‹ Contes vrais [microforme] (volume 2)Chapitre 37 sur 39 · SEE · texte numérisé non relu

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pieuse affection, ces couplets naïifs qui avaient charmé son enfance. La grâce descendit comme une rosée bienfaisante dans son âme aride. 11 pencha la tête et se souvint. Des larmes coulèrent sur ses joues, et il se prosterna.

Quand il fut de retour à la maison, il s’approcha de la Jeune malade et lui dit tout ému : — Mariette, j'ai prié, et je suis heureux.

Mariette sourit, et dans ses beaux yeux presqu'éteints, on vit reluire un rayon nouveau... C'était la vie qui revenait avec le bonheur.

À ji'heure où Commence la veillée dans nos Carpagnes, c'est-à-dire aux dernières lueurs dü crépuscule, je m'acheminais vers la demeure d'ür: v'eil ami de ma famille, le père Jean Du- Val, et en marchant dans la neige épaisse, qui jetait sur la route son manteau de vierge, j’arraageais dans mon esprit, le nouveau récit que Je devais faire À mes rustiques auditeurs.

Je venais de fermer me: auteurs class'ques et de suspendre au clou la livrée du séminaire. Je me croyais instruit et je ne savais rien. Les villageois na'fs me regardaient avee une curiosité respectueuse, Ils se disaient entre eux que je comprenais le latin comme un curé, que j'avais iu tous les livres, même les mauvais, et que je serais évêque ou avocat, selon que l'Esprit

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& sant soufflerait en tempête sur mon âme, ou la lisscrait dans un calme plat. Je suis avocat,

Je devais cette belle réputation à la reconnaissance du maître chantre et de ses subalternes pieux. Un jour, je les avais jetés dans Véteunement, en leur disant qu’ils parlaient gree toutes les fois qu’ils chanta:ent le “Kyrie eleison ” de la messe ou le “ Agios Ô Theos ” du vendredi saint.

1ls n’en pouvaient croire leurs oreilles.

Je fus obligé d'évoquer l’Hellade et de les pruinencr dans le jardin des racines grecques.

Une promenade qui les a fort intrigués et qui m'a bien amusé... pour la première fois.

Le dimanche qui suivit cette singulière révélation, ils se rendirent tous au choeur, dans les premières stalles, avant “ l’asperges ” même, ce mirent à feuilleter d’une main fébrile leurs manuels de plain chant, puis s’arrêtèrent soudain, comme fascinés par certains caractères merveilleux.

La messe commença. A “ l’introit ”, ils parurent distraits. Longues et brèves s’envolaient également vite, et le “ Gloria Patri ” ne se fit pas attendre. Mais voilà que tout à coup ils

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prennent un air grave et, fiers de leur science tron longtemps ignorée, ils entonnent le

7 avec un ensemble, une force,

“ Kyrie une chaleur vraiment superbes, tout en regardant le curé du coin de l'ocil comme pour lui dire :

—Qu'en pensez-vous ?... Le grec, ça nous connait, allez !

Îls s'étaient empressés de faire part à leurs familles de cette grande nouvelle, qu'ils par-

laient au bon Dieu comme de vrais grecs, le

le dimanche, à l’église. Or, quand ils commencèrent le Kyrie ”, des femmes et desfilles se penchèrent tout émues vers leurs vois'nes et chuchotèrent à la fois :

—-Écoutez bien, c’est du vrai grec qu'ils chantent.

Et les voisines, ahuries, se tournèrent vers d’autres bancs pour répéter la même chose.

Et d’un siège à l’autre, tout le long des rangées, Jusqu'au fond de la nef, on vit un plaisant mouvement de têtes et on entendit un singulier murmure :

— Ecoutez ! ils chantent du vrai grec !...

—ÏIls chantent du vrai grec !...

à la da

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—Chantent du vrai grec !...

—Du vrai grec !...

— Vrai grec !...

—Grec !...

Les chantres avaient dit au Seigneur pour la dernière fois : “ Eleison ! eleison ! ” et le curé, distrait par cet inexplicable va-et-vient ‘cs têtes et cet excentrique murmure des Lèvres, restait cloué sur son siège, oubliant le “ Dominus vobiscum” et les “ Oremus ”.

