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T1 y avait même de la ha'ne, Ts auraient voulu voir la misère assiéger le seuil de leurs voisins, et les malheurs empoisonner leur existence,
Parfois cependant Vamertune se fondait tout à coup et ils souriaient, Ils parlaient de richesse, ébauchaient des rêves séduisants, 80 promettaient une vieillesse fortunée.
On ne les aimait guère dans Ja paroisse.
Babylas affichaït du mépris pour tout ce qu’on vespectait, Il ne prenait jamais le chemin de l'église, IT disait que le confessionnal est un écueil où périt la liberté de l’homme, ou s’effeuille Pamour de la femme ; que les prêtres font un métier lucratif et facile ; que la superstition bat son plein dans notre pays ; qu'il n’y a qu’une religion sensée, la croyance en un Dieu fareeur qui s'amuse de nos chimères... Un tas de bêtises enfin, qu’on ne se donnait pas la peine de réfuter. On levait les épaules, on tournait le dos.
Le peuple n’est pas savant, dis-je alors, mais il a du bon sens. Il juge vite et bien les personnes qui se mêlent de dogmatiser sans en
. avoir la mission. Si le dogme l’embarrasse, il " regarde à l'honnéteté de ceux qui l’affirment. Il comprend la morale, 11 sent bien qu'il deit | vient meilleur après la prière, plus fort après Le la confe:sion, plus courageux devant les pro- ” ; messes du e’el, plus charitable au souvenir ë de la miséricorde divine, plus doux à la pen- . É sée de Jésus pardonnant à ses bourreaux, = S'il voit couler une eau limpide, il sait. que À | la source est pure, Quand le fruit est délicieux à et sain, les rameaux sont verts, et la sève eirx eule vaillamment dans le trone 3; Parbre est : F bon. Les fruits de Ja religion sont divinement : é beaux et infiniment bons, done la religion est | i infiniment bonne et divinement belle, k k Que les rhéteurs, les philosophes et les sa- : k vants de toutes les époques et de tous les lieux, ü l pâlissent sur les livres, interrogent 11 nature, ‘1 demandent leurs secrets aux ruines antiques, À et cherchent à connaître jusqu'en ses mysté- | à rieuses profondeurs l'histoire de Ja vie sur la terre, c’est bien. L'esprit humain a le droit de ; connaître, Mais qu'il ne chsiche pas en dehors
de Dieu, c’est peine perdue. Dieu lui & donné
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le thème, qu'il le développe, Dieu lui a laissé des notes, qu'il les recueille et les commente.
. . lé 11 pourra se tromper, mais ses erreurs n'infir-
meront jamais la loi première, 11 semblera inventer peut-être, quand il ne retrouvera que la trace perdue, Partout, il verra surgir une croyance religieuse, mais nulle part, excepté dans la parole du Christ, il ne trouvera la lumière, nulle part, excepté au pied de la croix, il ne trouvera l'amour ; nuile part, excepté dans la foi, il ne trouvera la paix.
Prie et crois dans ton heureuse ignorance, Ô peuple courbé sur la glèbe, car ni la foi, ni la prière ne t'empêcheront d’aspirer p'us haut, de voir plus loin, de marcher plus vite, La religion mwenraie pas le progrès, elle le dirige ; la foi n'emprisonne pas la liberté, elle lui donne des ailes ; la charité ne mine pas les institutions financières, elle leur demande un noble emploi de leurs richesses.
Mais, pardon ! je m'aperçois que j'ai pris sans gêne aucune la place de notre cher vieux conteur. Je lui rends la parole, m'écriai-je après cette longue tirade.
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Le père Dueap sourit et eontinna ainsi :
Le vide se fit autour du petit marchand forain, Les amis, les voisins cessèrent même de le visiter, à enuse de sa mauvaise conduite, I] était canaille, Sa femme se laissa corrompre. Elle Pavait aimé d'abord ; et l'amour qui donne tant de force et de courage quand il est pur, in-pire, quand il est mauvais, une licheté singulière et une extrême cruauté.
Elle revit son premier ami, eclui qu'autrefois, par une vanité sotte, elle avait refusé d'épouser, Il était marié et paraissait heureux... Des souvenirs adroitement rappelés, des entretiens prolongés trop longtemps, des soupirs mal étouflés, des regards charges d:
flame, enfin tout ce que la chair en effervescence peut inspirer à l’esprit curieux, elle l’employa, et il fut vaincu.
3abylas découvrit la liaison qui l’outrageait et, un matin, le cadavre de son rival fut trouvé sur la route... Nul n'avait été témoin du crime, cependant tout le monde montrait du doigt le coupable.
L'existence devint insupportable au coupis infime, et la femme adultère et le mari as- Sissin s’en allèrent vivre ailleurs.
