivre l'enfant plus longtemps et elle abandonna son projet. Le roi ordonna de mettre son fils à mort, sans aucun délai.

Lorsque les conseillers apprirent que le roi avait donné l'ordre de faire périr son fils, ils en furent très affligés ; ils se rendirent tous les sept auprès du bourreau et le persuadèrent de temporiser un peu et de ne pas exécuter le jeune garçon. Ils y réussirent par des cadeaux.

Lt septième philosophe se présenta devant le roi. s'inclina devant lui et lui dit r a Seigneur Roi, puisses-tu vivre longtemps ! Mais sache que tu es sur le point d'accomplir une action très mauvaise, en donnant l'ordre de faire mourir ton fils sur le conseil de la méchante femme.

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Ne sais-tu donc pas que Dieu t'a donné cet ehfant sur tes instantes supplications. Mais écoutemoi, Seigneur Roi :

[Les trois souhaits.]

Il y avait une fois un homme ; il possédait un esprit de divination qui lui rapportait beaucoup d'argent, en lui enseignant l'art de la médecine et en lui révélant tout ce que les gens lui demandaient; de cette façon, il gagnait beaucoup d'argent . Un jour, l'esprit dit à cet homme : « Je suis sur le point de te quitter et tu ne me reverras plus jamais. Toutefois, je t'enseignerai trois formules qui s'accompliront. »

L'homme fut navré de se séparer d'avec l'esprit.

En ie voyant, sa femme lui demanda :

e Pourquoi as-tu le regard si sombre et pour quelle raison ta couleur est-elle changée ? »

II répondit : (i Mon esprit, qui m'instruisait de tout et dont je tirais un grand profit, m'a abandonné ; il ne reviendra plus jamais. »

A l'ouïe de ces paroles, la femme fiit également très triste. En la voyant ainsi plongée dans le

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marasme, le mari lui dit : a Mais il m'a appris trois formules ; sers-t'en pour implorer Dieu, qui t'accordera ce que tu voudras.

Elle dit : <• Que cela te suffise et ne sois plus affligé. «

— Que me conseilles-tu donc, interrc^ea le mari ! et que dois-je demander à Dieu ?

La femme, qui était une personne très légère, lui répondit : « Tu sais que les hommes ne préfèrent rien à l'amour; demande donc 4 Dieu de t'accorder une grande force virile.

— Tu as raison, répliqua le mari »; et il pria Dieu de lui accorder un grande force virile. Ce qui fut fait '. En voyant ce qui lui était arrivé, il se fâcha, adressa des reproches à sa femme, la battit et lui dit : « N'as-tu vraiment pas honte de m'avoir donné de tels conseils ? »

Elle répliqua : • Ne t'inquiète pas; tu disposes encore de deux vœux; demande à Dieu qu'il te délivre. » Il pria et toute sa force virile disparut, même celle qu'il avait auparavant,

t. P>r raison de décence, te texte n'est pas tiaduii lictirntement, contiaiiement à notie principe de nous tenir à la littéralité ta matière de traduction.

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Alors le mari s'irrita extrêmement ; il voulait tuer sa femme.

Elle lui dit : « Que t'excites-tu ainsi!" il te reste encore un vœu ; prie Dieu qu'il te rende à ton état premier, n

Et maintenant, Seigneur Roi, ne suis pas le conseil de la méchante femme.

Écoute encore, Seigneur Roi :

Il y avait une fois un homme qui avait juré par tous les saints de ne point prendre femme qu'il ne fut arrivé à connaître toute la malice des méchantes femmes...

[Arrivé à cet endroit de son récit, le sage Sindbân ne put plus continuer ; une grande fatigue était peinte sur son vis^e; toutefois, ceux qui l'écoutaient eussent bien aimé connaître la suite de l'histoire. Le sage Andréopoulos Boissonadés s'offrit alors à combler la lacune du récit de Sindbân ; sa proposition fut adoptée à l'unanimité et il s'exprima en ces termes :

