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—Ïn effet, le monde prête bien à rire, ajoutai-je rudement.
—C’est si drôle du monde si petit, remarqua la jeune fille qui alla tt s'amuser.
—-h ! Mademoiselle, repris-je emphatiquemet, ‘ne paraissons pas plus grands que ces marionnettes, quand on nous regarde du haut 7 elocher, Il n’y a ni petits ni grands : il n'y à que de: eo nparaisons. La fourmi trouve énorme le joli pied d'enfant qui l’écrase, et l'éléphant trouve bien petit le joli pied qui éeras: la fourmi... Tout de même, ajoutai-je &’un ton plus conciliant, cela m'intéressait, Je l'avoue, quand j'avais dx ans.
LS
Une petite sonnette “tintina” souda:n, annongant le lever du rideau. Dans un encadrement de tentures rustiques, sur un fond de lumière, apparut une figure large, vieille, bronzée et b'en connue, C'était le Muron... On le disait un ancien soldat, mais écumeur de champ de bataille, détrousseur de morts. La femme qui le suivait, la “Muronne”, Marie Germain, était
PAR A ge = PP ee TU .
Re. ne SN Anne
une fille de Cap Santé qu’il avait ensorcelée, IT la batta’t souvent, mais elle ne pouvait se détacher de lui, Ts avaient vieilli sur le chemin publie...
C'était le muron, l'heureux propriétaire des
hiarionnettes perfect:onnées,
— Mesdames et messieurs, fit-il d’un ton è
grave en embrassant l'assistance d’un regard
satisfait, c’est l'heure solennelle qui sonne,
; sovez attentifs, la représentation va ecommen-
1 CET, j
| Vous allez être surpris des progrès qu'a fait: depuis le siècle dernier, l’industrie des ma- ë
rionnettes, [l ne s'agit plus aujourd'hui d’un j
icu d'enfants et d’un amusement inutile, mais |
d’une récréation digne des esprits sérieux, et É d'un enseignement préc'eux sous une forme 4 amusante, Par quels moyens sommes-nous art rivés à représenter la société telle qu’elle est 1 ou telle qu'elle sera, c’est notre secret .…
” Silence, et riez bien. !
i Une petite voix très grêle et qui semblait À t sortir d’une boîte mal fermée, jeta tout à coup À
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un flot de paroles brèves et vives qui furent entendues jusqu'au fond de la salle.
Tout le monde se mit à rire, Il n’y avait pas de quoi, cependant, comme vous allez voir.
C'était une poupée qui se promenait à pas lents et gesticulait d'une facon tragique. Elle sanglotait parfois, et parfois, s’irritant, elle faisait des menaces... ['infortunée avait un mari infidèle,
N'est-ce pas la chose la plus invraisemblable 2?
Un instant après, un jeune homme s’avança derrière elle, à pas de loup, puis, la sa'sissant dans ses bras, il l’attira sur son coeur et lui mit un baiser sur la bouche pour la forcer au cilence.
N'est-ce pas là encore une chose invraisem- Liable 2?
Et l'on entendit dans un soupir de flûte molle :
Je vous adore !
— Laissez-moi donc ! dit une voix plus molle encore...
— Vous êtes ma vie !
— Vous savez bien que je ne m'appartiens pus...
—Ïl vous trahit !...
—Je le sais, hélas !
—Je vous consolerai, cher ange !
—Je ne veux pas être consolée.…
— Cela, par exemple, c'était bien naturel.
Je ne sais comment fin't l’idylle, Une foule survint et la pauvre délaissée se sauva. Le consolateur aussi... par le même chemin.
Une foule survint ; une foule d'électeurs.
Nous eûmes le spectacle d’une élection à la inairie, dans un centre rural, alors que tous les contribuables pouvaient voter. Tous ces petits hommes de huit à dix pouces de hauteur, allaient, venaient, couraient,. s’arrêtaient au move de ficeiles habilement dissimulées, comme dans le monde réel.
Les candidats — ;il y en avait deux, afin de doubler l'intérêt et de permettre un échange de gracieusetés à l’absinthe — les candidats vinrent à l'encontre l’un de l’autre. Il est rare, du reste, que deux adversaires tirent dans le ième collier, Ils étaient suivis de leurs parti- Sans, et parmi ces partisans à la culotte serrée
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eur la cuisse, on voyait se déployer des jupons larges et bigarrés. Là aussi, dans ce peuple de carton, l'émancipation de la femme jetait ses rucines.
Une invraisemblance encore !
Les deux partis se rencontrèrent au milieu de la place. Ils paraissaient également forts. Une boîte d’allumettes servit d’estrade, Les candidats, souples comme des acrobates, sautèrent d’un bond sur le couverele b'en assujéti ne se doutant pas, sans doute, qu'ils s’arrêisient sur un volean prêt à se réveiller.
—Messieurs les électeurs, commença le plus âgé, je viens de nouveau solliter les honneurs ae la mairie — Il avait occupé pndant trois ans déjà le fauteuil civique. — J'ai travaillé selon mes forces et mon intelligence à l’agrandissement et au bonheur de notre municipalité ... Vos intérêts sont les miens et mes espérances sont les vôtres... J’ai comme vous toutes les intentions honnêtes et toutes les ambitions légitimes. Je compte sur votre bienveillance, ccmptez sur mon extrême désir de vous être utile.
