‹ Contes vrais [microforme]Chapitre 12 sur 17 · CONTE À · texte numérisé non relu

CONTE À

avait meilleure tournure, Puis son œil bleu p'ein de rêves troüblait agréablement les jeunes âmes, Les sensibles villageoises se tournaient vers lui, comme les marguerites des prés se tournent vers la lumière, Mathias aurait été jaloux e’il n’eût aimé la sœur de son ami.

Un jour, ils partirent ensemble, Mathias et Jean-Paul, pour courir après la fortune. Ce fut un jour de deuil pour leurs familles et pour la jeunesse de la paroisse.

L'absence avait duré trois ans, et les jeunes voyageurs parlaient de leur retour au pays. Cependant Mathias revint seul. Il avait le teint bronzé par le soleil, les mains gercées par le travail, le front traversé par une ride, le regard chargé d’une lueur singulière, Avec tout cela, fier d’être au milieu des siens, pendant que ses com- Pagnons peinaient encore là-bas, dans les montagnes de la Californie, le pic à la main pour déterrer les filons d'or, le pistolet à la ceinture pour se défendre contre

les bandits.

Lui, il avait été très heureux. Sa bêche infatigable avai! écouvert d’inépuisables veines, et 1l avai marché dans la poussière d’or, comme d’autres marchent dans la boue. Il ne s'était pres montré souvent dans les rues de San Francisco, redoutant les appels séduisants des chopes mousseuses, des tapis verts, des alcôves sombres. Il avait mieux aimé la vie solitaire dans les âpres montagnes, les jours laborieux, les nuits reposantes sous les rameaux embaumés. C'était lui qui disait cela.

L'espoir d’éblouir sa paroisse par l'éclat de sa fortune avait été un aiguillon puissant, il ne le cachaït pas. Il aimait les richesses et, dans sa vanité, il ne lui déplaisait nullement d’éclabousser ses amis restés gueux.

Maintenant l’heure du repos sonnait.

Il allait jouir en paix du fruit de ses labeurs ; il se promettait une longue existence de plaisirs.

Bien d”s jeunes gens lui portaient envie

et regrettaient de ne lavoir pas suivi au pays de l’or. Ils ne Songeaient pas aux autres qui n'étaient point revenus, à Ca.

simir Pérusse, à Robert Dulac, à Jean- Paul Duvallon, le frère de Joséphine, ja sage petite écolière d'antan. Oui, ce Mathias Padrol, il faisait bien des jaloux.

Le lendemain de son arrivée on était venu le voir d’une lieue à la ronde, La maison S’était remplie. On avait ouvert la chambre de Compagnie, comme pour le curé, et c’est là qu’on était venu d’abord lui serrer la main ; mais bientôt les fumeurs avaient fait irruption dans la cuisine, et les femmes s'étaient groupées Un peu partout. Il fallait bien le voir et l'entendre. Lui, il passait d’une pièce à l’autre, fier de cet empressement, agitant la grosse breloque d’or qui pendait à sa chaîne de montre, et faisant miroiter, “ommMe par hasard, l'énorme chaton qui lui embasrassait les doigts,

Les Duvallon étaient accourus les premiers. Le père, la mère et la fille.

C'était là toute la famille maintenant.

Ils ne demeuraient pas loin, la quatrième terre en gagnant l’église. \ls avaient espéré presser sur leur cœur l'enfant prodigue, mais Jean-Paul ne 8e trouvait pas encore riche, et il restait là-bas, dans l'ennui, guettant une dernière occasion de réaliser detjolis bénéfices.

Pourtant, il avait écrit qu’il partirait avec Mathias. Ils ne s'étaient jamais séparés. ils ne se sépareraient jamais...

Entre son vieux père et sa vieille mère, il pouvait vivre heureux sur le bien des ancêtres...

Il avait même laissé deviner un secret qui jetait l’Ame de sa sœur dans un doux émoi : Ils seraient, Mathias et lui, unis bientôt par un lien plus fort que l'amitié.

Cela dépendrait d’elle, Joséphine...

La mère Duvallon pleurait, Joséphine se consolait, disant que c'eût été trop de bonheur à la fois. Le père était eongeur et ne disait mot.

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