II ' y avait un homme qui s'était juré à luimême de ne se lixer nulle part, de ne flâner en aucune promenade, comme fait tout jeune

c, Suvtim;, id, Boissonadc, p. 88 et

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homme, et de, ne pas prendre femme, avant d'avoir appris à connaître toutes les méchancetés et les ruses des méchantes femmes. Ayant pris cette résolution, il sortit de sa propre patrie et voyagea par les villes et les campagnes, s'efforçant d'apprendre ce qu'il voulait savoir. Or un autre homme l'ayant rencontré dans ses voyages, le questionna et ayant appris de lui que le but de son voyage était d'arriver i connaître la méchanceté et la perversité des femmes, il lui dit ; 8 ô homme, tu te fatigues inutilement. Car tu ne pourras découvrir ni apprendre les pensées secrètes et les méchancetés des femmes. Si tu veux en connaître quelque peu — car elles sont innombrables — cherche un endroit sohtaire, amasses-y beaucoup definepoussiére de la terre, et assieds-toi sur ce monceau quarante jours et autant de nuits, mangeant peu et buvant peu. Alors tu pourras découvrir les ruses des femmes. » Le jeune homme, à l'ouïe de ces paroles, fit comme l'autre lui avait dit ; il s'assît sur un tas de poussière, mangeant peu, occupé pendant quarante jours et quarante nuits à inscrire les ruses des femmes. Lorsque les jours et les nuits furent accomplis, pensant qu'il n'avait

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omis aucune méchanceté des femmes sans en prendre note, il prit le livre où il les avait toutes inscrites et se mit en route pour retourner chez lui. En s'en retournant, il passa par un endroit où il resta pour se reposer un peu. Or dans ce lieu, un homme faisait un grand festin et y invitait beaucoup de monde. Il convia aussi l'étranger avec les autres. Y étant allé, celui-ci prit place, mais sans manger, comme les autres [convives], des mets qui étaient sur la table. Celui qui donnait le festin lui dit : a D'où es-tu ? et qui es-tu, ami? u — Il répondit : « Je suis un éclaireur, comme tu vois, et je suis arrivé ici d'un pays éloigné. Car j'ai quitté ma patrie pour apprendre la prudence et m'instruire sur les méchantes actions des méchantes femmes. » Alors le maître de la maison dit à sa femme : H Cet homme est étranger à notre endroit et n'a pas voulu manger à notre table. Il est sorti de sa patrie et a parcouru tous les pays ; il a appris et consigné par écrit toutes les méchancetés des femmes. Léve-toi, femme, et prépare-lui à manger à part, pour que cet étranger soit bien traité chez nous. » La femme se conforma aux inslruaions de son mari ; elle conduisit l'étran-

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ger dans la chambre intérieure et lui servit une table chargée de mets. Ensuite elle l'interrogea, disant : « Qu'as-tu fait, ô homme ? As-tu écrit toutes les méchancetés des femmes ?» — i< Oui, dit-il, je n'ai omis aucune méchanceté, ni artifice, ni perfidie des femmes. » En entendant cela, la femme comprit qu'il était un ignorant et un sot, et lui dit ironiquement : a Puisque, comme tu le dis, ô étranger, tu as inscrit toutes les méchantes actions, il est impossible qu'une femme — et j'en suis une — puisse tramer contre toi quelque méchanceté, soit en paroles, soit en action. Cependant, que je te dise ce que fit une femme, et vois si tu l'as inscrit. » — Parle ', lui dit-il, » et la femme dit :

Il y avait un homme qui avait une femme honnête et sensée, et lui, il ne faisait que médire de toutes les femmes. Elle dit k son mari : « Ne les dénigre pas toutes, mais seulement celles qui sont mauvaises. » — « Toutes », réponditil. Elle lui dit : « Ne parle pas ainsi, puisqu'il ne t'est pas échu d'en avoir une de ce genre. » — « Si j'en avais une pareille, ajouta-t-il, je lui