C'est à cette époque que fut construite, dane le bois du moulin, à Lotbinière, une maison de pierre dont vous connaissez les débris, sinon l'histoire.
Alors, il n’y avait ni bateaux. ni chemins de fer, et les voyageurs se faisaient conduire d’une ville à une autre, en de lourdes voitures, sur des chemins enillouteux ou coupés d’ornières.
La voie la plus droite était comme aujourd’hui la plus courte, et la plus courte était la plus avantageuse. Economie de temps, de chevaux et d'argent, Or, de Saint-Croix à Gentilly, la ligne droite coupe de grandes pointes superbes, qui font dans le fleuve, une dentelure de rochers où de caps. avec d'immenses panaches de forêts et des villages florissants : Le Platon, Lotbinière et Saïinte-Emmélie, Le Cap Charles, le Cap à-la-Roche et Saint-Jean Des- Chiillons, le cap Levrard et Saint-Pierre les Becquets. Les voyageurs suivaient d'ordinaire
A NL À ‘Hi à Hi 1} 1 ‘ | À cette ligne droite et traversaient ainsi le bois AL 1: ni du moulin, au deuxième rang de Lotbinière. À { S- \ Sauvage, sur les écores d’une belle rivière, N À sous les bois, l'endroit n’était pas mal choisi k n£ \ pour un relai, et hommes et bêtes s'y reposaient 1 À avec plaisir.
m L'auberge de Babylas fut achalandée, On y dormait un calme sommeil dans eette atmosns phère saturée des baumes de la forêt ; on y Fe mangeait de bon appétit la perdrix et Je lièvre 8; accommodés à des sauces que Brillat-Savarin M T- L'aurait pas soupeonnées ; on y buvait le bon 44 À vieux rhum de la Jamaîque, qui souvente ; l- fois attisa l'esprit de nos pères... Cependant Ha M la de temps à autres, il se fit à son sujet des con \ Si e- fidences étranges, et sa réputation périclita, il- Les voyageurs n'osaient plus y coucher, On en- Li trait, en passant, boire un verre, manger un po- d. le tage et l’on se hâtait de fuir. La solitude se y ” fit. À xd Mais Babylas était riche, Pendant dix ans, K\ is il avait exercé son industrie avec succès, Pas 7. difficile sur le choix des moyens, les serupules e4 re ë $
ne l'avaient jamais ennuyé. Fort peu de dépenses, pas de toilettes pour le dimanche, pas de cheval à l'écurie, une vache que nourrissaient les plantes du bois et l'herbe des routes, des poules du gibier, de la venaison, point n'œu ait été besoin de faire de la rapine, pour amasser, Le pécule eut fait boule de neige, Un jour, la nouvelle se répandit qu'il avait été dévalisé Personne n'en éprouva de chagrin, 1 ne s’expliqua jamais comment son arsent si bien eaché avait pu être trouvé. Y avait-il eu trahison ? Seule sa femme connaissait la cachette, et elle paraissait fort désolée, elle aussi. IT se passe de si étranges choses par fois dans le coeur des femmes dévoyées, Cependant toutes ses piastres si Aprement amassées n'étaient pas disparues. Il en avait fait deux parts, — pour lui toutes deux, — et les avait enfouies en des cachettes différentes, Jl ne risquait Jamais tout à la fois. L'une de ces deux parts avait été trouvée. Il devint irritable et sombre. Il se mit à surveiller sa femme avec un soin jaloux. Et comme elle al-
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lait au moulin de temps en temps, pour acheter de la farine, il y alla, lui aussi.
Un soir du mois d'octobre, 11 s'y était rendu pour faire un bout de eauserie avec le meunier, Le ciel n'avait pas une étoile et. la rivière coulait noire en son lit de cxilloux, entre les deux falaises.
Les meules du moulin tournaient avec un grondement monotone et régulier, broyant Île blé que dorait un rayon de la lampe. Au plafond sombre, montait une blanche poussière de farine, Toute la pièce semblait remplie d’une brume très légère qui ne laissait d'humidité nulle part, mais qui voilait tous les objet:
comme d'un subtil pollen de fleurs, Dans l’obs-
eurité qui enveloppait la route et le moulin,
Je ciel et In côte, s'élevait l'éternelle elameurs
de Ta rivière tombant du haut de ln chaussée. Tout à coup, les sabots ferrés d'un cheval retentirent sur le petit pont d'en face, Une
voiture passait, Le meunier remarqua :
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—Ce sont des voyageurs, car ceux qui vont quérir le prêtre ou le médecin, me disent toujours un mot en passant. S'ils n’entrent pas, ils appellent et je sors.
— Alors, bonsoir ; je rentre chez moi, fit Ba: bylas. Le chat doit être au bord du trou quand le rat se montre.
Et il sortit.
