L ADOPTION
uns aux autres 1 Un enfant! En voilà un, pour de bon, un orphelin, un fils de la misère I Que deviendra- t-il ? Sa grand' mère est vieille, épuisée de travail et de privations; elle n'ira pas loin. Alors il sera un de ces petits malheureux que l'Assistance publique élève par milliers et qui tournent mal, le plus souvent. C'est parmi eux que se recrute l'armée des malfaiteurs, des futurs forçats, — les vrais, ceux-là. — Ce pauvre mioche ! Qu'est-ce que la vie lui réserve? La viel Un mystérieux roman, qui devient plus incompréhensible à chaque feuilleton et dont le monotone dénouement n'explique rien I
Jean Vignol tombe dans une douloureuse rêverie. Il n'est pas tout à fait mort en lui, le poète qu'il a rêvé d'être, quand il était jeune. Voilà, maintenant, qu'il se souvient que c'est demain Noël, et que, devant ce berceau, il songe à l'Enfant qui dormait sur la paille d'or, dans l'établc de
Bethléem. Il était venu au monde, celuilà, pour ordonner aux hommes de s'aimer les uns les autres, et, bien que les églises où Ton prêche sa doctrine depuis deux mille ans soient encore debout, le mal et la 'misère existent toujours.
L'enfant matériellement et moralement abandonné, l'enfant dédié, par une sorte de fatalité sociale, au vice et au crime, voilà le livre qu'il faudrait écrire, en y laissant couler toutes les charités, toutes les tendresses, toutes les indignations, toutes les colères de son cœur. Voilà le roman que Jean Vignol devrait faire, si... Mais à quoi pense-t-il? Jean Vignol n'a pas de talent, n'en a jamais eu. Et il le sait bien. Et si des larmes l'étouffent en ce moment, il pleure à la fois sur l'infortune de ce pauvre enfant et sur sa propre impuissance.
Cependant la porte s'ouvre. C'est la mère Mathieu qui revient tout essoufflée. Oh 1
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qu'elle est fatiguée et caduque ! Et quel lamentable visage aux mille rides, entouré du lainage noir !
Tant pis ! le brave homme cède au désir qui le tourmente depuis quelques minutes.
« Écoutez, mère Mathieu, j'ai réfléchi pendant votre absence... Du temps de maman, je gagnais assez pour deux... Eh bien ! je vous prends avec moi, voulezvous ?. . . Vous vous occuperez du ménage, et je vous aiderai à élever le petit. »
La pauvre femme pousse un cri, tombe sur une chaise, se voile la face de ses mains ; et comme l'enfant, éveillé en sursaut, se met aussi à gémir, Jean Vignol le prend dans son berceau, le regarde de près et pose sur sa joue molle et tendre un baiser déjà paternel...
Mais ce n'est pas tout. Savez-vous que la généreuse conduite de Jean Vignol a été, pour lui-même, très avantageuse? Il
continue, bien sûr, à servir les mêmes balivernes à son public spécial. Pourtant, il y a dans son dernier roman, V Orphelin de Belleville, on ne sait quoi qui n'était pas dans les autres et qui a fait sangloter les grisettes. Le tirage du Petit Prolétaire en a monté, et l'écrivain a désormais ses quatre sous la ligne.
L'ouvrage a même été reproduit dans plusieurs feuilles de province ; et comme, l'autre jour, Jean Vignol était venu toucher ses droits à la caisse de la Société des Gens de Lettres, il a eu la seule joie de sa vie littéraire.
Le plus illustre, le premier des romanciers de ce temps lui a touché l'épaule devant le guichet :
« Dites donc, monsieur Vignol, j'ai lu deux ou trois feuilletons de vous, ces jours derniers... et j'ai trouvé là des choses très bien, très sincères, très émues, sur les enfants... »
Le pauvre homme et
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. Merci bien, mon clier maître, rcpondit-il en bégayant de plaisir. Mais c'est que... voyez-vous... maintenant... quand j'écris quelque chose sur les enfants... je