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couperais le nez. » Or dans le voisinage de sa maison, il y avait des voisines qui aimaient à se disputer ; et lui les méprisait. La femme dit à son mari : « Que fais-tu aujourd'hui ? » — « Je m'en vais dans ma petite propriété, dit-il, et toi, cuisine quelque chose rapidement et apporte-le moi là-bas, pour que je mange, * Elle sortit et trouva en route des petits poissons et en acheta ; et elle porta ce mets dans un pot. En s'en retournant à la maison, elle }eta contre le soc de la chairue un goujon, et ailleurs deux, jusqu'à ce qu'elle les eut tous jetés. Puis elle passa outre. L'homme venant ensuite pour labourer avec ses bœufs, trouve les petits poissons jetés çà et là, ici deux, là trois, et il les ramasse. Après un court repos, il s'en retourne à la maison et dit à la femme : « Nas-tu pas préparé quelque chose, que nous mangions enfin ? s Elle dit : « N'ayant rien, ni viande, ni petits poissons, ni quoi que ce soit d'autre, je n'ai pas cuisiné. » « Vois ces petits poissons que j'ai trouvés dans la propriété, dit-il ; cuis-les, » L'ayant entendu, elle prit les petits poissons et les cacha, Qjiand elle eut servi la table, l'homme dit : « Où sont les poissons i" » — Quels poissons ? fit-elle.

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— Imbécile, ne t'ai-je pas apporté tout i ' heure des poissons que j'ai trouvés dans la propriété ? »

Alors, s'arrachant les joues avec les ongles, elle cria : « Écoutez, voisins ! b Et les voisins étant accourus, la femme dit : « Écoutez, magistrats. Il me dit de cuire des goujons qu'il a rapportés de notre petit domaine. » Les hommes réunis disent au mari : a Que dis-tu? Trouve-ton des poissons dans les champs? — «. Hommes d'autorité et frères, dit-il, je les ai trouvés là-bas. Comment ils s'y sont trouvés, je n'en sais rien, h Alors la femme ayant crié : a Celui-ci a un démon », les voisins lui attachèrent les pieds et les mains avec des chaînes de fer. Toute la nuit le malheureux disait : a N'aî-je pas trouvé les goujons, et, les ayant apportés, ne les ai-je pas donnés à cette chienne, en lui disant : fais-les cuire ? Pourquoi m'ont-ils mis aux fers ? » Elle cria de nouveau, et à la pointe du jour les voisins étant revenus demandèrent : a Q.u'es-tu devenu ? a Et lui, le malheureux, disait derechef la vérité. Comme la femme criait ; « II a un démon », les homipes la croyaient volontiers et disaient : « \'raiment, cet homme est fou . » Le

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troisième jour, la femme dit à son mari : « As-tu faim, que je te donne quelque chose à manger ? » Il dit : « Oui ; et qu'as-tu à me donner à manger? » — « Des petits poissons à frire », dit-elle; Et lui : a Tu as bien dit, ô femme ; ce sont les poissons que j'ai apportés du champ. » Aussitôt la femme de s'écrier : « Magistrats chrétiens, le démon possède encore cet homme ; il parle de nouveau de fritures. « Le mari ayant dit : e Je ne prononcerai plus ce mot », !a femme lui en donna ; et comme il ne prononçait plus ce mot, il en mangea. Un peu après, il dit à sa femme : « détache-moi ».

— Ne feras-tu plus mention des fritures?

— Je ne sais de quoi tu veux parler.

Alors elle le délia et dit : " O homme, tout ce que tu as dit est bien vrai. Mais parce que tu insultais non seulement les mauvaises femmes, mais aussi les honnêtes, je t'ai dit, moi : « Taistoi » ; tu me répondis : « Si j'avais, moi, une telle mauvaise femme, je la tuerais; voilà pourquoi je t'ai fait ce que tu as vu. Et ne te vante plus de valoir mieux que les femmes. »

Après avoir fait ce rècît à l'étranger, elle ajouta : « Tu vois mon mari, ô étranger ; il est

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vieux et je suis encore jeune et belle. Or j'aime beaucoup la compagnie des hommes et toi surtout qui es jeune et peux satisfaire à ma convoitise. Mon mari est dehors avec ses amis ; toi donc, lève-toi et accomplis mon désir. » Cet étranger, trompé par ces paroles, délia la ceinture de ses braies, pour monter sur le lit. Lorsque donc la femme vit l'empressement de l'hôte à se livrer au commerce charnel, jetant ses mains sur sa tête, elle se mit à crier : « Ahi ! ahi I ah ! ah ! » Alors les habitants de l'endroit accoururent, ainsi que les invités. L'étranger voyant qu'elle criait et que la foule se précipitait vers la maison, s'assit de nouveau devant la table qui avait été servie pour lui, saisi d'une grande frayeur et ne sachant que faire. Les paysans étant entrés dirent à la femme : « Que t'est-il arrivé ? Quelle est la cause de si grands cris? » Elle leur dit : « Cet étranger, qui a été accueilli avec bonté chez nous, mangeait à cette table ; tout à coup, il a été pris au cou par un morceau et peu s'en est Mu qu'il n'étoufflt.

