‹ Contes tout simple: Illustrations de G. NeymarkChapitre 16 sur 25 · BONNE FILLE · texte numérisé non relu

BONNE FILLE

reur. Il voulut se hâter; mais ses forces l'abandonnaient. Quelques pas plus loin, il dut s'appuyer à la muraille.

« Eh bien! qu'est-ce qu'il a donc, le bébé?... Un petit coup de trop?... »

La femme l'avait suivi, rejoint ; et maintenant, elle le dévisageait, de tout près, en face, avec un sourire effronté.

Il défaillait ; une sueur froide mouillait son front.

« Laissez-moi, » murmura-t-il.

Mais la physionomie de la fille avait changé brusquement. De la bonté passa dans son regard.

« Es-tu malade ? »

Alors la bête, qui souffrait trop dans la personne de ce pauvre enfant, manqua de courage, se plaignit. Et, fermant les yeux, il soupira :

« Je n'ai rien mangé depuis ce matin, huit heures!... J'ai faim!... »

Ah ! ce ne fut pas long ! Elle le prit vio-

lemment par le bras, le poussa dans une allée béante, ouvrit une porte et l'entraîna dans sa chambre, qui était au rez-de-chaussée. Une chambre de pauvresse, à chaises de paille, au lit bombé d'un édredon rouge, et où, sur une table ronde, une bougie brûlait dans un chandelier de cuivre.

Brisé par le besoin et par la honte, Léo tomba sur une chaise, et le visage voilé par les deux mains, il pleurait, secoué de sanglots. Mais la femme, palpitante d'émotion, et deux grosses larmes délayant son fard, avait ouvert le buffet, mis le couvert, et, vite! vite! placé devant son hôte du pain, une bouteille, un gros morceau de veau froid dans sa gelée. Et comme, parmi ses pleurs, il balbutiait : « Merci !... Merci!... » elle lui disait, sans le tutoyer maintenant, prise d'un instinctif respect pour le malheur : « Ne vous fatiguez pas à me parler... Mangez d'abord. » Et, quand il se mit à manger, avidement, les mains

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