LEE
Un soir du mois d'octobre, il s’y était rendu pour faire un bout de causerie avec le meunier. Le ciel n'avait pas une étoile et la rivière coulait noire en son lit de cailloux, entre les deux falaises.
Les meules du moulin tournaient avec un grondemient monotone et régulier, broyant le blé que dorait un rayon de la lampe. Au plafond sombre montait une blanche poussière de farine. ‘Toute la pièce semblait remplie d’une brume très légère qui ne laissait d'humidité nulle part, mais qui voilait tous Îles objets comme d’un subtil pollen de fleurs. Dans l'obscurité qui envelopppait la route et le moulin, le ciel et la côte, s'élevait l'éternelle clameur de la rivière tombant du haut de la chaussée.
Tout à coup, les sabots d'un cheval retentirent sur le petit pont d'en face. Une voiture passait. [Le meunier remarqua :
— Ce sont des voyageurs. car ceux qui vont quérir le prêtre ou le médecin, me disent toujours un mot en passant. S'ils n’entrent pas, ils appellent et je sors.
Alors, bonsoir: je rentre chez moi, fit Babylas. Le chat doit être au bord du trou quand le rat se montre.
Et il sortit.
— Quelle obscurité d’enfer! grommela-t-il.
— Bonne nuit pour le crime, répliqua Îe meunier en riant.
Babylas entendait le roulement de la calèche, à unc petite distance. et se hâtait, connaissant bien le chemin. Quand il arriva sur la côte, une voix rude criait:
Ce damné chemin de l'auberge, où est-il?... On ne voit que du noir partout.
Il se mit à courir, criant à son tour:
__ Attendez, messieurs, je vais vous guider.
La voiture s'arrêta. Babylas prit le cheval par la bride et le conduisit jusqu'à la porte de sa maison.
— C'est un voyageur que je vous amène, monsieur Babvlas, fit le cocher en mettant le pied à terre.
__ Mille fois merci, monsieur Spénard, et venez sou- Vent
__ Pas en des nuits pareilles... Monsieur était pressé, il fallait bien marcher.
Le voici sain et sauf. j'en suis aise et m'en retourne.
Babylas fit entrer son hote et l'installa dans la meilleure chambre. Il revint ensuite trouver Spénard qui montait déjà dans sa voiture.
__ Vient-il de loin? demanda:t-il.
— Je ne crois pas, répondit le cocher, car son bagage est mince.
— Est-ce un commerçant?
— Je n’en sais rien... Peut-être que c’est un pêcheur à la ligne... Il ne parle point.
__ Il vous a dit où il allait, au moins?
__Ilne le sait pas... Ia lair de chercher quelque chose... Il s'est informé seulement du prix et de la qualité des terres, dans nos environs. ÏIl a aussi demandé s’il y avait quelque jolie maison à vendre dans notre village.
Il n’y en a point. S'il veut aller plus loin, comme la chose
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