Aussitôt, voyant ce qui était arrivé et craignant que l'étranger ne mourût étranglé, j'ai crié, comme vous m'avez entendue. Maintenant,

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grâce à Dieu, il a échappé au danger d'étouffer et il est sain et sauf. » La femme ayant dit cela, tous s'en allèrent. Cette femme s'approchant de l'hôte lui dit ; « Ainsi, tout ce que je viens de foire, tu l'as inscrit dans ton livre ? » L'étranger répondit : « Point du tout. « Elle lui dit :

a C'est donc en vain, à homme, que m as pris Unt de peine et fait tant de voyages. Tu t'es donné beaucoup de peine pour rien, et tu n'as pas encore observé toutes les ruses des femmes. » Et lui, se levant à cette parole de la femme, et ayant pris toutes les notes qu'il avait écrites sur les ruses des femmes, les jeta au feu, et, rempli d'admiration, dit : « Aucun homme ne peut connaître les ruses des femmes ! » Après cela, ne sachant quel parti prendre, ni que faire, il ne continua pas i chercher davantage les méchancetés des femmes. Il retourna dans sa patrie et se maria tout simplement.

D'après ces explications, ô roi, que ma nullité et mon peu de valeur adressent à Ta Puissance, tu peux voir que la perversité des femmes n'a pas de limites, et ne consens pas si facilement et sans examen à la mort de ton fils, sur la seule accusation fallacieuse et folle d'une femme. Car,

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si tu fais mourir ton fils, qui te succédera dans ton royaume? et qui sera l'héritier de ta race et de ta puissance? Ne sera-ce pas cette méchante femme qui te donne ce conseil, qui héritera le pouvoir et la royauté? Et qui aura encore confiance en ton autorité, pour te servir? Et s'il ne se hâte pas de recevoir récompense de toi pour les choses pour lesquelles il t'a servi, de qui aura-t-il la récompense, une fois que ton fils aura été mis injustement à mort par toi ? Et ce sera pour toi une honte éternelle sur toute la ■ terre. »

[Le sage Andréopoulos Boissonadès arrêta là son récit ; reposé, le sage Sindbân proposa de reprendre lui-même le fil de son histoire. Un mouvement de satisfaction se trahit sur le visage de tous, et il continua de la sorte :]

Le roi convoqua tous ses sages et ses conseillers ; il leur fit cette demande : a Faites-moi savoir qui a tort, moi, l'enfant ou la femme ? »

Le premier commença à parler et dit : « Siodbân a tort; car, puisqu'il savait que pendant ces sept jours, l'enfiint, s'il parlait, mourrait, aurait dû le garder chez lui et ne pas te l'envoyer. »

Le deuxième conseiller parla au roi : « Sind-

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bàn n'a pas tort ; car entre lui et le roi il y avait un temps déterminé, qu'il ne devait ni prolonger ni abréger ; autrement il n'aurait pas tenu la parole donnée au roi. C'est pourquoi il s'est caché. Le coupable est bien plutôt celui qui a ordonné l'exécution du jeune garçon. »

Le troisième conseiller dit : « Il n'en est rien ; le roi n'est pas coupable. Sur la terre, il n'y a rien de plus froid que le camphrier et le bois de santal ; et cependant, si quelqu'un les frotte l'un contre l'autre, il en fait jaillir du feu ; il en est de même de l'homme qui est parfait et accompli en intelligence et en entendement, s'il discute avec une femme, surtout avec quelqu'un qui lui est cher. La femme est bien plutôt coupable, elle qui n'a pas dit la vérité au sujet du prince, et qui a essayé de le foire mourir. »

Lt; quatrième philosophe commença en ces termes : a La femme n'est nullement coupable, comme vous croyez. Car, comme elle regardait le beau jeune homme, alors qu'ils étaient seuls dans la maison, elle le somma de se conformer à son désir. Le jeune homme est bien plutôt luimême le coupable, parce qu'il n'a pas suivi l'ordre de son maître et qu'il tint avec la femme

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des discours qui devaient la faire avoir peur, » Sindbân à son tour parla : « Ce n'est pas comme vous dîtes ; l'enfant n'est pas coupable. Il n'y a rien de plus beau que la vérité. Celui qui pense à part soi qu'il est sage, alors qu'il ne prononce pas la vérité, celui-là n'est pas compté au nombre des sages, mais parmi les menteurs, »

A ce moment, le roi intima à son fils l'ordre de parler.

