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J'avais encore mon fusil à l'épaule, que je vis un autre paquet dégringoler de l'âbre.
C'était mon Tom Caribou, sans connaissance, qui venait s’élonger en plein travers de l’ourse les quat’ fers en l'air, avec un rôdeux de coup de griffe dans le fond... de sa conscience, et la tête... devinez, les enfants!... La tête toute blanche!
Oui, la tête blanche! la crignasse y avait blanchi de peur dans c'te nuit-là, aussi vrai que je vas prendre un coup tout à l’heure, avec la grâce du bon Dieu et la permission du père Bilodeau, que ça lui sera rendu, comme on dit, au sanctus.
Oui, vrai! le malvat avait vieilli au point que j’avions de la misère à le reconnaître.
Pourtant c'était ben lui, et fallait pas l’abâdonner.
Vite, on afistole une estèque avec des branches, épi on couche mon homme dessus, en prenant ben garde, naturellement, au jambon que l’ourse y avait détérioré dans les bas côtés de la corporation: épi on le ramène au chantier, à moitié mort et aux trois quarts gelé raide comme un saucisson.
Après Ça, dame, il fallait aussi draver l’ourse jusqu’à la cambuse.
Mais vlà-t-y pas une autre histoire!
Vous traiterez Jos Violon de menteur si vous voulez, les enfants; c'était pas croyable, mais la vingueuse de bête sentait la boisson, sans comparaison comme une vieille tonne défoncée: que ça donnait des envies de licher l’animal, à ce que disait Titoine Pelchat.
Tom Caribou avait jamais eu l’haleine si ben réussie,
Mais, laissez faire, allez, c'était pas un miracle,
RU IR unten
LOUIS FRÉCHÉTTÉ 173
On comprit ! anaire quand iom fut capable de pailer, et qu'on apprit ce qui était arrivé.
Vous savez, les enfants — si vous le savez pas, c'est Jos Violon qui va vous le dire — que les ours passent pas leux hiver à travailler aux chantiers comme nous autres, les bächeux de bois carré, autrement dits voyageurs.
Ben loin de travailler, c’te nation-là pousse la paresse au point qu'ils mangent seulement pas.
Aux premières gelées de l'automne, y se creusent un trou entre les racines d'un abre, et se laissent enterrer là tout vivants dans la neige qui fond par-dessour, de manière à leux faire une espèce de réservoir, là y 'oùs qu'ils passent leux hivernement, à moitié endormis comme des armottes, en se lichant les pattes en guise de repas.
Le nôtre, ou plutôt celui de Tom Caribou, avait choisi la racine de ce merisier-là pour se mettre à l'abri, tandis que Tom Caribou avait choisi ia fourche... je vous dirai pour quoi tout à l'heure.
Seulement — vous vous rappelez, c'pas, que le terrain allait en pente — Tom Caribou, c'qu’était tout fatureï, rejoignait sa fourche du côté d’en-haut; et l'ourse, c'qu’était ben naturel étout, avait creusé son trou du côté d’en bas, oùs que les racines étaient plus sorties de terre.
Ce qui fait que les deux animaux se trouvaient presque voisins sans s'être jamais rencontrés. Chacun s'imaginait qu'il avait le merisier pour lui tout seul.
Vous allez me demander quelle affaire Tom Caribou avait dans c’te fourche.
Eh ben, dans c’te fourche y avait un creux, et dans ce creux notre ivrogne avait caché une cruche de whisky en esprit qu'il avait réussi à faufiler dans le chantier, on sait pas trof ranmment.
Un suppose qu'il nous l'avait fait trainer entre deux eaux, au bout d’une ficelle, en arrière du canot.
Toujours est-il qu’il l'avait! Et le soir, en cachette, il grimpait dans le merisier pour aller emplir son flasque.
C'était de c't’âbre-là que Ti.oine Pelchat l’avait vu descendre, la fois qu’on avait parlé de chasse-galerie; et c'est pour ça que tous les matins, on aurait pu iui faire flamber le soupirail rien qu’en lui passant un tison sour le nez.
Ainsi donc, comme dit M. le curé, après not’ départ pour la messe de ménuit, Tom Caribou avait été emplir snn flasque.
Un jour de grand’fête, comme de bonne raison, le flasque s’érait vidé vite, malgré que le vicieux füt tout seul à se payer la traite; et mon Tom Caribou était retourné à son armoire pour renouveler ses provisions.
Malheureusement, si ie flasque était vide, Tom Caribou l'était pas, lui. Au contraire, il était trop plein.
La cruche s'était débouchée, et le whisky avait dégorgé à plein gouleron de l’autre côté du merisier, dret sus le museau de la mère ourse.
La vieille s’était d'abord liché les babines en reniflant ; et trouvant que c’te pluie-là avait un drôle de goût et une curieuse de senteur, elle avait ouvert les yeux. Les yeux ouverts, le whisky avait coulé dedans.
Du whisky en esprit, les enfants, faut pas demander si la bête se réveillit pour tout de bon.
En entendant le hurlement, Tom Caribou était parti à descendre; mais, bougez pas! l’ourse qui l’avait entendu grouiller, avait fait le tour de l’âbre, et avant que le malheureux fût à moitié chemin, elle lui avait posé, sus
vot’” respèque, pour parler dans les tarimes, la patte dret sur le rond-point.
Seulement, l'animal était trop engourdi pour faire plusse; et, pendant que not’ possédé se racotillait dans l’âbre, le l'envers du frontispice tout ensanglanté, il était resté à tenir le merisier à brassée, sans pouvoir aller plus loin...
V'là ce qui s'était passé... Vous voyez que, si l'ourse sentait le whisky, c'était pas un miracle.
Pauvre Tom Caribou! entre nous autres, ça prit trois grandes semaines pour lui radouer le fond de cale. C'est Titoine Pelchat qui y collait les catapleumes sus la... comme disent les notaires, sur la propriété foncière.
Jamais on parvint à mettre dans le cabochon de notre ivrogne que c'était pas le diable en personne qu'il avait vu, et qui y avait endommagé le cadran de c’te façon-là.
Fallait le voir tout piteux, tout cireux, tout débiscaïillé, le toupet comme un croxignole roulé dans le sucre blanc, et qui demandait pardon, même au chien, de tous ses sacres et de toutes ses ribotes.
I] pouvait pas s’assire, comme de raison; pour lorse qu'il était obligé de rester à genoux.
C'était sa punition pour pas avoir voulu s'y mettre d'un bon cœur le jour de Noël..
Et cric! crac! cra!
Sacatabi, sac-à-tabac!
l'on histoire finit d'en par là.
Laul
ER LT si