‹ Conteurs canadiens-français du XIXe siècle [microforme]Chapitre 55 sur 77 · L.-PAMPHILE LEMAY · texte numérisé non relu

L.-PAMPHILE LEMAY

pirs mal étouffés, des regards chargés de flamme, enfin

tout ce que la chair en effervescence peut inspirer à l’es- ° prit curieux, elle l’employa, et il fut vaincu.

Babylas découvrit la liaison qui l’outrageait et, un maà tin, le cadavre de son rival fut trouvé sur la route... Nul s 3 n'avait été témoin du crime, cependant tout le monde

montrait du doigt le coupable.

t L'existence devint insupportable au couple infâme, et : la femme adultère et le mari assassin s’en allèrent vivre s. ailleurs.

À w: C'est à cette époque que fut construite, dans le bois du it moulin, à Lotbinière, une maison de pierre dont vous con- 1 ë naissez les débris, sinon l’histoire.

Le Alors, il n'y avait ni bateaux, ni chemins de fer, et les ” ' voyageurs se faisaient conduire d’une ville à une autre, s s en de lourdes voitures, sur des chemins caillouteux ou € £ coupés d’ornières.

n Le La voie la plus droite était comme aujourd'hui l1 plus le ; courte, et la plus courte était la plus avantageuse. Eco-

nomie de temps, de chevaux et d'argent. Or, de Sainte- Croix à Gentilly, la ligne droite coupe de grandes pointes superbes, qui font dans le fleuve, une dentelure cle rochers se * ou de caps, avec d'immenses panaches de forêts et des 3 villages florissants: Le Platon, Lotbinière et Kainte-

1ï, Emmélie, le cap Charles, le Cap-à-la-Roche et Saint-Jean

et Deschaillons, le cap Levrard et Saint-Pierre-les-Becquets. Les voyageurs suivaient d'ordinaire cette ligne droite et

ne traversaient ainsi le bois du moulin, au deuxième rang de

rie Lotbinière.

1P Sauvage, sur les écores d’une belle rivière, sous les hais.

>u- l'endroit n'était pas mai choisi pour un relais et hommes

et bêtes y reposaient avec plaisir.

L'auberge de Babylas fut achalandée. On y dormait un calme sommeil dans cette atmosphère saturée des baumes de la forêt; on y mangeait de bon appétit la perdrix et le lièvre accommodés à des sauces que Brillat-Savarin n'aurait pas soupçonnées; on y buvait le bon vieux rhum de la Jamaïque, qui souvente fois attisa l'esprit de nos pères... Cependant de temps à autre, il se fit à son sujet des confidences étranges, et sa réputation périclita. Les voyageurs n’osaient plus y coucher. On entrait, en passant, boire un verre, manger un potage et l’on se hâtait de fuir. La solitude se fit.

Mais Babylas était riche. Pendant dix ans, il avait exercé son industrie avec succès. Pas difficile sur le choix des moyens, les scrupules ne l'avaient jamais ennuyé. Fort peu de dépenses, pas de toilette pour le dimanche, pas de cheval à l'écurie, une vache que nourrissaient les plantes du bois et l'herbe des routes, des poules, du gibier, de la venaison, point n’aurait été besoin de faire de la rapine pour amasser. Le pécule eüt fait boule de neige.

Un jour la nouvelle se répandit qu’il avait été dévalisé. Personne n’en éprouva de chagrin. Il ne s’expliqua jamais comment son argent si bien caché avait pu être trouvé. YŸ avait-il eu trahison? Seule sa femme connaissait la cachette et elle paraissait fort désolée, elle aussi. I] se passe de si étranges choses parfois dans le cœu1 des femmes dévoyées.

Cependant toutes ses piastres si âpremert amassées n'étaient pas disparues. Il en avait fait deux parts, — pour lui toutes deux, —et les avait enfouies en des ca chettes différentes. Il ne risquait jamais tout à la fois. L'une de ces parts avait été trouvée. I1 devint irritah'

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