Le jeune homme commença à parler et dit aux philosophes : « Ma sagesse est à votre sagesse ce qu'une mouche est à un géant,

[Le serpent et le lait.]

Or, il y avait une fois un homme qui donna un festin, pendant lequel il présenta du lait à ses invités. Lorsqu'il n'y eut plus de lait, il envoya sa servante au bazar, pour en acheter davantage ; elle prit le pot, s'en alla et acheta du lait. Comme la servante revenait, le pot sur la tête, vint à voler un milan, emportant un serpent audessus de sa tète ; un coup de vent fit remuer le serpent qui cracha son venin dans le pot de lait,

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sans que la servante le remarquât ; elle apporta le lait à son maître qui le présenta à ses hôtes, et tous en moururent.

Qjii donc avait tort ? »

Le premier conseiller répondit : a Le maître de la maison a tort ; car avant de présenter le lait à ses hôtes, U aurait dû le faire goûter à la femme. »

Le deuxième conseiller dît : « Certes, le m^tre de la maison n'a pas tort; le serpent est le coupable, }>

Le troisième conseiller commença à parler :

n II n'en est pas ainsi ; le serpent est innocent, car dans son angoisse il lâcha le venin et le cracha. »

Sindbân commença et dit : a Sachez-le ; tout ce que Dieu a créé et ce qui a en soi un souffle de vie mange ce que Dieu a placé dans sanature ; ainsi le milan se nourrit de ce que Dieu lui indique ; aussi n'est-il pas coupable, m

Le roi s'adressa à son fils en ces termes : « Je crois que mes conseillers ne savent pas qui est le coupable ; qu'en penses-tu ? »

Le prince répondit : « En vérité, Seigneur Roi, aucun des conseillers du roi Korech n'a

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manqué de discernement dans l'affaire relative au malheur qui arriva aux hôtes, à propos du lait. Pour moi, la vraie raison est que leur mort était voulue par le destin. »

En entendant cette réponse de son fils, le roi éprouva une fort grande joie et, se tournant vers Sindbân, il lui dit : a Demande-moi une grâce ; je te donnerai ce que tu voudras; si tu disposes d'encore plus de sagesse, enseigne-la à l'enfant. »

Sindbân répondit au roi : « II. est partit et surpasse en sagesse tous les sages de ton empire. «

Alors le roi demanda à ses conseillers : Est' ce vrai, ce qucMit Sindbân ? »

— Oui, répondirent-ils.

Le jeune homme, se tournant vers le roi, lui dit : « Sache, Seigneur Roi ; celui qui n'a pas un entendement parfait ne récompense pas son bienfaiteur. Mon maître Sindbân m'a enseigné toute sagesse, avec un soin jaloux, qu'il a employé pour moi; puisse t-il être récompensé pour ce qu'il a feit pour moî. »

« Puisque donc (continua le prince) tes conseillers prétendent que je les surpasse en sagesse, écoute cette histoire :

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Il y avait une fois deux garçons, dont l'un avait trois ans, et l'autre cinq ; il y avait également un vieillard, aveugle et perdus, qui possédait une profonde sagesse, n

— Qpe leur arriva-t-il, demanda le roi?

[Histoire du garçon de trois ans.]