XX *Kk +

J'aurais dû vous dire, peut-être, que les gens de notre canton me demandaient souvent de leur raconter des h'stoires. Tantôt ils venaient chez mon père et tantôt j'allais chez eux. Je les amusais surtout avec des récits anciens.

Sans sortir de son village, on peut ainsi donner aux voyageurs qui viennent de loin, la monnaie de leur pièce.

Parfois ils prenaient la parole, et les récits alternaient. Je n’avais pas toujours l’avantage. Ainsi je parlais, un soir, de l’héroîsme de Léonidas et de trois cents Spartiates. aux Thermopyles, dans ce défilé célèbre que les Grecs

de nos jours n'ont pu, hélas ! fermer à l'invaa.on du cimetère et du croissant.

— Bah ! me réplique un de mes vieux nuditeurs, les Thermopyles, ce n'est pas plus beau que Châteauguay, et Salaberry vaut peut-être Lécnidas..,

Savez-vous qu'à Châteauguay nous n'étions que trois cents, nous aussi /,.. Trois cents contre sept mille !.,, Mais nons ét'ons des Voltigeurs !... Oh ! les Voltigeurs, on en parle encore !...

Et il continua, se grisant avec ses souvenirs héroïiques comme avee un vin L'ÉNÉTOUX :

‘ Les Américains voulaient conquérir le pays, comme cela, sans savoir si ln chose nous était agréable, Ils nous auraient fait places dans PUÜnion et nous aurions eu notre étoile, Une étoile dans la grande constellation Américaine, c'était alléchant... Mais il eut fallu renoncer à l’espo'r de devenir un peuple à part. Il est viai que les Anglais faisaient aussi de sérieux efforts pour nous barrer le chemin, et nous empêcher d'arriver jamais à l'indépendance, Ils se disaient nos maîtres et se plaisa'ent trop

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souvént à nous faire sentir la pesanteur de leur bras... Il fallait de la générosit’ et de l'abnégation pour courir à la défense de leur drapeau. Nous ne voulions pas être Anglais, non plus. Le vieux sang français ne s'était pas refroidi dans nos veines. Il est comme le bon vin, il gagne à vieillir. Quelque chose nous disait d'attendre et d'espérer. C'était sans doute la voix de notre ange gardien, de cet ange fidèle qui jadis suivit la France sur nos bords... Attendons, espérons...

Allons ! fit-il se reprenant, voilà que je m’embalie... Où suis-je rendu ?... Je ne suis plus sur le chemin de Châteauguay... Revenons sur nos pas. Châteauguay !... C'était le vingtsix octobre mil huit cent treize ; je m’en souviens comme du premier baiser que j'ai donné à ma chère défunte... Nous avions abattu des arbres pour nous faire un rempart ; nous avions démoli les ponts, pour empêcher les troupes ennemies de franchir Ja rivière et de s’avancer vers nos beaux villages. Nous étions bien décidés à mourir là, à notre poste, sous

les veux de notre commandant, comme vos #ens de l'ancien temps.

Tout à coup voici qu'un long

Yankee se détache de l’

armée Bostonnaise, et s'approche de nous d'un air mystér'eux. Il faisait de 1 un signe qui voulait dire bons amis. Tout de méme, je donne un coup d'oeil à mon fusil. pour Jui bien comporter, Quand Y'ankhee, TCuse :

a main : Ne tirez pas, mes

conseiller de se il fut près de nous, le

il nous demanda d'une Voix douce-

— Braves Français, rendez-vous, nous ne vous ferons aucun mal.

Un Canadien-francenis se

rendre, que je réponds, furieux...

Tiens ! guette bien !...

Je lui envoie une balle, I tombe sur la terre qu'il voulait prendre, et Jamais 1...

O la belle bata' lle,

Victoire !. . Le (

Mais ançais !

Le vieux soldat de Salaberry dernière parole d'un formidabie sur la table.

cette terre le garde à

après cela !.,, On belle ‘anada est resté

anglais nous sommes restés fr

souligna ectte

Coup de poing

La dernière fois, je leur avais parlé des Carthaginois, ct cela leur avait plu. Ils les connaissaient un peu, les Carthaginois... Oh !

bien peu. Par une chanson seulement... Ils les connaissaient par une chanson :

Les Carthaginois, ces lurons,.

