‹ Contes tout simple: Illustrations de G. NeymarkChapitre 19 sur 25 · L ODEUR DU BUIS II · texte numérisé non relu

L ODEUR DU BUIS II

Et le maître maçon sortait en faisant claquer la porte.

Alors, restée seule auprès de la lampe, dans ce salon cossu où elle gardait ses anciennes habitudes de femme du peuple et ses bonnets de linge, la vieille maman pleurnichait sur son tricot ; et Bourgeuil, qui s'ennuyait chez lui, à présent, en face de cette triste figure, allait rejoindre, au café voisin, quelques habitués qui l'attendaient pour la partie de manille. La, tout en donnant les cartes, il déblatérait contre les mœurs du temps, où l'autorité paternelle était méprisée par les enfants, où se perdait chaque jour davantage le respect de la famille. Lui, du moins, il donnerait le bon exemple, il serait sévère jusqu'à la fin envers le rebelle. C'était même son unique sujet de conversation, et, malgré le prestige que lui donnait sa fortune, ses compagnons de jeu le traitaient parfois, après son départ, d'ennuyeux personnage

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et de vieux « raseur ». Mais, en sa présence, on plaignait son malheur et on louait sa fermeté. Il y avait surtout l'employé des contributions — celui dont la pipe sentait si mauvais — qui répondait invariablement aux imprécations du bonhomme contre son fils par cette phrase approbative :

« Bravo, père Bourgeuil!... Vous êtes un Romain ! »

En réalité, le père Bourgeuil était de la Haute- Vienne et ne possédait sur l'antiquité que des notions très confuses. Néanmoins, il connaissait vaguement l'histoire du vieux Brutus, et la pensée qu'il était un homme de cette trempe-là flattait agréablement son amour-propre. Cependant, quand il sortait du café et se trouvait tout seul dans la nuit, il se disait — oh ! tout bas — que ce Brutus avait l'âme bien dure et que c'était affreux de condamner son fils à mort.

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Mais voici Pâques-Fleuries, un gai dimanche de vent aigre et de clair soleil.

Tout le monde s'est souvenu du proverbe :

« En avril, n'ôte pas un fil » ; mais Paris a quand même un air de fête. Les femmes, un peu honteuses de leurs toilettes d'hiver, aujourd'hui fanées, reviennent de l'église avec du buis qui sort de leur manchon. Car tout le monde en a, du buis, et les chevaux d'omnibus eux-mêmes portent un petit rameau près de l'oreille.

Le père Bourgeuil, qui s'est attardé la veille au café, et qui a fait sa manille jusqu'à minuit, se réveille tard. Il est d'une humeur massacrante. Hier soir, au dessert, sa femme lui a encore parlé d'Edouard et a tâché de l'apitoyer. Elle avait pris des renseignements. Elle savait que la femme de leur fils — car, après tout, c'est leur bru, on ne peut pas dire le contraire — n'était pas une rien-du-tout,

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comme ils l'avaient cru d'abord. Oh ! une pauvre fille, sans doute, qui avait d'abord été corsetière. Mais, voyons, qu'est-ce qu'ils étaient, eux, les parents? Des ouvriers parvenus, et voilà tout. Ils n'avaient jamais espéré, n'est-ce pas? établir leur garçon au faubourg Saint-Germain . Quand Êlouard avait fait la connaissance de son Angelina, — un vilain nom, si vous voulez, mais ce n'était pas sa faute, — eh bien 1 elle était sage ou à peu près. Et, dans tous les cas, depuis qu'elle vivait avec leur fils, — oui, bien avant qu'ils fussent mariés, — rien à dire sur le compte de la petite, oh !

mais, — tu sais, Bourgeuil ? — pas ça 1 Est-ce que, vraiment, il ne finirait pas par avoir un peu d'indulgence pour ces malheureux enfants?...

« Car, mon vieux, ils sont dans la misère, oui, dans la misère ! A cette compagnie d'assurances où il a trouvé un emploi, devine ce que gagne notre Edouard. . . Deux

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