Le jeune homme raconta : Il y avait une fois un homme qui aimait beaucoup les femmes ; lorsqu'il entendait parler d'une beauté, il se rendait auprès d'elle. Un jour donc, il entendit parler d'une telle femme et se mit à sa recherche. Cette femme avait un garçonnet de trois ans, qui dit à sa mère : « Donne-moi à manger », Lors donc que la femme vit que cet homme avait hâte de forniquer avec elle, elle lui dit : K Assieds-toi un instant, que nous donnions d'abord à manger à mon fils. » Il répliqua : « Laisse ton fils et occupe-toi de moi ; pourquoi me faut-il tant attendre? ». — i- Si tu savais, dit ta femme, quelle intelligence possède l'enfant, [tu ne m'aurais pas dit cela], x Elle se leva, alla chercher du riz et le plaça devant son fils ; il disait à sa mère : n Donne-m'en plus ; je ne suis

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pas encore rassasié. » Elle lui eu donna davantage ; et il ne cessait pas de pleurer. Alors l'homme commença à dire : « Tu es un enfant impudent et absurde. Si ce riz avait été placé devant deux hommes, depuis longtemps ils seraient rassasiés. » Le garçon lui répondit :

« Cest toi qui es absurde, car tu es sorti pour prendre ce qui ne t'appartient pas et as entrepris une action qui ne plaît pas i Dieu. Que pensestu. de ma bêtise et de mes larmes? Mes yeux n'en sont-ils pas éclaircis et mon nez nettoyé, pour que je sois délivré de mon mal de tête ? De plus, les larmes me donnent encore plus d'appétit. »

Lorsque l'homme entendît que cet enfant le surpassait en intelligence, il se leva, joignit les mains, s'inclina devant lui et dit : « Ne me déclare pas coupable ; je ne pensais pas que tu fusses si avisé. »

Puis il se releva et rentra chez lui sans avoir accompli sa mauvaise action.

[Histoire du garçon de cinq ans.]

Voici maintenant l'histoire du garçon de cinq

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ans. Il y avait une fois trois compagnons qui allèrent en pays étranger. Ils vinrent dans une ville et descendirent chez une vieille femme. Comme ils voulaient prendre un bain, ils dirent à la vieille lemme : « Prépare-nous un bain, et ce dont nous avons besoin, » Elle disposa tout ce qu'il allait ; mais elle oublia le peigne.

Ces hommes lui confièrent ensuite leur argent et lui déclarèrent de ne le remettre à aucgn d'eux séparément, mais seulement lorsqu'ils seraient tous trois réunis. La vieille promit de se conformer à leurs instructions et ils se rendirent au bain. Lorsqu'ils remarquèrent qu'il n'y avait pas de peigne parmi les objets de toilette, ils envoyèrent l'un d'entre eux auprès de la vieille, pour en chercher un. Il se rendit vers elle et lui dit : « Mes compagnons te font dire de me remettre l'argent. » Mais la vieille répliqua : « Je ne le rendrai que si vous vous présentez tous trois ensemble, ni! dit : « Mes camarades t'ordonnent de me le donner, » Elle se mit alors devant la porte de la salle de bain et lui rentra prés de ses compagnons et leur dit : « La vieille se tient dehors, là, i la porte

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de la salle de bain. j> Ils lui crièrent : u Vieille, donne-le lui. » Là-dessus elle chercha l'argent, le lui donna; il le prit et s'enfiiit. Ses compagnons attendaient qu'il revînt ; mais il ne reve- .tiait pas.

La vieille vint i eux et leur dit : « Votre ami est venu, et je lui ai remis l'argent, car vous m'avez dit ; donne-le lui. m Ils répondirent : a Nous avons dit qu'il devait apporter le peigne, n

— Mais il a exigé l'argent de moi, répliqua la vieille.

Ils se saisirent alors d'elle et la conduisirent devant le juge. Celui-ci la somma de rendre l'argent; mais elle dit : a Je le leur ai donné. »

Tous deux commencèrent à parler : « Seigneur, sache que nous étions trois compagnons ; nous la chargeâmes de ne rendre l'argent que lorsque nous viendrions à elle tous trois ensemble, n

Alors le juge ordonna à la vieille de rendre l'argent; elle sortit, en proie au chagrin et à l'affliction. Comme ses larmes coulaient, elle rencontra un enfant de cinq ans, qui lui dit : « Pourquoi pleures-tu donc, la vieille ? » Elle dit : a Laisse-moi à mon chagrin. »

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Mais le garçon ne lui laissa pas de repos qu'elle ne lui en eût fait connaître la cause. Puis il lui dit : « Me donneras-tu un zouza pour m'acheter des noisettes, si je te viens en aide? »

— Si tu m'aides, répliqua-t-elle, tu l'auras. »

— Alors, retourne chez le juge, dit le jeune garçon, et parle-lui ainsi : Puisse mon Seigneur savoir que tous trois m'ont confié l'argent et recommandé de ne m'en défaire que s'ils venaient tous les trois; ordonne donc qu'ils aillent chercher leur camarade et qu'ils se présentent les trois pour recevoir l'argent. »

La vieille retourna chez le juge, et lui parla conformément aux instructions du garçon.

