‹ Contes tout simple: Illustrations de G. NeymarkChapitre 6 sur 25 · L-ADOPTION · texte numérisé non relu

L-ADOPTION

vert de cendres avant de sortir, était complètement éteint. Il dut, pour le rallumer, se salir les mains au mâchefer. Sa lampe avait été mal préparée, le matin, par la portière ; il fut obligé de changer la mèche ; alors seulement il s'aperçut qu'il n'y avait plus que deux allumettes dans sa boîte de « suédoises ».

« Tonnerre de brindezingue 1 s'écriat— il, en lâchant son juron favori. Me voilà frais, si mon feu ou ma lampe s'éteignent encore... Car il faut que je passe la nuit pour ressusciter ce forçat... Un joli réveillon, entre parenthèses!... Et cinq étages à descendre et à remonter, d'abord, pour ces allumettes... Ah ! mais non 1 je vais en demander quelques-unes à la voisine. »

La voisine, c'était la mère Mathieu, une pauvre vieille, dont la fille, récemment abandonnée par son mari, était morte en couches, au mois de juillet. Le petit avait cinq mois, et l'aïeule, couturière à la mé-

canique, relevait au biberon. Bien de la misère, dans ce taudis-là. Le romancier, qui était un brave homme, y était entré quelquefois et y avait laissé sa pièce de cent sous, bien qu'il n'en eût pas de trop pour lui-même.

« Toc... toc... Bonsoir, mère Mathieu.

Donnez-moi donc quelques allumettes. »

Mais il s'arrêta sur le seuil, tout interdit. A la lueur d'un bout de bougie, la vieille femme, accroupie, roulait et ficelait son unique matelas. Près du méchant lit de bois rouge, où ne restait plus que la paillasse, l'enfant dormait dans un berceau d'osier.

« Eh ! mère Mathieu, qu'est-ce que vous faites donc là ?

— Vous le voyez bien, monsieur Vignol, répondit la vieille toute pleurnichante. Je vas porter ça au Mont-de-Piété, et il faut que je me dépêche ; car le bureau ferme à huit heures... On me donnera toujours

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