À Capoue ont fit les Capons, S'ils ont été vaineus, C'est. qu'ils ne da gnaient plus Manger à la gamel}, vive le son !

Manger à la gamell, viv’ le son du chaudron !.…

De même, par une chanson aussi, ils savaient que Moise, retour d'Egypte avec Israel, qui s‘amusait, depuis quatre siècles, à peupler les bcrds du Nil, avait traversé la mer Rouge à ped see, où à peu près. En effet la chanson disait :

ÎT la pas... il la sa,

IT la pas, pas. pas... il la sa, sa, sa, Il la passa toute Sans boire une goutte.

| Mais le pharaon qui le poursuivait, fâché de

voir son empire se dépeupler ainsi, n’eut pas la

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ee din de DL 1 Roteipns al am ane doamenie e

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méme chance. Quand il fut entré dans le chemin miraculeux creusé par la verge de Moïse à travers les profondeurs de la mer, les murailles frémissantes que la main de Dieu retenaît s’ébranlèrent tout à coup, et l’abîime des eaux se referma. Alors

Il vit pé... il vit rir,

Il vit pé, pé, pé... il vit rir, rir, rir, Il vit périr vite Sa phalang” maudite...

Les entrailles de la terre, mises sous les regards de l’homme par la science moderne, ont vengé la Bible des sarcasmes et des outrages de l'ignare impiété du dernier sièele ; un jour, quand la religion aura besoin d’une preuve nouvelle pour confondre l’incrédule ou raffermr le croyant, Dieu prêtera une nouvelle science à la terre, et les savants fouilleront les entrailles de la mer Rouge pour en tirer les débris de l’armée du pharaon.

+ XX x

Ce soir-là, nous devions nous réunir chez le père Jean Duval.

Les fenêtres des maisons projetaient un pâle ravonnement dans le brouillard gris. Le vent commençait à souffler, et, dans cette lueur tamisée des fenêtres, la neige tourbillonnait comme une poussière d'argent.

Cependant Ja plupart des lumières séteigniront bientôt, et les maisons parurent de gros points noirs dans une blancheur laiteuse. Le grésil me fouettait la figure maintenant, et cela m'ennuyait. J’allongeai le pas afin d’arriver plus tôt. Il fait si bon près du poèle où ilambe une écorce saturée de poix, quand dehors souffle la bise mordante. Et puis l’homme supporte mal un petit contretemps ; il se résigne mieux dans l’adversité. Il secouera le faix qui l’embarrasse légèrement et portera avec courage le fardeau solidement ficelé à son épaule.

Dans son rideau de peupliers sans feuilles, la maison de Jean Duval me parut éclairée cémme pour les jours de fête. On m’attendait, sans doute, et c'était en mon honneur que brû-

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laient tant de bougies. J'en ressentis de l'orgueil, et ma vertu d'humilité recut une large blessure, Je secouai la neige qui me couv ‘ait, et, d’une

main légèrement frémissante, Je soulevai la Li

elenche d'acier. Alors de l’intérieur J'enten- l

ë dis : |

| —Le voici ! le vo'ci !

— Toujours fidèle à la parole donnée, dis-je ê

en entrant. À

La salle, très grande pourtant, contenait à j

peine la foule curieuse. Evidemment je p'aisais ë

Lo et mes récits étaient amusants, !

Je me délectais dans ma van.té, quand une :

| douce voix de Jeune fille annonça : Ë / —Pas d'histoire, ce soir !,,,Les marionnet- l k ; tes !.., On va bien s'amuser |! f ; | —Îs t'attendent pour commencer, me dit le { : père Jean Duval. k ù —C'est trop d'honneur à me faire, répliquai- l | je. un peu refroidi, un peu humilié même,

: —Ce sont des marionnettes nouvelles, affir- } | ma la mère Duval. Elles vont agir comme du 1 u vrai monde... Nous alllons rire. h ” | ; :

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