‹ Contes tout simple: Illustrations de G. NeymarkChapitre 11 sur 25 · L HABILLEUSE J · texte numérisé non relu

L HABILLEUSE J

mettre le feu sous le ventre... Et si, pour le moment, a jouta-t-il, les doigts au gousset, je pouvais vous être utile!... »

Mais elle eut un geste de refus, discret et très digne.

« Merci, monsieur... Tout ce que je désire, c'est d'entrer à l'hospice... Là, avec mon petit secours annuel de la Société des Artistes, je serai parfaitement heureuse. »

Par un mouvement cordial, avant de la quitter, il lui tendit la main. Mais, quand elle y mit la sienne, toute sèche et ridée, il ne put réprimer un frisson, en songeant que, vingt ans plus tôt, il aurait pleuré de joie s'il avait pu déposer, sur cette même main, son timide baiser d'adolescent.

Et, en s'en allant à travers les corridors du théâtre, avec un léger battement de cœur, il s'étonnait, malgré son expérience, de cette étrange vie de Paris, où lui, près-

que un jeune homme encore, avait le devoir d'obtenir un lit d'incurable pour la femme qui lui avait donné son premier rêve d'amour.

'BO'&HEU'R. MiAKQUÉ

La cour — comme dans beaucoup de vieilles maisons de Paris — était étroite et sombre ; et les deux fenêtres se faisaient vis-à-vis. Mais, comme c'était tout là-haut, au cinquième, le soleil accordait son sourire, le matin, à celle de droite, et, le soir, à celle de gauche; et, par ce beau mois de juin, elles étaient ouvertes toutes grandes. .

Installés à leur ouvrage, chacun chez soi, Adrien Lefol, le graveur sur bois, et Rose Robin, la fleuriste, passaient donc toutes les journées l'un devant l'autre.

Chaque fois que le voisin regardait la voisine, elle baissait tout de suite sur ses fleurs son joli nez, car elle était honnête fille, toute jeunette et très farouche ; et, lorsqu'elle se risquait pourtant à couler un regard du côté de l'artiste, celui-ci, grand bêta de vingt-trois ans, resté ridiculement timide, s'absorbait bien vite, à son tour, dans son travail.

Ce manège durait ainsi, depuis un mois que le beau temps était revenu ; et, vous ne me croirez peut-être pas, mais le graveur et la fleuriste ne s'étaient pas encore regardés en face. Hein ! Faut-il que les jeunes gens soient godiches !

Par exemple, vous me ririez au nez si je vous disais qu'Adrien ne s'était pas aperçu que Rose était fraîche comme une

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