Le juge s'adressa alors à ces hommes : « Eu est-il comme le prétend la vieille ?

— Oui, dirent-ils.

Il leur dit : « Allez chercher votre ami et vous recevrez votre argent . »

Le juge remarqua que quelqu'un avait donné ce conseil à la vieille ; il lui demanda : « Dis-le moi fi-anchement; qui t'a conseillée? n

La vieille répondit : a Un garçon de cinq ans, » Alors le prince envoya chercher ce jeune

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garçon ; il lui demanda : « Est-ce toi qui as enseigné à cette vieille ce qu'elle devait dire ? ■»

— Oui, Monseigneur, fut sa réponse.

Le prince le promut à la dignité de premier de ses conseillers .

[Histoire de l'aveugle qui est aussi l'Histoire du marchand de bois d'aloès.]

Voici l'histoire de l'aveugle. 11 y avait une fois un marchand, qui acheta du bois odoriférant qu'on nomme aloés. Alors il entendit...

■ [Le sage Siodbàn interrompit subitement son récit; et comme il était déjà tard, le cheikh Omar proposa de se retirer et de remettre au lendemain l'histoire de l'aveugle. Mais les assistants eussent bien désiré entendre la an de cette histoire avant de rentrer chez eux. Hanna, la fille du vénérable cheikh Omar, celle dont le nom est Jeanne dans la langue firendjie, se tournant vers Sindbân, lui dit r « L'épreuve à laquelle te soumit mon père, de nous dire ces

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contes, dut être longue pour toi ; ton récit m'alU au cœur et tes paroles furent à mes oreilles un collier de perles fines, purifiées par les soins de l'amour.

— Douce lumière de mes yeux, interrompit Sindbân, plus que toi, je souffre de ne pouvoir achever; et si ton père s'en tient i la parole donnée, jamais je ne t'appellerai mienne.

— Qu'Allah nous en préserve, dit-elle ; là où est l'amour là est le salut ; tu as trouvé grâce à mes yeux, comme à ceux de mon père, car tu es bon ; ne laisse pas la tristesse envahir ton cœur, ni le silence obscurcir ton âme. L'assistance nous viendra du prophète.

En entendant ces mots, le sage hébreu, Sendabar Carmoly, se prit de pittè pour les deux jeunes gens. Il proposa au cheikh Omar et à l'assistance d'achever l'histoire de l'aveugle, à la condition que son récit compterait comme s'il avait été fait par Sindbân lui-même et que ce dernier obtiendrait la main de Hanna, comme il avait été convenu.

Sa proposition fut agréée de tous, et il s'exprima de la façon suivante :

« Le jeune marchand rassembla ' tout son argent et acheta pour cette somme une grande quantité de bois d'aloès ; il en remplit plusieurs sacs. Plus tard, lorsqu'il parcourait la ville comme un homme ivre, à cause du marché qu'il avait fait, de méchantes gens, des fripons, le frappèrent. Un d'eux se tint tranquille pourtant, l'embrassa, le conduisit i sa maison, et lui dit : Œ Non, tu ne peux faire autrement, tu dois venir dans ma maison et y séjourner 1 »

Après cela, notre homme sortit secrètement, alla trouver d'autres fripons, et leur dit : k Apprenez que j'ai dans ma maison un négociant; venez, faisons-en notre jouet, et voyons ce que nous pouvons tirer de lui, »

Trois d'entre eux s'en allèrent donc dans k maison, donnèrent au jeune homme trois pièces d'or et lui rachetèrent du bois d'aloès pour une pièce d'or chacun ; puis ils enfumèrent avec ce bois l'appartement secret, ii-dessus, ils se mirent à manger, et, après avoir mangé, ils dirent :

« Fi ! quelle détestable odeur vient de là. »

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