—Quelle obscurité d'enfer ! grommela-t-il,
— Bonne nuit pour le crime, répliqua le meunier en riant.
Babylas entendait le roulement de la calèche, à une petite distance, et il se hâtait, connaissant bien le chemin. Quand il arriva sur la côte, une voix rude criait :
—Ce damné chemin de l'auberge, où estil 2... On ne voit que du noir partout.
Il se mit à courir, criant à son tour :
— Attendez, messieurs, je vais vous guider.
La voiture s'arrêta. Babylas prit le cheval par la bride et le conduisit jusqu’à la porte de
sa maison.
—C'est un voyageur que je vous amène,
ont j monsieur Babylas, fit le cocher en mettant le ou- pied à terre, pas; —Mil'e fois merci, monsieur Spénard, et vei nez souvent.
Ba É —Pas en des nuts pareilles... Monsieur and À était pressé, il fallait bien marcher.
à Le voici sain et sauf, j'en suis aise et m'en | retourne, t-il. Babylas fit entrer son hôte et l’installa dans a Je la me Jeure chambre, Il revint ensuite trouver he Spénard qui montait déjà dans sa voiture, ne wi —Vient-il de loin ? demanda-t-1l, : —Je ne crois pas, répondit le cocher, car ES 4 son bagage est mince, | Ë — Est-ce un commerçant ?
ni Ÿ —Je n'en sais rien... Peut-être que c'est À ' un pécheur à la ligne... Il ne parle po nt, 1 | — [1 vous à dit où il allait, au moins ? D: a" k —Tl ne le sait pas... Il a Pair de chercher À heva A quelque chose... Il s'est informé seulement 14 | te de \ 7 du prix et de fa qualité des terres, dans nos en- ‘+ | virons. IT a aussi demandé s'il y ava:t quelque Lé mène; ! 4 jolie maison à vendre dans notre village. T n’y : en a point. S'il veut aller plus loin, comme la
chose est probable, vous lui trouverez une voiture, n'est-ce pas ?/.., Une bonne, car il n'aime pas se faire ballotter comme un colis... Moi Je ne peux pas faire une lieue de plus, il faut que je conduise monsieur Baby aux Trois-Rivières, demain matin. Je vous souhaite le bonsoir.
Il s’'enfençx dans le chemin ténébreux.
Le voyageur, un Jeune homme de v ngt-cinq ans, se laissa d’abord tomber sur un sofa, et. la tête dans ses mains, il parut absorbé dans une sérieuse réflexion,
Jl'avait un air un peu rude, Pa fatigue, peutètre, ou les contrariétés, les mécomptes 3 on ne savait. Tout de même, il n'était pas laid avec ses cheveux crépus, son o6] perçant, ses joues hâlées, sa moustache épaisse,
Mad me Babylas entra, Il eut un tressaillement et il se leva pour la saluer, Kfle lui demanda s'il voulait prendre une tasse de thé.
I ne faudrait qu’une minute pour faire bouillir l’eau. Il remereia, prétextant la fatigue et le beso'n de dormir.
Elle le conduisit dans une chumbre assez
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propre, ct blanchie au lait de chaux, en arrière du salon, Elle se retirait quand il la rappela pour lui confier une petite sacoche de cuir très ronde et bien pesante.
—Prenez-en grand soin, reommanda-til c’est toute ma fortune.
Les yeux de la femme étincelèrent et elle eut un sourire singulier,
— Grand soin, oui, dit-elle... Vous pouvez dormir sur vos deux oreilles.
Quand elle rentra dans In cuisine, Babylas Patteudait debout près de la table, IE prit la sacoche et la soupesa curieusement.
—Qu'y a-t-il done -dedans, fit-il, c'est bien lourd ?
Puis il ajouta d'un ton sarcastique
— Est-ce qu'il vend du plomb, ce monsieurià ?
Madame Bobylas répondit que c'était peutétre de Pargent, vu qu'il lui avait confié ce petit sac en lui recormmandant d'en prendre un soin tout particulier... Qu'il valait une fortune...
—Une fortune !... Une fortune là-dedans !
reprit Babylas étranglé par le désir de regarder, de palper, de...
—On pourrait toujours voir, proposa la femme, il n’y a pas de mal à voir...
— Du mal ? Mais non, il n’y en a pas...
Une fortune ! Cela ne se voit pas souvent, comme ça, tout à la fois, d’un coup d’oeil... Laissons-le s'endormir. Il semble fatigué...
Il est bien fatigué 3; 1l Pa dit...
Il$ jetèrent des sarments secs dans la cheminée et une flamme vive s’éveilla, remplissant l’humble pièce d’une lueur molle et flottante. Jls éteignirent la bougie. Pourquoi une bougie ? Dépense inutile, Le bois ne coûte rien dans la forêt ; on peut vaillamment attiser la cheminée.