‹ Contes tout simple: Illustrations de G. NeymarkChapitre 5 sur 25 · I. ADOPTION · texte numérisé non relu

I. ADOPTION

parents, peu d'amis, des habitudes casanières, — il s'ennuyait ferme, dans son haut logis de Belleville.

Il était, à présent, un petit homme de quarante-sept ans, avec un commencement de bedaine, une large barbe noire, un nez socratique, des yeux de bon chien et l'épi de Saint- Pierre sur un crâne beurrefrais. Ayant peu de santé et un estomac de deuxième classe, il avait même dû renoncer aux consolations du tabac. Jamais les personnages ordinaires de ses fictions, — assassins en gants jaunes ; vertueuses ouvrières mises à mal et lâchement abandonnées par un vil aristocrate ; généreux ingénieurs, sortis de l'École Centrale, fils de leurs œuvres, et obtenant, au dénouement, le ruban rouge et la main de la jeune personne dix fois menacée, dans le cours du roman, des pires outrages, — jamais, dis-je, toutes les marionnettes de son guignol mélodramatique ne lui avaient sem-

blé plus fastidieuses. Positivement, le malheureux se dégoûtait de son métier.

« Quelle sciel se disait-il un soir de veille de Noël, en montant avec lenteur ses cinq étages, car il devenait un peu asthmatique. Quelle scie! Voilà qu'ils trouvent encore, au journal, que ma dernière machine, Mayas et Compagnie, manque de coups de couteau. Il va falloir que je ressuscite Bouffe-Toujours, mon forçat, que j'ai fait précipiter, il y a huit jours, du haut de la tour Eiffel, et que je lui fournisse des victimes... Et, après cette complaisance, vous verrez qu'ils refuseront encore de me mettre à vingt centimes la ligne... Ahl la chienne de viel »

Rentré chez lui, il éprouva plusieurs menus désagréments. Après un regard de mélancolie à son râtelier de pipes, pareil au harem d'un sultan qui a renoncé à la bagatelle, Jean Vignol s'aperçut que son feu de coke, qu'il avait pourtant bien cou-

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