Je vous dirai d’abord que j'aime le progrès
municipalités surtout que le peuple est gouverné, Si elles sont bien administrées le pays 12 sera aussi. Il le sera surtout si vous placez au timon des affaires des hommes déjà éprouvés ; car ceux qui sont intelligents dans les
petites choses le sont de même dans les grandes
Il est bien malaisé de rendre justice» à chacun, si l’on arrive au pouvoir sans avoir une connaissance intime des humbles et des malheureux. En effet, lorsqu'on est placé haut on voit moins à ses pieds que dans le lointain. Il n’est pas inutile cependant de regarder loin, puisque si vous marchez tête basse, vous arrivez à l’abîme sans le voir.
On dit que j'ai de l'ambition, que je cherche à m'élever... N'ayez pas peur de vous élever ; il se trouvera toujours des gens au-dessus de vous que vous ne nourrez atteindre, et qui vous fcront comprendre votre impuissance.
Les municipalités ont besoin des lumières de la science pour devenir florissantes, IL faut au'on leur parle, il faut qu'elles apprennent. Or,le meilleur moyen de parler pour être enten-
«. ne marche pas à reculons... C'est par les
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du de tout le monde.c’est de parler dans les jour Taux. La gazette est le porte-voix de tous les cuvriers de la pensée, et elle jette aux quatre vents du ciel toutes les audaces de l'esprit humain... Le journaliste sait tout ou feint de tout savoir, ce qui est à peu près la même chose... Nous devons donc recevoir les jouraux, et forcer le gouvernement à les payer.
C'est le meilleur système d'économie sociale, et le moyen le plus expéditif de relever la na: tion. Puis, il faut tout lire dans un journ:
tout depuis le nom jusqu'aux conditions d'abonnement exclusivement, en passant par les guérisons miraculeuses de la réclame, les ma- î ages qui sont un prétexte pour étaler sans rudeur la toilette de la mariée, les naissances où les parrains et les marraines viennent sa- Iner le publie, et les enterrements qui se changent en parties de plaisir.
On gagne toujours quelque chose à lire, même à lire des livres du terroir ; mais en retour on perd souvent à parler, même quand on rarle pour dire des vérités... Et je vais me tüire.
Encore un mot pourtant. Je favorise les cer-
nn
cles agricoles et je vous conseille d'en faire partie, On y apprend à cultiver la terre avec intelligence, à faire pousser des légumes nourrissants et des grains qui valent mieux que la
? poussière d'or de la Californie... Dans la plu-
e part des autres cercles on apprend à cultiver
u l'ivrognerie et le jeu, deux plantes dont les
", épines sont cruelles et les parfums dangereux.
?, Les travaux de la voierie étaient négligés. {
V Chacun, comme vous le savez, devait y mettre ! la main et faire sa part. Or, tous attendaient
à- après chacun et personne ne commençait, On se
»8 | décharge a :sément, voyez-vous, d’une obligation
n- partagée. Le Conseil municipal s'est fait votre
AS scrviteur et il a agi. Maintenant vous mar-
8 chez d’un pied ferme sur de larges trottoirs, et
a- vous ne crottez plus vos souliers. Plusieurs
n- sont fâchés de cela. Ils disent que la boue ne | salit que la chaussure, et que la brosse rend au
re, cuir son éclat, Ils ne disent pas qui rend au ‘
re- cousset les sous dépensés pour la brosse et le
on reste... |
me Aujourd’hui l’eau coule dans les fossés au lieu de dormir dans les ornières, et les ckimins
sont bons ; les clôtures sont solides, et les bé-
licrs en quête d'aventure ne vont plus fourraser le domaine du prochain. Les routes sont e mme les rivières. Les unes et les autres font naître la richesse sur leur passage, mais à la condition qu'il n’y ait pas d’écueils dans cellesel, ni d'ornières dans celles-là... Sur de bons chemins il n‘y a ni mauvaises voitures, ni chevaux paresseux... Vos chemins sont beaux, et vous pouvez aller vous promener...
Plusieurs se ment à crier, pensant qu’il se inoquait d'eux. Vous pouvez aller vous promener ! cela se dit quand on veut se débarrasser de quelqu'un... c’est une injure. Une bagarre s'en suivit et les jJupons s’enfuirent. La boîte miit feu et ce fut bientôt un sauve-qui-peut général. Le deuxième candidat s'enfuit comme l:3 autres, sans répliquer un mot, ce qui manaue de vraisemblance.
Après quelques minutes de repos, le Muron nous présenta une danseuse de l'opéra. Elle avait fait tourner bien des têtes royales par ses pirouettes élégantes et ses grâces incomparables.
Elle arriva leste et pimpante sur le parquet lu'sant. Le parquet, c'était toujours la table.
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Flle n’éta t pas excessivement habillée ; mais il paraît que c'est mieux. |
Les mouvements sont plus à l’aise en dehors des noeuds et des agrafes, La robe semblait ne commencer nulle part et finir partout, mais on distinguait assez un maillot rose et un soulier mignon. Au reste, elle était si petite.
L'orchestre, une flûte champêtre comme Tityre et Mélibée savaient en faire, égrena sans mesure une averre de notes éveillées, et les petits pieds de la petite créature s’agitèrent fort adroitement, avançant, reculant. glissant, sautant... sautant surtout, Pu's, finalement, la danseuse pirouetta, selon la parole du Muron, comme on pirouette sur les parquets ctrés des grands opéras. Mais aucune tête ne tourna. Il est vrai qu'il n'y avait là que de bonnes têtes < d'habitants. ”
* XX
Après cela, nous fûmes introduits dans un petit salon int'me. Quand je dis : introduits, vous comprenez ce que cela signifie, Tei encore
nous vimes un spectacle assez amusant, mais 16 |
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