‹ Contes vrais [microforme]Chapitre 7 sur 17 · IE IL · texte numérisé non relu

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Ilustrations de Georges Delfonse,

— Eh bien! Monsieur le curé, avezvous réussi à leur faire entendre raison, à ces pauvres fous ? Ont-ils regagné leurs foyers ?

— Oui, Monsieur Laforêt, oui. Ils se sont dispersés ; ils ont repris le chemin de la maison. Chacun.est ch soi maintenant.

— Ils s'étaient promis, cependant, de fermer l'oreille à vos conseils.

— C’est que je leur ai parlé avec force de 1a soumission que l’on doit à l'autorité, et de l’inutilité de leur résistance, La conviction est enfin entrée dans leur esprit méfiant. Un seul est resté, une tête chaude, un exalté fraîchement sorti du collège, avec une grande disette de connaissances et une grande provision de prétentions,

— Oui-dà ! qui ça donc ?

—Le petit Després, le garçon de Jacques. C’est André qu’il se nomme, je crois. A

— Ils ont la révolte dans le sang, ces gens-là... Mais que va-t-il faire, seul ?

— Mourir !

Et Monsieur le curé Paquin, satisfait d’avoir placé convenablement le mot sublime de Corneille, versa du vin à monsieur Laforêt, à son vicaire, monsieur Desève, remplit aussi son verre, et s’écria :

— À lautorité !

Cela se passait vers la fin de 1837, à Saint-Eustache.

Les pauvres fous, que le bon curé venait de faire rentrer dans l’ordre, étaient des patriotes. Ils s'étaient réunis dans le couvent du village comme dans une citadelle, Ils rentrèrent dans leurs foyers, tristes et la tête penchée comme sous le poids d’une action mauvaise,

Ils sauvaient leur vie pour ne pas perdre leur âme,

Mais André Després était resté, lui ; il était resté seul. Il comptait qu’il en viendrait d’autres, et qu’enfin les bataillons de Coïborne ne pourraient se vanter d’avoir vu les portes s'ouvrir comme pour les recevoir, et les mains se tendre comme pour les supplier.

En effet, plusieurs de céux qui avaient obéi à l’injonction du curé, revinrent avec leurs armes et le front haut. D’autres arrivèrent du Grand-Brûlé et de Saint- Benoit. La troupe se reforma ; le courage se réveilla dans ces cœurs naïfs ; l'espoir fit sourire ces victimes volontaires ; et quand le vieux Colborne en-

pirate AU

menant

342 PETITE SCLNE

toura le village d’un cercle de fer, avec ses deux mille soldats et ses huit canons, une clameur fit tressaillir d’émoi les murs sacrés du cloître,

— Vive la patrie !

Chénie” était au milieu de cette troupe.

Després j’aborda,

— Plusieurs d’entre nous n’ont pas d'armes, observa-t.il,

Le patriote répondit avec calme :

— Plusieurs d’entre nous se”ont tués, | les autres prendront leurs armes.

La résistance des patriotes fut vigoureuse, désespérée, mais inutile, Ils durent fléchir devant le nombre mieux armé, et devant l’implacable incendie qui s’allumait partout.

Obligés d'abandonner le couvent dont les pignons flambaient, l’église devint leur dernier refuge, Par les fenêtres ouvertes ils firent pleuvoir sur l'ennemi leurs der.

nières balles ; et quand les chevrons du

toit en feu commencèrent à vaciller avec un craquement sinistre, ils s’élancèrent dehors, perçant d’une trouée sanglante les rangs serrés de l’armée anglaise,

C’est alors que Chénier, leur chef, tomba pour ne plus se relever.

Plus heureux, André Després réussit à s'échapper ; mais ce ne fut qu'en perçant d’outre en outre, un jeune compatriote, un lieutenant du capitaine Leclerc, qui tentait de l'empêcher de franchir Ja palissade du cimetière. Alors, il jeta son arme rouge de sang, escalada l'enceinte et s’enfuit. Mais il était poursuivi, On voulait le prendre vif, et faire ensuite un exemple terrible.

La chasse fut longue. Il était agile et connaissait bien les lieux. Il disparut tout à coup, au moment où des balles désespérées allaient l’atteindre. Mais il était dans le village, On le reconnaîtrait bien. Il ne saurait forcer les lignes ennemies, ni tromper la vigilance des senti.

nelles. Il serait pris, Colborne venait de le jurer.

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