‹ Contes tout simple: Illustrations de G. NeymarkChapitre 15 sur 25 · BONNE PILLE · texte numérisé non relu

BONNE PILLE

il avait accepté la chaîne du chien captif et où il exerçait l'atroce métier de pion, tomba en déconfiture. Il fut trois jours sur le pavé, coucha dans les démolitions.

Par ce froid et brumeux soir de novembre, où il chancelait dans les rues, il n'avait pas mangé depuis quatorze heures, c'està-dire depuis son premier déjeuner, composé d'un petit pain et de l'inévitable saucisse.

Rien dans la poche. Il avait bien, pour cette nuit-là, un asile. Un camarade, presque aussi pauvre que lui, et, comme lui, parti dès le matin à la recherche de quelque travail, — le camarade qui lui avait prêté les trois sous du déjeuner, — lui ouvrirait encore son galetas. Mais cet ami logeait très loin, tout là-haut, derrière la butte Montmartre, et Léo, qui, pour se réchauffer un peu, avait passé la soirée à la bibliothèque Sainte-Geneviève, venait à peine d'en sortir. Une heure et

demie de marche, pour s'étendre, le ventre creux, sur un canapé d'hôtel garni! Le malheureux enfant, qui sentait ses jambes fléchir sous lui, commençait à se croire incapable d'un tel effort. Son estomac grpndait ; la migraine battait ses tempes.

Il était au désespoir.

Soudain, au coin d'une rue, une voix de femme, un peu rauque, mais sans trop de rudesse, murmura tout près de lui :

« Joli blond, tu ne viens pas me voir? »

Machinalement, il regarda la fille. C'était une grosse brune, pas jeune, bien plus de trente ans, en cheveux, vêtue d'une robe sombre et d'une pèlerine noire. Plutôt l'aspect d'une faubourienne, d'une ouvrière quelconque. Seuls, les yeux « faits », la pointe de rouge sur les joues, révélaient la professionnelle.

Le jeune poète était chaste. Il n'avait encore aimé que les fées et les princesses de se9 rêves. Cette rencontre lui fit hor-

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