I. l'iiraholei de Sendabar, ti»d. Camioly, p. 137 «t suiv
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Ils jetèrent encore du bois d'aloès au feu, répétèrent cela plusieurs fois, et dirent au jeune homme :
s Vois ce bois; nous en avons tant, que nous pouvons en &ire de la fumée pendant l'année. »
Le pauvre jeune homme, à ces paroles, commença à devenir triste. Mais le maître de la maison lui adressa la parole et lui dit : a Ne sois pas triste ; je veux te remplir pour ta marchandise un sac de tout ce que tu désireras avoir. »
Les fripons passèrent la nuit à 'manger et à boire, se levèrent de bonne heure le lendemain matin, et s'en allèrent . Le jeune homme sortit aussi ; il alla au marché et rencontra deux fripons qui jouaient aux dès, et qui se mirent à se disputer à propos de ceci et de cela, feignant de ne pas connaître le jeu. Le jeune homme commença alors à leur indiquer la bonne manière de jouer, et il leur dit : « Vous êtes de mauvais joueurs ! »
Les fripons se mirent à se moquer de lui et lui dirent : « Nous comprenons le jeu bien mieux que toi ! «
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Mais il dit à son tour : « Je le comprends mieus que vous. Parions, ajouta-t-il ; si je l'emporte sur vous, vous boirez l'eau de la mer; si c'est vous qui l'emportez sur moi, je la boirai, moi. »
lis firent donc ce pari ; — ils jouèrent, et le fripon gagna. Aussitôt le pauvre jeune homme se leva et alla vers le marché ; et comme il marchait comme un frénétique, il heurta un coquin qui était boi^e. Celui-ci l'arrêta. Son œil ressemblait tout à fait aus yeux du jeune homme, et il se mit à lui dire : « Tu m'as volé mon œil! »
Le jeune homme, pour se débarrasser de lui, donna une caution pour garantir qu'il se présenterait devant le juge avec lui. Puis il courut sur le marché comme un insensé et ne put plus retrouver son auberge. Heureusement il rencontra une vieille femme qui le retint et se mit à lui demander :
« Que t'cst-il arrivé? Pourquoi es-tu si triste? »
Il lui raconta toute son histoire. La vieille lui dit : n Sois sans inquiétude ! je veux te tirer d'aifiiirc de toute manière. «
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Que fit la femme ? Elle appela un de ses fils, et lui dit : « Prends ce jeune homme avec toi, et conduis-le dans la demeure du vieillard chez lequel vont ces fripons pour le consulter; de cette manière, cet infortuné conndtra les réponses qui leur seront faites. Car c'est à propos de tout ce qu'ils ont feiit pendant le jour, qu'ils viennent pendant la nuit auprès de ce vieillard, qui est privé de la lumière du jour. Chacun de ces individus vient ordinairement chez le vieillard, et lui apporte des l^umes et du vin ; alors ils lui racontent ce qu'ils ont fait, et lui, leur donne des instructions. Va donc dans cet endroit, et écoute tout ce qu'ils diront au vieillard et ce que celui-ci leur apprendra. »
Le fils de la vieille fit tout cela. Là, le plus grand d'entre les filous, celui qui était en possession du bois d'aloès, se leva, et dit :
■ a Mon maître, j'ai rencontré un Maure, et à peine l'avais-je vu, que je lui ai enlevé tous ses sacs de bois d'aloès, sous la condition que je lui remplirai un sac de tout ce qu'il désirerait. »
Là-dessus le vieilbrd lui répondit : « Tu as mal fait en faisant cela. Car que diras-tu s'il te dit : Remplis-moi mon sac de puces, de manière
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que la moitié se compose de mâles, l'autre moitié de femelles ? » '
Le filou répliqua : « Cela ne lui viendra pas dans l'idée ! » Le Maure entendit ce discours et se tint bien tranquille. Arriva après cela le joueur aux dés, qui dit au vieillard :
M J'ai joué aux dés avec le même Maure, à condition que le perdant boirait toute l'eau de la mer, et j'ai gagné, »
Le vieillard lui répondit : k Tu as commis une grave faute ; car s'il te disait : — Ferme d'abord tous les fleuves qui vont se jeter à la mer, et après cela je boirai les eaux de la mer, — que ferais-tu alors ? »
« Le Maure ne sera pas si malin a, pensa le filou.
Arriva le troisième, qui dit au vieillard :
« J'ai rencontré ce Maure, dont les yeux ressemblent tout à fait aux miens, et je lui ai dit : « Tu m'as volé mon oeil ! »
a Tu as mal fait en cela, dit le vieillard, car s'il te dit : Arrache ton œil, je m'arracherai aussi un ceil, et nous les échangerons ; il te privera ainsi du seul œil que tu possèdes encore, et tu seras et resteras privé de tes deux yeux, tandis qu'il conservera toujours un œil. »
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Le filou répondit au vieillard : « Le Maure ne
songera pas à cela ! »
Le jeune homme entendit tous ces propos et s'en alla. Le possesseur du bois d'aloès vint le trouver et lui dit :
« Eh bien ! je veux remplir ton sac avec ce que tu voudras ». L'autre répondit : « Je viens du pays des Maures, de la ville de Sedjilnussa, dans laquelle il n'y a pas une seule puce ; c'est pourquoi je voudrais bien que tu remplisses mon sac de mâles et femelles puces. »
L'autre dit : « Je le remplirai plutôt de dattes ! »
— « Non, répliqua le premier, je ne veux que des puces. »
Que firent-ils ? Ils allèrent devant le juge pour se feire rendre justice, et notre filou fiit condamné à donner au Maure ce que celui-ci voulait ; de cette manière, ce dernier .obtint le double de la valeur du bois d'aloés. Il fit de même avec le joueur aux dés et reçut de lui une forte somme ; le boi^ne dut également se racheter.
Vous le voyez donc bien, trois hommes plus sages que moi ne peuvent pas l'emporter sur ■
une femme; à plus forte raison, comment pourrais-je triompher de ce sexe?
Alors le roi se réjouit beaucoup en voyant la sagesse de son fils, et il donna l'ordre de conduire sa femme devant lui. La femme vint donc. Le roi dit alors aux sages :
« Quel parti faut-il prendre à l'égard de cette femme qui a cherché à faire mourir mon fils, en lui dressant des embûches et des pièges et en employant contre lui !e mensonge et la ruse ? »
Les sages répondirent de différentes manières ; quelques-uns dirent :
■I Qu'on lui coupe les mains ! a
D'autres : « il faut l'aveugler ! b
D'autres encore : « Elle doit mourir ! »
Et leur décision fut enfin qu'il fallait la punir par la mort... Le fils du roi se leva à ces mots, et dit : a II n'est pas juste qu'elle meure, car tout homme doit employer tous ses efforts pour sauver sa vie ; elle aussi a fait tout ce qu'elle a pu pour conserver la vie. Je supplie donc maintenant le roi, mon seigneur et mon père, et ses conseillers, de lui pardonner son crime. »
Et ils lui pardonnèrent en effet son crime.]
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